Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

défendre dans le Littré

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défendre v. a. (dé-fan-dr')

  1. 1Venir au secours, en aide de ce qui est attaqué, personnes ou choses.

  2. 2En parlant d'un accusé, exposer ses moyens de défense. Qui défend le prévenu ? Cet avocat nous a très bien défendus.

    • Défendre son pain, soutenir un procès dans lequel tous les moyens d'existence sont engagés.

    • Dans un sens assez analogue, intercéder pour quelqu'un.

  3. 3Empêcher que l'ennemi ne puisse entrer dans un lieu ou en approcher. Horatius Coclès défendit un pont contre les Étrusques, pendant qu'on le coupait derrière lui. L'officier qui défendit cette place à toute extrémité.

    • L'ennemi retranché dans son camp comme dans un fort, mille foudres, qui portent la mort partout, en défendent l'approche Massillon, Or. funèbre du prince de Conty
    • Que si Barclay l'a prévenu dans cette capitale [Vitepsk], sans doute il voudra la défendre ; là peut-être l'attendait cette victoire tant désirée, qui vient de lui échapper sur la Vilia Ségur, Hist. de Napol. IV, 7
  4. 4Protéger, garantir. La montagne défend cette maison des vents du nord.

    • Terme de marine. Défendre un canot, éviter de la faire choquer contre un bâtiment ou un quai.

  5. 5Interdire, prohiber. Défendre le vin à un malade.

    • Défendre avec un régime direct, puis avec de et un verbe à l'infinitif.

      • Je vous défends tout retour et toute inquiétude sur cela, et de vous en confesser de nouveau Li à moi ni à d'autres Bossuet, Lett. abb. 50
    • Défendre sa porte à quelqu'un, faire défendre sa porte à quelqu'un, dire au portier, aux domestiques de ne pas le laisser entrer s'il se présente.

      • J'étais si affligée de cette perte, de la mort de mon mari, du départ précipité de mon fils, que j'avais fait défendre ma porte Voltaire, Princesse de Babyl. 4
    • Se défendre, défendre à soi-même, s'interdire, s'empêcher de.

      • Ils se sont défendu les excès Massillon, P. carême, Malh. des grands.
    • Enjoindre de ne pas faire.

  6. 6V. n. Terme de procédure. Fournir des défenses aux demandes de la partie adverse. Condamné faute de défendre.

    • Avoir le rôle de défendeur dans un procès. Défendre à une action en payement.

  7. 7Se défendre, v. réfl. Repousser la force par la force.

    • Terme de manége. Un cheval se défend quand il refuse d'obéir, soit en sautant, soit en reculant ; il se défend des lèvres, quand il résiste au mors. On dit encore qu'il se défend, quand il se sert de ses pieds et de ses dents contre les personnes qui l'entourent et veulent le contenir.

    • Cette place se défend d'elle-même, elle est facile à défendre ; elle n'est pas en état de se défendre, elle ne peut résister à une attaque sérieuse.

    • Terme de marine. Se défendre bien à la mer, recevoir peu d'eau à bord par un gros temps.

  8. 8Se justifier, repousser les accusations, les reproches, les critiques.

  9. 9Se garantir, se préserver.

    • Cette étoffe est bonne, il n'y a qu'à se défendre du prix, c'est-à-dire on peut l'acheter, il ne s'agit plus que de ne pas la payer trop cher.

  10. 10Repousser, refuser, se dispenser de.

    • S'il n'en eût aimé l'offre, il eût su s'en défendre Corneille, Pomp. III, 2
    • Il s'est de mes bontés jusqu'au bout défendu Corneille, ib. V, 5
    • Elle se défend du nom, mais non pas de la chose Molière, Critique, 2
    • Jusques ici je me suis défendu de m'expliquer Molière, Am. magn. II, 4
    • Il se défend fort de se mêler de l'affaire Bossuet, Lett. quiét. 171
    • Il s'en défendit comme d'un crime Bossuet, Hist. II, 5
    • Prince, de ce devoir je ne puis me défendre Racine, Bérén. IV, 8
    • Il s'en défendit [d'être élu roi] sans s'émouvoir Fénelon, Tél. VI
    • Et nous, mes frères, nous nous défendons de la réputation d'homme juste et craignant Dieu, comme d'un titre de honte et d'infamie Massillon, Car. Injust. du monde.
    • Les deux consuls.... se défendirent d'abord de prendre connaissance d'une affaire qui s'était passée longtemps avant leur consulat VERTOT, Révol. rom. liv. III, p. 253
    • Elle est femme samaritaine, et par là elle se défend d'accorder au Sauveur ce que sa bonté demande d'elle Massillon, Car. Samaritaine
  11. 11Se cacher d'une chose, la nier.

    • Vous ne vous rendez pas encore, et vous vous défendez d'être médecin Molière, Méd. m. lui, I, 6
    • Elle se défend fort d'apprendre la philosophie Mme de Sévigné, 438
    • Quelques-uns se défendent de faire des vers La Bruyère, IV
    • Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile,Ne tiendraient pas longtemps contre les soins d'Achille Racine, Iphig. II, 3
    • Un homme, se trouvant là sans fonctions apparentes, m'aborda familièrement, me demanda confidemment si je n'étais point auteur de certaines brochures, je m'en défendis fort Paul-Louis Courier, Pamphl. des pamphl.
  12. 12S'excuser.

    • Je m'en suis défendu le moins brutalement qu'il m'a été possible Hamilton, Gramm. 7
  13. 13S'empêcher de.

Remarque

1. Défendre, au sens de prohiber, veut de devant un infinitif ou que et le subjonctif : Il défend d'aller, il défend qu'on aille. 2. Défendre, dans le sens de prohiber, suivi d'un verbe, ne veut pas que ce verbe prenne la particule ne : Je défends que vous fassiez cela, et non je défends que vous ne fassiez cela ; cette dernière tournure, c'est-à-dire l'emploi de ne explétif avec défendre, était très usuelle au XVIe siècle et auparavant. 3. Si le verbe est à l'infinitif, la particule ne ne se met jamais : Je vous défends d'y aller (au contraire, le XVIe siècle mettait volontiers la négation : Je vous défends de n'y pas aller). Pourtant, si le verbe est à l'infinitif et construit avec plus, jamais, quelques écrivains ont employé le ne : On sait combien, avec les verbes exprimant doute, crainte, empêchement, etc. le ne explétif est fréquent. On ne peut donc dire que ici ce soit une vraie faute ; seulement on doit savoir que l'usage s'est prononcé contre cet emploi, et l'on dira : Il leur défendait de songer davantage à ce mariage ; il lui défendit de se présenter jamais devant lui.

Synonymes

DÉFENDRE, SOUTENIR, PROTÉGER. Mettre quelqu'un ou quelque chose à couvert du mal qui lui arrive ou qui peut lui arriver. On défend ce qui est attaqué ; on soutient ce qui ne se tient pas debout par soi-même ; on protége ce qui a besoin d'être couvert et garanti. On défend une cause ; on soutient une entreprise ; on protége les sciences. Défendre les sciences, ce serait prendre en main leur cause, si on leur attribuait, comme Rousseau par exemple, des influences funestes ; protéger les sciences, c'est en favoriser la culture et le progrès. On défend un homme contre ses ennemis, on le soutient dans les démarches qu'il fait, et, si on occupe une position supérieure à la sienne, on le protége, c'est-à-dire on le sert auprès des personnes de qui son succès dépend : la principale différence entre protéger et les deux autres verbes étant que protéger entraîne en général l'idée de la supériorité de celui qui protége, ce que ne font pas défendre et soutenir.

Étymologie

Provenç. defendre ; espagn. defender ; ital. difendere ; du latin defendere, de de, et fendere, exciter, pousser.

Supplément

DÉFENDRE. - REM. Ajoutez : 4. On a dû dire d'abord : en son corps défendant. Cette forme se trouve dans le Portrait de Mme Cornuel par Mme de Vineuil, ancienne édit. des Œuv. de Mlle de Montpensier, t. VIII, p. 257.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander