Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

durer dans le Littré

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durer v. n. (du-ré)

  1. 1Être dur contre les causes de destruction, continuer d'être, persister à être. Les pyramides d'Égypte, si anciennes, durent encore.

  2. 2Ne pas s'user, ne pas dépérir facilement. Ce drap dure beaucoup.

    • Meubles faits de manière à durer longtemps Fénelon, Tél. XI
    • Il est bien neuf, il durera longtemps, se dit d'un niais qui n'a pas vu le monde.

  3. 3Il se dit du temps qui se prolonge.

  4. 4Sembler long.

    • Ce n'est qu'avec ceux que j'aime que les heures ne me durent pas Guez de Balzac, liv. III, lett. 10
    • Ce sont les seuls charmes.... qui sont capables d'évoquer la paix et de la faire voir encore à la terre après une si longue absence et qui lui dure si fort Guez de Balzac, Disc. à la régente
    • Un moment loin de vous me durait une année Racine, Théb. II, 1
    • J'eus l'honneur de voir Mme de Maintenon, avec qui je fus une bonne partie d'une après-dînée, et elle me témoigna même que ce temps-là ne lui avait pas duré Racine, Lett. à Boileau, 5
    • Je sais que ce délai lui dure autant qu'à moi J.-J. Rousseau, Hél. IV, 8
    • Impersonnellement. Il me dure que vous soyez de retour.

  5. 5En parlant des personnes, continuer à vivre.

    • Fig. Se conserver dans ses dignités, dans son crédit, dans sa fortune, etc.

      • Il est aisé de durer, quand on s'accommode aux conjonctures Massillon, Vérité de la religion.
  6. 6Supporter, rester, vivre avec.

    • Et je ne puis Durer plus longuement à la peine où je suis Régnier, Élég. II
    • Quelle sécheresse de conversation ! on n'y dure point, on n'y tient pas Molière, Préc. 5
    • Pensez-vous que je puisse durer à ses turlupinades perpétuelles ? Molière, Critique, 1
    • Il a tant bu que je ne pense point qu'on puisse durer contre lui Molière, G. Dand. III, 12
    • Ne pouvant plus durer en tel tourment La Fontaine, Rich.
    • La petite vérole le prit avec une telle corruption qu'on ne pouvait durer dans la chambre Mme de Sévigné, 128
    • Il aimait Veret [un château], quand il n'était pas obligé d'y demeurer ; il ne peut plus y durer, parce qu'il n'ose en sortir Mme de Sévigné, 343
    • Elle était assise, elle ne peut durer au lit Mme de Sévigné, Lett. 20 avril 1672
    • Aurait-on pu durer huit jours chez vous avec un cœur droit et sincère ? FÉNEL., Dial. des morts mod. 15
    • Afin de faire vie qui dure Mme de Sévigné, 506
    • Ne pouvoir durer avec quelqu'un, ne pouvoir plus vivre avec lui.

      • Il faudrait une plus grande pénétration et une plus grande patience que la mienne pour pouvoir vous entendre et pour pouvoir durer avec vous BARON, Homme à b. fort. I, 4
      • Comme en revenant à nous, nous n'y trouvons que nous-mêmes, c'est-à-dire un cœur vide de vrais plaisirs, nous ne pouvons durer avec nous-mêmes Massillon, Myst. Pentecôte.
      • Un si aimable homme et une femme si merveilleuse ne duraient pas aisément ensemble Saint-Simon, 66, 101
      • Augicourt se contenta de dire qu'il l'avait bien servi [M. de Louvois], mais qu'il n'y avait plus moyen de durer avec lui Saint-Simon, 134, 237
    • Familièrement. Ne pouvoir durer en place, être agité, tourmenté.

      • Cette personne ne saurait durer en place Mme de Sévigné, 507
    • Ne pouvoir durer en sa peau, être agité, tourmenté par quelque désir.

    • Ne pouvoir durer de froid, de chaud, au froid, au chaud, en être extrêmement incommodé.

    • On dit, dans le même sens, faire feu qui dure.

    • Durer se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

Étymologie

Provenç. et esp. durar ; ital. durare ; du latin durare, durer, durcir, de durus, dur.

Supplément

DURER. Ajoutez : - REM. Dans durer deux heures, durer n'est actif qu'en apparence ; il est neutre en réalité : Les deux heures que le dîner a duré, et non durées ; même remarque que pour coûter.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander