Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

devoir dans le Littré

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1devoir v. a. (de-voir)

  1. 1Avoir à payer une somme d'argent, ou à fournir toute autre valeur. Il doit plus qu'il ne possède. Devoir de l'argent, plusieurs journées de travail.

    • Devoir plus d'argent qu'on n'est gros, être très endetté.

    • Devoir du retour, devoir quelque argent en sus, après avoir fait un troc ; et fig.

    • Absolument. Il doit de tous côtés.

      • Brid'oison : Mais si tu dois et que tu ne payes pas...? - Figaro : Alors, monsieur voit bien que c'est comme si je ne devais pas BEAUMARCHAIS, Mariage, III, 13
      • Devoir à Dieu et à diable, à Dieu et au monde, au tiers et au quart, devoir de l'argent à un très grand nombre de personnes.

      • Fig. Devoir tribut, être obligé de se conformer à.

      • Fig. et familièrement. Il m'en doit, ou je lui en dois, il m'a offensé et je m'en vengerai.

        • C'était moi ; je t'en devais, il y a bien longtemps BARON, Homme à bonnes fort. V, 8
      • N'en devoir rien, n'en devoir guère, ne pas céder à, ne pas être inférieur.

        • Sans répandre leur sang comme Pyrame et Thisbé, ils ne leur en durent guère en tendresse impétueuse Scarron, Rom. com. II, ch. 19
        • Si votre majesté Est curieuse de beauté, Qu'elle fasse venir mon frère : Aux plus charmants il n'en doit guère La Fontaine, Joc.
        • J'ai vu les beautés de la Seine, ses bords n'en doivent rien à ceux de la Loire Mme de Sévigné, 547
      • Ironiquement. Il ne lui en doit guère, il ne vaut pas mieux que lui.

        • D'Arlincourt est venu à la cour et a dit : Voilà mon Solitaire et mes autres romans qui n'en doivent guère au Christianisme de Chateaubriand Paul-Louis Courier, II, 261
      • Ils ne s'en doivent guère, se dit de gens qui ont des torts réciproques ou qui ne valent pas mieux l'un que l'autre en certaines choses.

        • ....Je crois, à parler à sentiments ouverts, Que nous ne nous en devons guères Molière, Amph. Prologue.
        • Thésée : Ne parlons plus d'amours ; sur ce chapitre honteux, nous ne nous en devons rien [l'un à l'autre, moi et Hercule] Fénelon, t. XIX, p. 129
      • Terme de comptabilité. Doit, par opposition à avoir, partie d'un compte établissant ce qu'une personne doit et ce qu'elle a reçu. Tenir ses comptes par doit et par avoir.

  2. 2Être redevable à, avoir obtenu par. Je lui dois tout. Je lui dois la place que j'occupe.

    • Devoir, avec de et un verbe à l'infinitif, même sens.

      • Nous servions dans le même régiment, dont je vous dois d'être major Beaumarchais, Mère coup. I, 8
    • Devoir se dit aussi quelquefois en mauvaise part. Je lui dois tous mes maux.

    • Être redevable à des choses, avoir obtenu par des choses.

    • En parlant de ce qui a obtenu quelque chose par une certaine circonstance. Cette colline doit son nom à tel événement.

  3. 3Être tenu, obligé envers. Il ne doit compte de ses actions à personne.

    • Absolument.

      • Se devoir à soi-même, être tenu en vertu de sa propre considération.

      • Je vous dois cet avis, votre intérêt me commande de vous donner cet avis.

  4. 4Devoir, suivi d'un verbe à l'infinitif, exprime qu'une chose arrivera infailliblement. Tous les hommes doivent mourir.

  5. 5L'imparfait du subjonctif, placé en tête de la phrase, s'emploie dans le sens de quand même. Dussé-je être blâmé [quand même je serais blâmé], je vous soutiendrai. Dusses-tu y perdre de l'argent, il faut entrer dans cette affaire. Dût cela mal tourner, nous ne vous quitterons pas. Dussions - nous échouer, dussiez - vous échouer, dussent-ils échouer, nous essayerons.

  6. 6Se devoir, v. réfl. Être dû, être obligatoire. Cela se doit.

  7. 7Être obligé de se consacrer à.

Remarque

1. Les poëtes du XVIIe siècle et même du XVIIIe ont écrit je doi sans s : C'est un archaïsme, dans l'ancien français, la 1re personne n'ayant pas la lettre s, qui était réservée à la 2e personne (comme en latin) ; ce qui était mieux. L'usage irrégulier a prévalu ; mais on peut du moins conser ver aux poëtes la faculté d'employer cet archaïsme. 2. Vous devriez était de deux syllabes : C'est ainsi qu'on faisait de deux syllabes sanglier. C'était aussi un archaïsme, tout à fait tombé en désuétude. 3. Marg. Buffet, Observ. p. 138 (en 1668), dit que quelques-uns prononcent : je dais de l'argent ; il dait beaucoup ; et qu'il faut prononcer : je dois, il doit. C'était la prononciation normande qui n'était pas encore complétement exclue.

Proverbes

Fais ce que dois, advienne que pourra, se dit de celui qui accomplit son devoir, sans se laisser ébranler par la pensée de ce qui peut en arriver. Quand on doit, il faut payer ou agréer, c'est-à-dire il faut donner à son créancier de l'argent ou du moins de bonnes paroles. Qui nous doit, nous demande, c'est-à-dire celui dont nous avons sujet de nous plaindre nous accuse. Il semble que Dieu lui en doive de reste, se dit d'un homme qui fait mal ou grossièrement son devoir. Qui a terme ne doit rien, c'est-à-dire qu'on ne peut rien lui demander jusqu'au terme. Qui doit a tort, signifie qu'il faut payer ou être condamné aux dépens. Va où tu peux, mourir où tu dois, se dit à celui qu'on abandonne à son sort.

Étymologie

Bourguig. devoi ; provenç. dever ; catal. deurer ; espagn. deber ; ital. devere ; du latin debere, que les étymologistes regardent comme composé de de habere, ne pas avoir, avoir perdu la possession.

2devoir s. m. (de-voir)

  1. 1Ce qu'on doit faire, ce à quoi l'on est obligé par la loi ou par la morale, par son état ou les bienséances.

    • Devoir conjugal, la conjonction charnelle due entre mari et femme.

    • Il est du devoir, le devoir oblige à. Il est de mon devoir de vous donner cet avis.

      • Il est du devoir des défenseurs de la vérité de.... Pascal, Prov. 11
  2. 2Faire son devoir, agir comme on doit agir.

    • Qui sert bien son roi ne fait que son devoir Corneille, Cid, II, 1
    • Je ferai seulement le devoir d'un sujet Corneille, ib. IV, 3
    • Je pense continuellement à vous ; c'est ce que les dévots appellent une pensée habituelle ; c'est ce qu'il faudrait avoir pour Dieu si l'on faisait son devoir Mme de Sévigné, 15
    • Il était trop honnête homme pour ne faire pas toujours son devoir Mme de Sévigné, 211
    • Quoi qu'en pense le libertinage, il y a toujours un avantage infini à faire son devoir Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 403
    • Vous savez que, dans les grands malheurs, ne faire que son devoir, ce n'est pas le faire Mme de Maintenon, Lettre au duc de Noailles, 22 juin 1709
    • Mais j'ai fait le devoir d'un ami, d'un chrétien Casimir Delavigne, Paria, III, 2
  3. 3Être, rentrer dans son devoir, dans la soumission, le respect, l'obéissance où l'on doit se tenir.

    • En un sens un peu différent. Être dans son devoir, se mettre dans son devoir, se tenir dans l'état où l'on doit être devant les personnes à qui l'on veut témoigner du respect.

    • Ramener, ranger quelqu'un à son devoir, tenir dans le devoir, obliger à faire ce qui doit être fait.

      • Le général ne put tenir dans le devoir ses soldats Bossuet, Hist. I, 9
      • Des enfants qu'il remet dans leur devoir par le châtiment Bossuet, ib. II, 4
      • Elles tenaient dans le devoir les villes voisines Bossuet, ib. III, 6
      • Le jeune Louis.... prend les villes, ramène les provinces au devoir Massillon, Panég. St Louis.
    • Se ranger à son devoir, faire ce qu'on doit faire.

    • Je lui apprendrai son devoir, je le rangerai à ce qu'il doit.

  4. 4En devoir de, prêt à. Il était déjà en devoir de vous aller trouver.

    • Nous étions à table, plusieurs, joyeux, en devoir de bien faire Paul-Louis Courier, Pamphlet des pamphlets.
    • Se mettre en devoir de faire une chose, la commencer ou s'y préparer.

      • Il se mit en devoir d'arrêter son maître D'ABLANCOURT, Lucien, t. II, Amitié, dans RICHELET
      • À moins qu'elle ne se mît en devoir d'obtenir un congé Bossuet, Lett. abb. 2
      • L'homme doit se mettre en devoir de se convertir Bossuet, Avert. 2
      • On se mit en devoir de déménager les meubles J.-J. Rousseau, Conf. III
  5. 5Être à son devoir, être à son poste.

  6. 6Terme de féodalité. Devoirs seigneuriaux, droits que le vassal devait à son seigneur.

  7. 7Par extension du sens féodal. Devoir, et, plus souvent, au pluriel, devoirs, marques de civilité, de politesse. Rendre ses devoirs à quelqu'un, lui présenter ses hommages, lui faire une visite de politesse.

    • Rendre des devoirs, s'est dit des services que des valets remplissent auprès de leurs maîtres.

      • Notre P. Bauny a appris aux valets à rendre tous ces devoirs-là innocemment à leurs maîtres, en faisant qu'ils portent leur intention, non pas aux péchés dont ils sont les entremetteurs, mais seulement au gain qui leur en revient Pascal, Prov. 6
      • On rend différents devoirs aux différents mérites Pascal, P. div. 31
      • Elle a commencé à rendre ses devoirs au Louvre Mme de Sévigné, 11
      • J'ai fait votre devoir à l'abbé Arnauld Mme de Sévigné, 395
      • J'en reviens toujours à dire qu'il y a des sortes de devoirs dont on ne peut se dispenser sans une grossièreté pleine d'ingratitude Mme de Sévigné, 306
      • Vous saurez que je n'ai rien dit à ce Caton sur la mort de sa femme, et j'avais dessein de l'aller voir avec la marquise d'Uxelles ; et, au lieu d'attendre ce devoir, il vient s'informer comme je me porte de mon voyage Mme de Sévigné, 292
      • On se rend des devoirs, mais on ne se rend pas l'amour Massillon, Panég. St Étienne.
      • Le grand plaisir que je me promets, c'est de rendre mes devoirs à Mme Clavier Paul-Louis Courier, Lett. I, 53
  8. 8Les derniers devoirs, les devoirs funèbres, les funérailles. Rendre à quelqu'un les derniers devoirs, présider ou, simplement, assister à ses funérailles.

  9. 9Terme de collége. Travail, exercices donnés à un élève. Faire ses devoirs. Un devoir difficile.

    • M. Lambercier était un homme fort raisonnable qui, sans négliger notre instruction, ne nous chargeait point de devoirs extrêmes J.-J. Rousseau, Conf. I
  10. 10Devoir pascal, l'obligation de communier à Pâques.

  11. 11Association d'ouvriers unis par les liens du compagnonnage. Compagnons du devoir. Des ouvriers appartenant à des devoirs différents.

  12. 12Anciennement, sorte de service de surveillance.

    • ....à la charge qu'il fera faire tant le jour que la nuit, rondes, devoirs et diligences requises et accoutumées pour éviter tels accidents, Bail Boute, Lett. pat. 27 juin 1680
  13. 13Terme de droit. Devoir parfait, celui dont l'accomplissement peut être exigé, qui a un droit corrélatif.

    • Devoir imparfait, celui dont l'accomplissement ne peut être exigé, qui n'a pas de droit corrélatif.

    • Dans l'ancien droit, devoirs de loi exprimait toutes les formalités du nantissement.

  14. 14Terme de fauconnerie. Devoir de l'oiseau, sa part de la curée du gibier qu'il a pris.

Synonymes

DEVOIR, OBLIGATION. Le devoir est ce que nous devons. L'obligation est quelque chose qui nous lie, qui nous oblige. Le devoir est toujours quelque chose de moral. L'obligation n'a pas ce caractère ; elle peut dépendre de causes très différentes.

Étymologie

Infinitif du verbe devoir, pris substanvement ; provenç. dever ; catal. deurer ; espagn. eber ; ital. devere.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander