distinguer v. a. (di-stin-ghé)
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1Ne pas confondre. Distinguer les temps, les lieux. Distinguer les objets par des noms différents. La nature a distingué les diverses races d'hommes par des traits frappants.
À votre avis est-ce pour avoir vaincu les Suisses que François 1er est appelé grand, ou pour le distinguer du petit ?
Guez de Balzac, liv. I, lett. 9Que l'on a bien fait de distinguer les hommes par l'extérieur plutôt que par les qualités intérieures ! qui passera de nous deux ? qui cédera la place à l'autre ? ... il a quatre laquais, je n'en ai qu'un, cela est visible, il n'y a qu'à compter, c'est à moi de céder
Pascal, Pensées, V, 7, éd. Lahure, 1860- Ma muse, en l'attaquant, charitable et discrète,Sait de l'homme d'honneur distinguer le poëte Boileau, Sat. IX
- Faire par les couleurs distinguer ses valets Boileau, Sat. v.
- Élevée avec lui dans le sein de sa mère,J'appris à distinguer Bajazet de son frère Racine, Baj. I, 4
Distinguait-on entre les premiers fidèles ceux qui étaient du monde, de ceux qui n'en étaient pas ?
Massillon, Car. Samar.
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2Terme de logique. Spécifier chaque sens qu'une proposition peut recevoir. Pour raisonner rigoureusement, il faut distinguer les points essentiels de la question.
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Absolument. Votre proposition est trop générale ; distinguons.
La science de distinguer n'est connue que des sages
PATRU, Plaidoyer 1, dans RICHELET
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3Reconnaître par quelqu'un des sens. Il était si tard qu'on ne pouvait plus distinguer les objets. Distinguer les voix, les odeurs, les sons.
On ne les distinguait pas à la parole
La Bruyère, V
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Fig. Discerner par l'opération de l'esprit. Distinguer les divers sens d'un mot.
Distinguer la vérité d'avec les figures
Fléchier, Serm. I, 71Attentif à distinguer le mérite
Fénelon, Tél. XVIIls ne peuvent plus distinguer un sentiment d'avec un sentiment
Montesquieu, Gnide, IVDistinguons la sensation du sentiment
Buffon, dans LAVEAUX
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4Élever au-dessus du commun, en parlant des choses qui distinguent. Voilà ce qui distingue ce grand siècle.
Que si son rang la distinguait, j'ai eu raison de vous dire qu'elle était encore plus distinguée par son mérite
Bossuet, Duch. d'Orl.Les Hollandais, premiers fondateurs de la colonie, y établirent cet esprit d'ordre et d'économie, qui distingue partout leur nation
Raynal, Hist. phil. XVII, 28
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Absolument.
Comme vous voulez être regardé, vous voulez aussi regarder ; et rien ne vous touche ni dans les autres ni dans vous-même que ce qui étale de la grandeur et ce qui distingue
Bossuet, Concupisc. 9Vous aimez, dans la vertu même, tout ce qui distingue, tout ce qui attire les regards publics
Massillon, Myst. Œuvr. de Misér.
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5Élever au-dessus du commun par quelque marque.
- Je veux qu'on me distingue, et, pour le trancher net,L'ami du genre humain n'est pas du tout mon fait Molière, Mis. I, 1
Il a passé des premiers à la nage, on l'a distingué
Mme de Sévigné, 149Vous avez bien caressé, ménagé, distingué la bonne baronne
Mme de Sévigné, 229Je vous distingue en tout, sur tout et partout
Mme de Maintenon, Lett. à l'abbé Gobelin, t. II, p. 2, dans POUGENSLe maréchal d'Humières était bien avec le roi, qui le distinguait fort
Saint-Simon, 23, 12Il me semble qu'on le distingue beaucoup et qu'on a de grands égards pour lui
Montesquieu, Lett. pers. 48
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Distinguer, se dit aussi d'une femme qui remarque un homme avant de s'attacher à lui.
Dans le fond, je le distinguais, voilà tout ; et distinguer un homme, ce n'est pas encore l'aimer
Marivaux, l'Heur. stratag. I, 4- Mais celui que vos yeux justement distinguèrent Voltaire, Tancr. I, 6
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6Se distinguer, v. réfl. Être séparé, n'être pas confondu.
[L'âme] Se mêlant tout à fait avec ce corps qu'elle anime, à la fin elle a peine à s'en distinguer
Bossuet, Conn. V, 1Les sciences ne se distinguent pas moins par leurs méthodes que par leur objet, et il n'est pas toujours bon de transporter de l'une à l'autre les procédés d'investigation et les habitudes intellectuelles nées de l'emploi continu de tel ou tel genre de recherche
FAYE, Comptes rendus, Acad. des sc. t. LII, p. 90
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Apparaître, se montrer. Les maisons commençaient à se distinguer sur le rivage.
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Être distingué comme éminent. Se distinguer dans les lettres. Son style se distingue par l'élégance.
Ils ne songeaient qu'à se distinguer des autres hommes
Bossuet, Hist. II, 5On se fait honneur de cette honteuse nécessité [de manger], et, bien loin de s'en humilier, on s'en sert à se distinguer des autres, quand on est en état d'y apporter plus d'appareil et d'ostentation
NICOLE, Ess. de mor. 1er traité, ch. 5- S'est distingué dans Rome en ces jours de carnage Voltaire, Triumv. III, 4
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Il s'emploie quelquefois en mauvaise part, dans ce sens : Néron s'est distingué, entre les premiers Césars, par ses cruautés.
Remarque
Des grammairiens ont cherché à établir une nuance de sens entre distinguer une chose d'une autre, et distinguer une chose d'avec une autre. Mais, avec quelque attention qu'on examine la préposition composée d'avec, il est impossible d'apercevoir une différence sensible avec le simple emploi de la préposition de. Cependant on peut, par motif de clarté, préférer d'avec, quand il y a, dans la phrase, plusieurs mots entre les objets qu'on distingue ; par exemple, dans ce passage de d'Alembert :
Synonymes
DISTINGUER, DISCERNER. Distinguer est plus général que discerner. On distingue à l'aide de tous les sens ; on ne discerne que par le sens de la vue. Ajoutons que distinguer se rapporte plus aux apparences extérieures, et discerner aux limites : je distingue le vice de la vertu en général, et je discerne le point précis où la vertu poussée à l'excès devient vice.
Étymologie
Provenç. distinguir, destinguir ; catal. distingir ; espagn. distinguir ; ital. distinguere ; du latin distinguere, de di.... préfixe, et stinguere, proprement piquer, ficher (voy. STIGMATE).