Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

dont dans le Littré

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dont (don ; le t se lie : les choses don-t on parle)

  1. 1De qui, duquel, de laquelle, desquels, desquelles ; il s'applique aux personnes et aux choses. L'homme dont vous connaissez la probité, dont la probité est connue. La dame dont vous avez épousé la sœur. Les personnes dont vous avez entendu parler. Les maisons dont vous voyez les façades. Celui dont vous avez reçu un secours. Quelques titres dont ces grands hommes soient revêtus. La marine rentra presque dans l'état dont Louis XIV l'avait tirée.

  2. 2De quoi. Ce dont je vous ai parlé. Voilà ce dont il s'agit. On peut supprimer ce dans le style familier et en des cas comme celui-ci :

    • Ah ! poltron, dont j'enrage ! Lâche ! vrai cœur de poule Molière, Sgan. 21
  3. 3Dont signifiant par lequel, par laquelle, par lesquels, par lesquelles.

    • Terme de bourse. Dont un, dont dix, etc. expressions qui déterminent la quotité de la prime dont l'abandon annule un marché. Si l'on dit que le 4 1/2 vaut 92 fr. dont un, que l'Orléans vaut 1450 dont dix, cela signifie qu'en payant 1 fr, pour 100 fr. de rente, ou 10 fr. par action, l'acheteur (ou le vendeur dans certains cas) a le droit d'annuler le marché.

Remarque

1. Les grammairiens, Vaugelas en tête, déclarent qu'il ne faut pas dire dont pour d'où, comme : le lieu dont je viens ; que c'est très bien parler que de dire la maison dont il est sorti, pourvu que maison signifie race ; mais que, si maison était pris au propre, il faudrait mettre d'où il est sorti. Pourtant l'usage des meilleurs écrivains ne se conforme pas à cette règle : Voy. l'historique. 2. Le substantif duquel dont est le régime, se met immédiatement après dont : L'homme dont la vertu est admirée.... (à moins d'inversion : L'homme dont à tous les yeux brille la vertu ; ce qui est peu usité), ou se sépare de dont quand il n'est pas sujet : L'homme dont on admire la vertu. 3. Dont ne peut être régime d'un complément précédé lui-même d'une préposition. Ainsi Molière a fait une construction très dure et qu'il ne faut pas imiter, en disant : 4. Ordinairement dont suit immédiatement son antécédent : L'homme dont vous parlez. Mais il peut s'en séparer, particulièrement dans la prose soutenue et dans la poésie : 5. Dont peut joindre à une phrase principale deux propositions secondaires liées entre elles par la conjonction que, même lorsqu'il n'est complément que de la seconde : La maison dont je sais que vous êtes propriétaire. 6. Dont régit le subjonctif quand il est précédé d'une phrase interrogative ou qui marque un doute, un désir, un condition : Pensez-vous que le jeu soit une passion dont on doive se défier ? 7. Il y a, dans le XVIIe siècle, plusieurs exemples de dont, se rapportant non au verbe du membre de phrase qu'il lie, mais à une incise qui commence ce membre de phrase. Il est fâcheux que cette manière de lier des phrases, qui est si commode, n'ait pas passé dans la langue moderne. 8. C'est un pléonasme aujourd'hui condamné, que de dire : C'est de lui dont je tiens la nouvelle ; il faut : C'est lui dont je tiens la nouvelle, ou C'est de lui que je tiens la nouvelle. Dans le XVIIe siècle, ce pléonasme était toléré :

Étymologie

Provenç. don ; espagn. et portug. donde ; de l'adverbe composé de-unde, de la préposition latine de, et l'adverbe unde, d'où.

Supplément

DONT. - REM. Ajoutez : 9. La construction dure (L'objet de votre amour, lui dont à la maison Votre imposture enlève un brillant héritage), signalée dans Molière comme ne devant pas être imitée, est fréquente dans Saint-Simon : Profitez d'un intervalle de temps dont l'incertitude de la durée ne sert pas peu à lui laisser voir les hommes tels qu'ils sont, t. VIII, p. 178, éd. Chéruel ; Avec le titre de gouvernante, dont elle ne s'embarrasse plus des fonctions, ib. p. 337 ; Il se mit sur la croissance des charges de secrétaire d'État dont la ténuité de l'origine le surprit, ib. t. IX, p. 365 ; Polastron, fils du lieutenant-général, dont j'ai parlé de la mort, ib. t. V, p. 227. Avec la construction dure dont il est ici question, on ne confondra pas cette phrase de J. J. Rousseau : Une édition, dont je ne me soucie point de devenir peut-être un jour responsable au gouvernement de France de ce qui peut y déplaire à quelque ministre de mauvaise humeur, Corresp. éd. Dupont, 1824, t. XIX, p. 258. Ceci est une véritable faute, dont ne pouvant se rapporter grammaticalement à responsable, qui a son régime de ce qui. Au lieu de dont il fallait mettre pour laquelle. 10. On lit dans Chamfort : Ces conseils ont été suivis par presque tous les souverains de l'Europe, presque partout, hors en France ; dont il suit que la prospérité des étrangers..., Maximes et pensées, ch. VII. Vaugelas ne veut pas qu'on dise dont pour d'où, en parlant d'un lieu, au propre ou métaphoriquement (voy. REM. 1). Cette prescription, qui n'a pas même l'usage pour soi et qui est contre l'étymologie, puisque dont est de unde, ne doit pas prévaloir non plus ici ; et il faut accepter la phrase de Chamfort.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander