Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

dispenser dans le Littré

1 article· 32 citations· rimes· synonymes· conjugaison

dispenser v. a. (di-span-sé)

  1. 1Départir, distribuer.

  2. 2Terme de pharmacie. Préparer. Vieux en ce sens. Dispenser la thériaque.

    • Les statuts des épiciers portent que les aspirants à la maîtrise dispenseront leurs chefs-d'œuvre en présence de tous les maîtres FURETIÈRE
  3. 3Au sens positif, qui dérive directement du sens de distribuer, mais qui a vieilli. Dispenser à, autoriser, permettre de faire quelque chose qui est défendu.

    • Quoi ! s'il aimait ailleurs, serais-je dispensée à suivre à son exemple une ardeur insensée ? Corneille, Poly. III, 2
  4. 4Au sens négatif qui est seul usité aujourd'hui. Dispenser de, permettre à quelqu'un de ne pas faire quelque chose qui est ordonné. Dispenser du jeûne. Dispenser de faire maigre. Le grand âge dispense d'aller à la guerre.

  5. 5Dispenser, sans régime indirect, absoudre ou relever d'une faute commise. Le pape seul peut dispenser en cas de simonie. Il faut qu'on soit dispensé pour obtenir deux bénéfices.

  6. 6Il se dit en termes de civilité à l'impératif, pour demander la permission de ne pas faire quelque acte de politesse. Dispensez-moi de vous reconduire. Dispensez-moi de vous aller voir si souvent.

    • Il se dit, aux autres modes, pour décharger, d'une façon polie, du soin de faire, de dire. Je l'ai dispensé de m'accompagner. Je vous dispense d'en dire davantage.

  7. 7Se dispenser, v. réfl. Être départi. Les honneurs se dispensent quelquefois au hasard.

  8. 8Se dispenser à, prendre la permission de faire.

    • Quand je me dispensais à lui mal obéir Corneille, Rodog. I, 5
    • Ma curiosité pour ce demi-quart d'heureS'osera dispenser.... Corneille, Mél. III, 6
    • Et c'est aussi pourquoi ma bouche se dispense à vous ouvrir mon cœur avec plus d'assurance Molière, Dép. am. II, 1
    • Je finis, mon très cher monsieur, en vous demandant pardon de ma longueur, mais surtout de ce que je me dispense si familièrement à m'écarter de mon sujet avec vous, qui avez l'esprit si juste et si délicat BAYLE, Lett. à Minutoli, 31 janv. 1673
    • On a dit, dans le même sens, se dispenser de.

      • On passe aisément d'un degré à l'autre ; ce qui s'est fait par une nécessité invincible, on prend droit, on se dispense de le faire sans nécessité PATRU, Plaid. 6
    • Se dispenser avec à ou de, en ce sens, a vieilli.

  9. 9S'exempter de, prendre la permission de ne pas faire. Il s'est dispensé d'aller à son bureau.

    • C'étaient des superstitions respectables par leur ancienneté, autorisées par les lois de l'Empire et par le consentement de presque tous les peuples, dont il fallait se dispenser Massillon, Car. Immut. de la loi.

Remarque

On notera dispenser à, se dispenser à, dans Corneille et dans Molière. Dispenser à, c'est permettre de ; dispenser de, c'est exempter de. Au reste, dispenser à a vieilli, et la signification s'en est obscurcie.

Étymologie

Provenç. dispensar, despensar ; espagn. dispensar ; ital. dispensare ; du latin dispensare, de dis.... préfixe, et pensare, distribuer, peser (voy. PENSER). Le sens primitif est répartir, distribuer ; puis on passe au sens de accorder permission, ce qui est une répartition, distribution ; là le sens se partage, et dispenser veut dire tantôt permettre de ne pas faire (par exemple dispenser de jeûner), tantôt permettre de faire.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander