Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

drôle dans le Littré

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drôle s. m. (drô-l')

  1. 1Se dit d'un homme ou d'un enfant qui, ayant quelque chose de décidé, de déluré, ne laisse pas d'exciter quelque inquiétude, et sur lequel d'ailleurs on s'attribue quelque supériorité.

    • Je veux savoir absolument quel est ce drôle avec qui elle a des intelligences HAUTEROCHE, le Cocher, sc. 3
    • Le drôle a si bien fait par son humeur plaisanteQu'il possède aujourd'hui cinq mille écus de rente Scarron, Don Japhet, I, 1
    • Les comédiens étaient de grands drôles bien faits Hamilton, Gramm. 10
    • [Longepierre] C'était un drôle, intrigant, de beaucoup d'esprit, doux, insinuant Saint-Simon, 100, 61
    • Monsieur Judas est un drôle Qui soutient avec chaleur Qu'il n'a joué qu'un seul rôle Béranger, Judas.
    • On le dit aussi des animaux dans les fables.

    • Faire de son drôle, mener une vie de galanterie.

      • J'ai fait de mon drôle comme un autre Molière, la Princ. II, 2
      • J'ai ouï dire que vous faisiez de votre drôle avec les plus galantes Molière, Fourb. I, 6
    • Ce mot, comme le mot de coquin, s'emploie très bien pour exprimer le mécontentement actuel, sans exclure les sentiments affectueux.

      • Commandant, s'écria-t-il après l'avoir lue [la lettre de son neveu], y a-t-il dans votre escadron de chasseurs d'Afrique une place pour un drôle que je renie et que je déshériterai ? CH. DE BERNARD, la Femme de 40 ans, § VII
    • En un sens tout à fait injurieux, un mauvais drôle, ou, simplement, un drôle, une personne méprisable. C'est un drôle.

  2. 2Adj. Qui a quelque chose de singulier et de plaisant. Cet homme-là est bien drôle. Voilà qui est drôle. Un conte fort drôle.

    • Drôle, en ce sens, se prend substantivement, et se construit avec la préposition de et un substantif (voy. pour cette construction la préposition DE au n° 3, et DIABLE au n° 12).

    • En cet emploi, il se dit aussi au féminin (drôle, et non drôlesse). Une drôle d'idée. Une drôle de femme.

      • J'ai une drôle d'idée dans la tête, c'est qu'il n'y a que des gens qui ont fait des tragédies, qui puissent jeter quelque intérêt dans notre histoire sèche et barbare Voltaire, Lett. d'Argenson, 26 janv. 1740
      • Il est comique que le bien d'un Parisien soit en Souabe ; mais la chose est ainsi ; la destinée est une drôle de chose Voltaire, Lett. Mme de Florian, 11 avril 1767
      • Imaginez toutes les contradictions, toutes les incompatibilités possibles, vous les verrez dans le gouvernement, dans les tribunaux, dans les spectacles de cette drôle de nation Voltaire, Candide, 22
      • Pendant que je vous fais ces lignes très sensées, voici une drôle d'aventure Paul-Louis Courier, Lett. I, 168

Remarque

Les dérivés drolatique, drôlement, drôlerie se rapportent au sens de drôle adjectif, et non de drôle substantif.

Étymologie

Génev. drôle, garçon, sans signification mauvaise. On a indiqué le scandinave troll, mauvais génie ; mais le sens et l'orthographe font difficulté. Diez y voit, avec raison, le même mot que l'allem. drollig, plaisant ; angl. droll ; à quoi on peut comparer le flamand drol, l'anc. scandin. drioli, le gaëlique droll, qui signifient un homme lourd et gauche. On remarquera à côté de cela l'orthographe draule, qui, si elle était plus appuyée, ne cadrerait pas avec ces rapprochements.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander