Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

douter dans le Littré

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douter v. n. (dou-té)

  1. 1Ne savoir si l'on doit croire ou ne pas croire quelque chose. Je doute qu'il vienne. Je ne doute pas qu'il ne vienne.

  2. 2Douter de quelqu'un, n'avoir pas confiance en lui. Cet homme est suspect ; on doute de lui dans son parti. On doutait de sa probité.

  3. 3Être dans le scepticisme soit à l'égard des dogmes de la révélation, soit à l'égard des propositions de la philosophie. Il n'a jamais douté des mystères de la religion.

    • Absolument. C'est avoir beaucoup avancé que d'avoir seulement appris à douter.

  4. 4Hésiter. Il ne douta pas un seul instant. Il doutait de recevoir un tel présent.

    • Ne douter de rien, trancher les questions qu'on ne connaît pas bien, se jeter sans réflexion dans des entreprises hasardeuses.

      • Les grands, une fois corrompus, ne doutent de rien Diderot, Règne de Claude et Néron, I, § 29
    • Ne douter de rien signifie aussi se faire illusion, voir tout du beau côté.

    • Il ne doute jamais, il ne suspend jamais son jugement, sa décision.

  5. 5N'être pas sûr de conserver.

    • Elle s'était trouvée malade jusqu'à faire douter de sa vie Scarron, Rom. com. ch. XII
  6. 6Se douter, v. réfl. Conjecturer, soupçonner. Je ne me doutais pas qu'il vînt. Pouvais-je me douter qu'il dût venir si tôt ? Je me doutais qu'il viendrait. Elle s'est doutée de ce qui se faisait. Je me doute qu'il viendra me voir.

    • Ne pas se douter, ignorer, ne pas soupçonner.

      • Moi qui.... Pour mourir, d'aucun mal ne me fusse douté Régnier, Sat. XII
      • Il y voit des choses qui lui sont nouvelles dont il ne se doutait pas La Bruyère, XI

Remarque

1. Douter suivi de que veut toujours le subjonctif : Je doute que cela soit vrai. 2. Lorsque la phrase est négative, le verbe au subjonctif prend ne. Cependant on peut supprimer le ne : Je ne doute pas que cela soit vrai. 3. Si la phrase est interrogative, on met ordinairement ne : Doutez-vous que cela ne soit vrai ? cependant ne peut être supprimé : Doutez-vous que cela soit vrai ? 4. En cet emploi, douter peut se tourner par révoquer en doute ; et alors on peut, s'il s'agit d'une action qui n'est pas encore faite, mettre le futur de l'indicatif : Je ne doute pas qu'il fera tout ce qu'il pourra. 5. Corneille a dit : Là-dessus Voltaire remarque : « Le succès est à douter est un solécisme. On ne doute pas une chose, elle n'est pas doutée. Le verbe douter exige toujours la préposition de. » Cela est incontestable dans l'usage actuel. Mais dans l'usage ancien il en était autrement ; et Corneille a seulement usé d'un archaïsme : douter, dans l'ancien français, est actif et signifie craindre, tenir pour suspect. Cet archaïsme se trouve aussi dans Molière : 6. Douter dans l'ancienne langue signifiait redouter ; se douter signifia d'abord avoir peur, puis, par une extension facile, imaginer, soupçonner. Se douter rentre donc dans la catégorie des verbes se connaître, s'apercevoir, s'entendre, voy. S'APERCEVOIR, Remarque 2.

Étymologie

Bourguig. dôttai ; provenç. duptar, doptar ; catal. dubtar ; espagn. dudar ; portug. duvidar ; ital. dottare ; du latin dubitare, d'un radical dub, qui se trouve dans dubius et qui signifie double ; grec, δοιάζειν, de δοιὸς, double.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander