défendre v. a. (dé-fan-dr')
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1Venir au secours, en aide de ce qui est attaqué, personnes ou choses.
Je défendrai ta mémoire Du trépas injurieux
Malherbe, II, 2Enfin, chevalier, tu crois défendre ta comédie, en faisant la satire de ceux qui la condamnent
Molière, Critique, 7Il n'y a qu'à détourner son intention du désir de vengeance qui est criminel, pour la porter au désir de défendre son honneur qui est permis selon nos pères
Pascal, Prov. 7- Je vous défendrais de l'orage La Fontaine, Fabl. I, 22
- Défendez-moi des fureurs de Pharnace Racine, Mithr. I, 2
Et songeons bien plutôt, quelque amour qui nous flatte, à défendre du joug et nous et nos États
Racine, ib. I, 3- Et subisse des loisDont il a quarante ans défendu tous les rois Racine, ib. III, 1
- Prince aimable, dis-nous si quelque ange au berceau,Contre tes assassins prit soin de te défendre Racine, Ath. IV, 6
- Pour défendre vos jours de leurs mains meurtrières Racine, Iphig. IV, 4
- Je défendrai mes droits fondés sur vos serments Racine, ib. IV, 6
- Ciel ! qui nous défendra si tu ne nous défends ? Racine, Esth. I, 3
La gloire les défend [les grands du monde] de quelques faiblesses ; mais la gloire les défend-elle de la gloire même ?
Bossuet, Duchesse d'Orl.À quoi la force doit-elle servir qu'à défendre la raison ?
Bossuet, Reine d'Anglet.- Aussi nul chevalier ne cherche à la défendre Voltaire, Tancr. III, 1
Le fameux Arnauld défendait le jansénisme avec l'impétuosité de son éloquence
Voltaire, Louis XIV, 37
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Il se dit aussi des animaux. La poule défend ses poussins.
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Absolument. Peu usité de cette façon.
- Et qu'au lieu d'attaquer il a peine à défendre Corneille, Sertor. I, 1
- La peur régnait partout : plus de cœurs, plus d'ami ;Le Français du Français paraissait l'ennemi,Chacun savait mourir, nul ne savait défendre LEGOUVÉ, Mérite des f.
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À son corps défendant, loc. adv. En se défendant contre une attaque. Il a tué l'agresseur à son corps défendant.
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Fig. et familièrement, à contre-cœur, avec répugnance. J'ai fait cela à mon corps défendant.
- Je vous jure, encor est-ce à mon corps défendant Régnier, Sat. X
- Et l'on sait qu'elle est prude à son corps défendant Molière, Tart. I, 1
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2En parlant d'un accusé, exposer ses moyens de défense. Qui défend le prévenu ? Cet avocat nous a très bien défendus.
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Défendre son pain, soutenir un procès dans lequel tous les moyens d'existence sont engagés.
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Dans un sens assez analogue, intercéder pour quelqu'un.
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3Empêcher que l'ennemi ne puisse entrer dans un lieu ou en approcher. Horatius Coclès défendit un pont contre les Étrusques, pendant qu'on le coupait derrière lui. L'officier qui défendit cette place à toute extrémité.
L'ennemi retranché dans son camp comme dans un fort, mille foudres, qui portent la mort partout, en défendent l'approche
Massillon, Or. funèbre du prince de ContyQue si Barclay l'a prévenu dans cette capitale [Vitepsk], sans doute il voudra la défendre ; là peut-être l'attendait cette victoire tant désirée, qui vient de lui échapper sur la Vilia
Ségur, Hist. de Napol. IV, 7
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4Protéger, garantir. La montagne défend cette maison des vents du nord.
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Terme de marine. Défendre un canot, éviter de la faire choquer contre un bâtiment ou un quai.
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5Interdire, prohiber. Défendre le vin à un malade.
- Ah ! monsieur, qu'est ceci ? je défends la surprise ! Molière, Dép. am. III, 7
Vos règles vous défendent de rien imprimer sans l'aveu de vos supérieurs qui sont rendus responsables des erreurs de tous les particuliers
Pascal, Prov. 17- C'est des ministres saints la demeure sacrée ;Les lois à tout profane en défendent l'entrée Racine, Ath. III, 2
.... Puisqu'un sort jaloux Lui défend de jouir d'un spectacle si doux
Racine, Alex. IV, 3- Le ciel protége Troie ; et par trop de présagesSon courroux nous défend d'en chercher les passages Racine, Iphig. I, 2
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Défendre avec un régime direct, puis avec de et un verbe à l'infinitif.
Je vous défends tout retour et toute inquiétude sur cela, et de vous en confesser de nouveau Li à moi ni à d'autres
Bossuet, Lett. abb. 50
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Défendre sa porte à quelqu'un, faire défendre sa porte à quelqu'un, dire au portier, aux domestiques de ne pas le laisser entrer s'il se présente.
J'étais si affligée de cette perte, de la mort de mon mari, du départ précipité de mon fils, que j'avais fait défendre ma porte
Voltaire, Princesse de Babyl. 4
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Se défendre, défendre à soi-même, s'interdire, s'empêcher de.
Ils se sont défendu les excès
Massillon, P. carême, Malh. des grands.
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Enjoindre de ne pas faire.
- Mais il me semble, Agnès, si ma mémoire est bonne,Que j'avais défendu que vous vissiez personne Molière, Éc. des f. II, 6
- Le désolé vieillard, qui hait la raillerie,Lui défend de parler, sort du lit en furie Boileau, Lutr. IV
- Mais mon père défend que le roi se hasarde Racine, Ath. V, 1
Pour plus de sûreté, il fit mettre des gardes aux portes de tous les prélats, et défendit qu'aucun étranger entrât dans la ville
Voltaire, Charles XII, liv. III
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6V. n. Terme de procédure. Fournir des défenses aux demandes de la partie adverse. Condamné faute de défendre.
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Avoir le rôle de défendeur dans un procès. Défendre à une action en payement.
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7Se défendre, v. réfl. Repousser la force par la force.
J'eus beau crier et me défendre : la couverture fut apportée [où l'on me berna]
Voiture, Lett. 9- .... Gardez-vous de prétendreQue de tant d'ennemis vous puissiez vous défendre Racine, Mithr. V, 5
Les nations s'appellent les unes les autres, se liguent ensemble pour se défendre et pour l'arrêter
La Bruyère, X.- .... Avec ce fer tu m'as fait chevalier,Tiens, prends, prends, défends-toi ; meurs du moins en guerrier Casimir Delavigne, Vêp. Sicil. IV, 6
On s'y défendit comme des vainqueurs se défendent, en attaquant
Ségur, Hist. de Napol. IV, 7
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Terme de manége. Un cheval se défend quand il refuse d'obéir, soit en sautant, soit en reculant ; il se défend des lèvres, quand il résiste au mors. On dit encore qu'il se défend, quand il se sert de ses pieds et de ses dents contre les personnes qui l'entourent et veulent le contenir.
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Cette place se défend d'elle-même, elle est facile à défendre ; elle n'est pas en état de se défendre, elle ne peut résister à une attaque sérieuse.
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Terme de marine. Se défendre bien à la mer, recevoir peu d'eau à bord par un gros temps.
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8Se justifier, repousser les accusations, les reproches, les critiques.
- J'ai voulu me défendre avec civilité Corneille, Héracl. I, 2
- Qu'on rappelle mon fils, qu'il vienne se défendre Racine, Phèd. V, 5
- Défendez-vous, madame, et ne l'accusez pas Racine, Brit. IV, 1
Ils ne se défendent pas contre cette accusation
Massillon, Av. Circ.Si mes livres ne savent pas se défendre, je ne les défendrais pas mieux
Bonnet, Lett. div. Œuvres, t. XII, p. 128
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9Se garantir, se préserver.
Leur nombre était assez grand pour se défendre d'une surprise
PATRU, Plaidoy. 1. dans RICHELET- Je cherche à te rejoindre et non à m'en défendre Corneille, Rodog. V, 4
- De cette opinion j'aime mieux me défendre,Pour mettre en votre choix celle que je dois prendre,La régler par votre ordre, et croire avec respectTout ce qu'il vous plaira d'un entretien suspect Corneille, Perthar. I, 2
- Défendez-vous par la grandeur,Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse La Fontaine, Fabl. VIII, 1
Vous n'aurez plus qu'à vous défendre de la vanité
Mme de Sévigné, Lettres, 6 janv. 1672- Contre tant de soupirs peut-on bien se défendre ? Racine, Alex. II, 5
- Contre tous les poisons soigneux de me défendre Racine, Mithr. V, 4
Quel philosophe pourrait se défendre de la flatterie ?
Fénelon, Tél. XIOn a besoin de force pour se défendre des exemples qu'on a devant les yeux
Massillon, Car. MélangeVous dites que, rompre tout d'un coup, ce serait un éclat.... qui donnerait lieu à des soupçons dont jusqu'ici vous avez su vous défendre
Massillon, ib. Pâques.La vertu même des saints ne suffit pas pour se défendre des occasions qui nous cherchent
Massillon, ib. Dang. des prospér.Les Scythes ne connaissent point l'usage de la laine et des étoffes, et, pour se défendre des froids violents et continuels de leur climat, ils n'emploient que des peaux de bêtes
Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. III, p. 79, dans POUGENS- D'un noir pressentiment je ne puis me défendre Voltaire, Fanat. III, 2
On meurt ainsi par degrés, jusqu'à ce que, n'aimant enfin que soi-même, on ait cessé de sentir et de vivre avant de cesser d'exister ; mais un cœur sensible se défend de toute sa force contre cette mort anticipée
J.-J. Rousseau, Hél. IV, 1
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Cette étoffe est bonne, il n'y a qu'à se défendre du prix, c'est-à-dire on peut l'acheter, il ne s'agit plus que de ne pas la payer trop cher.
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10Repousser, refuser, se dispenser de.
- S'il n'en eût aimé l'offre, il eût su s'en défendre Corneille, Pomp. III, 2
- Il s'est de mes bontés jusqu'au bout défendu Corneille, ib. V, 5
Elle se défend du nom, mais non pas de la chose
Molière, Critique, 2Jusques ici je me suis défendu de m'expliquer
Molière, Am. magn. II, 4Il se défend fort de se mêler de l'affaire
Bossuet, Lett. quiét. 171Il s'en défendit comme d'un crime
Bossuet, Hist. II, 5- Prince, de ce devoir je ne puis me défendre Racine, Bérén. IV, 8
Il s'en défendit [d'être élu roi] sans s'émouvoir
Fénelon, Tél. VIEt nous, mes frères, nous nous défendons de la réputation d'homme juste et craignant Dieu, comme d'un titre de honte et d'infamie
Massillon, Car. Injust. du monde.Les deux consuls.... se défendirent d'abord de prendre connaissance d'une affaire qui s'était passée longtemps avant leur consulat
VERTOT, Révol. rom. liv. III, p. 253Elle est femme samaritaine, et par là elle se défend d'accorder au Sauveur ce que sa bonté demande d'elle
Massillon, Car. Samaritaine
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11Se cacher d'une chose, la nier.
Vous ne vous rendez pas encore, et vous vous défendez d'être médecin
Molière, Méd. m. lui, I, 6Elle se défend fort d'apprendre la philosophie
Mme de Sévigné, 438Quelques-uns se défendent de faire des vers
La Bruyère, IV- Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile,Ne tiendraient pas longtemps contre les soins d'Achille Racine, Iphig. II, 3
Un homme, se trouvant là sans fonctions apparentes, m'aborda familièrement, me demanda confidemment si je n'étais point auteur de certaines brochures, je m'en défendis fort
Paul-Louis Courier, Pamphl. des pamphl.
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12S'excuser.
Je m'en suis défendu le moins brutalement qu'il m'a été possible
Hamilton, Gramm. 7
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13S'empêcher de.
- J'ai cru honteux d'aimer quand on n'est plus aimable ;J'ai voulu m'en défendre, à voir mes cheveux gris Corneille, Sertor. IV, 2
Il ne peut se défendre d'aimer cette vertu douce
Fénelon, Tél. X
Remarque
1. Défendre, au sens de prohiber, veut de devant un infinitif ou que et le subjonctif : Il défend d'aller, il défend qu'on aille. 2. Défendre, dans le sens de prohiber, suivi d'un verbe, ne veut pas que ce verbe prenne la particule ne : Je défends que vous fassiez cela, et non je défends que vous ne fassiez cela ; cette dernière tournure, c'est-à-dire l'emploi de ne explétif avec défendre, était très usuelle au XVIe siècle et auparavant. 3. Si le verbe est à l'infinitif, la particule ne ne se met jamais : Je vous défends d'y aller (au contraire, le XVIe siècle mettait volontiers la négation : Je vous défends de n'y pas aller). Pourtant, si le verbe est à l'infinitif et construit avec plus, jamais, quelques écrivains ont employé le ne : On sait combien, avec les verbes exprimant doute, crainte, empêchement, etc. le ne explétif est fréquent. On ne peut donc dire que ici ce soit une vraie faute ; seulement on doit savoir que l'usage s'est prononcé contre cet emploi, et l'on dira : Il leur défendait de songer davantage à ce mariage ; il lui défendit de se présenter jamais devant lui.
Synonymes
DÉFENDRE, SOUTENIR, PROTÉGER. Mettre quelqu'un ou quelque chose à couvert du mal qui lui arrive ou qui peut lui arriver. On défend ce qui est attaqué ; on soutient ce qui ne se tient pas debout par soi-même ; on protége ce qui a besoin d'être couvert et garanti. On défend une cause ; on soutient une entreprise ; on protége les sciences. Défendre les sciences, ce serait prendre en main leur cause, si on leur attribuait, comme Rousseau par exemple, des influences funestes ; protéger les sciences, c'est en favoriser la culture et le progrès. On défend un homme contre ses ennemis, on le soutient dans les démarches qu'il fait, et, si on occupe une position supérieure à la sienne, on le protége, c'est-à-dire on le sert auprès des personnes de qui son succès dépend : la principale différence entre protéger et les deux autres verbes étant que protéger entraîne en général l'idée de la supériorité de celui qui protége, ce que ne font pas défendre et soutenir.
Étymologie
Provenç. defendre ; espagn. defender ; ital. difendere ; du latin defendere, de de, et fendere, exciter, pousser.
Supplément
DÉFENDRE. - REM. Ajoutez : 4. On a dû dire d'abord : en son corps défendant. Cette forme se trouve dans le Portrait de Mme Cornuel par Mme de Vineuil, ancienne édit. des Œuv. de Mlle de Montpensier, t. VIII, p. 257.