Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

dur dans le Littré

1 article· 26 citations· rimes· synonymes

dur, dure adj. (dur, du-r')

  1. 1Difficile à pénétrer, à entamer, opposé à tendre, à mou. Le fer est un métal très dur. Du pain dur. Un lit dur. Du bois dur à fendre. Une pierre dure à casser.

    • Un œuf dur, œuf cuit jusqu'à ce que le blanc et le jaune soient pris, congelés.

    • Terme d'anatomie. Parties dures, organes ou tissus qui présentent beaucoup de consistance, comme les os, les dents, les cartilages, par opposition à d'autres parties qui offrent peu de résistance et qu'on appelle molles.

  2. 2Qui oppose de la résistance. Ce fusil, ce pistolet est dur à la détente.

    • Fig. et familièrement. Être dur à la détente, à la desserre, c'est-à-dire ne pas donner facilement de l'argent, être avare.

      • Le seigneur Harpagon est le mortel de tous les mortels le plus dur et le plus serré ; il n'est point de service qui pousse sa reconnaissance jusqu'à lui faire ouvrir les mains Molière, l'Avare, II, 5
    • Dur à digérer, de digestion difficile.

    • Fig. et familièrement. Cela est dur à digérer, ou cela est de dure digestion, c'est-à-dire peu supportable, difficile à croire, ou très ennuyeux (en parlant de livres).

    • Dur à cuire, de cuisson difficile.

    • Fig. et familièrement. Dur à cuire, c'est-à-dire difficile à manier, à faire marcher, à plier aux usages, en parlant surtout des gens qui ont pris leur pli. On l'emploie même substantivement. C'est un dur à cuire. Au plur. Des durs à cuire, qui se prononce comme le singulier, sans faire sentir l's.

    • Cette marchandise est dure à la vente, elle se vend difficilement.

    • Eaux dures, celles qui, chargées de sels calcaires, ne sont pas propres à cuire les légumes.

    • Vin dur, vin qui a beaucoup d'âpreté.

  3. 3En parlant de certaines facultés qui ne s'exercent qu'avec peine. Être dur d'oreille, avoir l'oreille dure, n'entendre que les sons qui ont de la force.

    • Avoir la tête dure, ne pas comprendre facilement. On dit dans le même sens avoir l'intelligence dure.

    • Terme de manége. Cheval dur, cheval qui n'a point de sensibilité ni à l'éperon ni au fouet. Réactions dures, fortes secousses, communiquées au corps à chaque poser des membres pendant les allures de certains chevaux.

    • Fig.

      • Mais il est des esprits durs, indisciplinables, Dont on ne peut venir à bout Corneille, Imit. II, 3
  4. 4Qui est désagréable à l'oreille. Une voix dure. Un style dur. Des vers durs. Une modulation dure à l'oreille.

    • Maudit soit l'auteur dur dont l'âpre et rude verve.... Boileau, Vers en style de Chapelain.
    • Il y a une extrême inégalité entre les ouvrages d'Ausone ; son style est dur ; mais la dureté est le moindre vice de ses poésies Rollin, Hist. anc. t. XII, liv. XXV, ch. 1er, art. 2, § 3, p. 147, dans POUGENS.
    • Terme de musique. Se dit des intervalles ou des accords qui blessent l'oreille par leur dissonance. B dur se disait autrefois du si, qu'on désignait alors par B, et qui était beaucoup plus difficile à entonner que le si bémol (voy. BÉCARRE).

    • Qui, dans les arts du dessin ou de la calligraphie, est marqué trop fortement, a des contours roides ou heurtés. Un dessin dur. Les traits de cette écriture sont durs.

    • Un crayon dur, un pinceau dur, un crayon, un pinceau qui tracent des traits durs.

    • Dans la peinture. Dont le dessin est dur ou dans lequel les lumières et les ombres contrastent durement. Un tableau dur. Des tons durs. L'effet de ce tableau est dur.

    • Il se dit aussi en ce sens, de celui qui peint. C'est un peintre dur.

  5. 5Pénible, affligeant, difficile à supporter. Une réprimande bien dure. Les soldats mènent une vie fort dure.

  6. 6Rigoureux par le froid. Un climat dur. Un hiver dur. Un temps dur.

    • Fig. Les temps sont durs, c'est-à-dire on a bien de la peine à vivre par le temps qui court.

      • Il y aura toujours des gens riches qui diront que le temps est dur Voltaire, Lett. Damilaville, 26 févr. 1766
      • Eh bien ! voisin, comment va le commerce ? - Fort mal, le temps est dur CHAMPFORT, March. de Smyrne, sc. 10
  7. 7Qui est sans bonté, sans humanité. Cet homme est dur et sec. Il est fort dur pour ses domestiques.

    • Il a le cœur plus dur, étant fils d'un tyran Corneille, Héracl. V, 2
    • Leurs cœurs deviennent plus durs que la pierre et que le bronze Bourdaloue, Myst. Passion de J. C. t. I, p. 286
    • La cour est comme un édifice bâti de marbre, je veux dire qu'elle est composée d'hommes fort durs, mais fort polis La Bruyère, VIII
    • Dans le même sens, en parlant des dehors, des manières, des discours, etc. Un regard dur. Des manières dures. Il lui refusa en termes durs. Une réponse dure et désobligeante.

  8. 8Qui supporte la fatigue, la peine. Un homme dur au travail, à la peine.

    • Cette espèce d'opulence permettait aux colons d'avoir un assez grand nombre de chevaux qui n'étaient pas beaux, mais durs à la fatigue et propres à faire sur la neige des courses prodigieuses Raynal, Hist. phil. XVI, 13
    • Avoir la vie dure, résister aux causes de mort. Avoir la vie dure comme un chat.

      • Il a la vie bien dure Mme de Sévigné, 292
    • Rendre à quelqu'un la vie dure, lui faire bien du mal, lui donner bien de la peine.

  9. 9Dur, adv. Difficilement. Entendre dur.

    • Fig. et familièrement. Il croit dur comme fer tout ce qu'on lui dit, il est très crédule.

  10. 10S. m. Terme d'art. Le dur est le contraire du moelleux.

  11. 11Dure, s. f.

Étymologie

Provenç. dur ; espagn. et ital. duro ; du latin durus.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander