Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

en dans le Littré

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1en prép. (an ; suivi d'une voyelle ou d'une h muette se prononce comme le substantif an ; mais, ce qui n'a pas lieu pour le substantif an, l'n s'appuie sur la voyelle qui suit : en avant, dites : an-na-van)

  1. 1À l'intérieur de, avec l'idée de repos. Être en France. En la ville de Paris. Renfermés en une place forte. En ces lieux agréables. Nous nous tenons en une chambre bien close.

    • Je serai marié, si l'on veut, en Turquie Corneille, Ment. III, 5
    • Ces règles du raisonnement subsistent-elles aussi en quelque part, d'où elles me communiquent leur vérité immuable ? Bossuet, Connaiss. IV, 9
    • C'est par leur paresse qu'ils laissent croître les ronces et les épines en la place des vendanges et des moissons Fénelon, Exist. de Dieu, 11
    • Un cuistre en son taudis compose une satire Voltaire, Ép. c.
  2. 2Dans la personne de.

    • Il est en moi, en lui, c'est-à-dire je possède, il possède la faculté de, le pouvoir de.

      • Il est en toi de perdre ou de sauver ton frère Corneille, Héracl. V, 5
      • S'il a fait tout ce qui est en lui pour.... Pascal, Prov. 8
      • Alexandre et Mahomet éteignirent autant qu'il était en eux le feu sacré des Guèbres Raynal, Hist. phil. V, 17
  3. 3Par extension, en parlant du temps, en l'espace de. En un an. En deux ans. En si peu de temps. En moins d'un mois.

  4. 4Il exprime la situation. En plaine. Je me trouvais en forêt, en plein champ. Il était en tête de la bande.

    • Fig. Avoir quelqu'un en tête, l'avoir pour adversaire.

    • Avoir quelque chose en tête, en être occupé.

  5. 5Sert à exprimer l'état, la manière d'être, la disposition, l'occupation. Être en affaires, en prière. Un portrait en pied. Être en guerre, en paix. Des cheveux en désordre. être en bonne santé, en appétit. Fenêtre en ogive. Fruits disposés en pyramide. S'habiller en turc. Se coiffer en cheveux. Regarder en pitié.

  6. 6En hommes, en femmes, etc. se dit pour spécifier la qualité des personnes dans une assemblée. La réunion était nombreuse, mais, en ouvriers, il n'y avait que des menuisiers.

    • Il n'y avait en femmes que Mme de Limours, Mme de Valée et la comtesse de Germeuil Mme DE GENLIS, Ad. et Théod. t. I, p. 439, dans POUGENS
  7. 7Comme, de même que, en qualité de.

    • En tant que, selon que, autant que, En tant que besoin sera.

    • En tant que, comme. En tant qu'ennemis, il les combattit ; en tant que blessés, il veilla à leur salut.

  8. 8À l'intérieur de, vers l'intérieur de, avec mouvement. Mettre quelqu'un en prison. Monter en voiture. Aller en ville.

  9. 9En marque la direction.

    • Elles avaient les yeux baissés en terre et le visage couvert d'un voile qui n'empêchait pas qu'on n'entrevît la rougeur que répandait sur leurs joues une pudeur virginale Rollin, Traité des Ét. liv. VI, 2e part. ch. 5
  10. 10Indique un rapport de succession. D'aujourd'hui en huit. De point en point. Voltiger de fleur en fleur. De pis en pis.

  11. 11Marque la division, la distribution, la forme. Un poëme en quatre chants. Diviser une pomme en deux. Roulé en cercle.

  12. 12Fig. S'en aller en fumée. Éclater en pleurs. La chrysalide se change en papillon.

  13. 13Indique la destination, le motif, le but. Mettre en vente, en gage. Un temple changé en mosquée. En vue de plaire. En haine de. En considération de.

    • Et aussi l'état avec mouvement, c'est-à-dire l'état dans lequel on entre. Se mettre en colère. Entrer en admiration. Être ravi en extase.

  14. 14En précède fort souvent le participe présent, et désigne alors le temps, l'époque, la manière. On apprend en vieillissant. Il dit en partant. Le mal va en augmentant.

    • Dans cette construction, pour qu'elle soit régulière et claire, il faut que en et le participe se rapportent au sujet de la phrase. Cependant, quand le sens ne souffre aucune ambiguïté, on peut ne pas l'y faire rapporter. L'appétit vient en mangeant.

  15. 15En sert à former une foule de locutions adverbiales, comme : en avant, en dessus, en bas, en haut, en travers, en outre (voy. ces différents mots).

  16. 16En- préfixe, représente la préposition latine in, et donne au verbe le sens de aller dans, comme dans enfoncer ; ou un sens augmentatif, comme dans enchérir.

  17. 17En devient em en composition devant un p ou un b : embellir, empâter.

Remarque

1. Les grammairiens disent que en ne peut être employé pour exprimer la matière et que ma tabatière est en écaille, cette étoffe est en soie sont des phrases vicieuses, en place desquelles il faut mettre : ma tabatière est d'écaille, cette étoffe est de soie. Le fait est que l'Académie, qui ne parle pas de la difficulté, n'a aucun exemple de en signifiant la matière. Mais il est vrai aussi que l'usage de cette signification est très fréquent, et qu'on entend dire tous les jours une statue en marbre, une table en chêne, un mur en moellons, un pilier en bois, etc. Et c'est d'après cet usage vulgaire qu'on lit dans Arago, Notice sur le tonnerre, cité par Legoarant : Faisons cette pointe en fer.... Cinq poteaux en bois.... puis les cinq poteaux en bois dont j'ai parlé. À ces phrases récentes on peut ajouter celle-ci, plus ancienne, de Voltaire : Enfin, remontant encore davantage on en trouvera un exemple de Montaigne (en marbre). Ces différentes autorités portent à croire que en, ainsi employé, ne doit pas être rejeté. 2. En présente des difficultés pour les articles. Quand la locution où en figure est tout à fait générale, en se construit sans article : en paix, en guerre, en soi, en nous. En se construit aussi avec un nom pris partitivement : en des temps tels que.... ; avec l'article indéfini un, une : en un lieu agréable ; avec un mot quelconque qui supplée l'article : en telle année, en cette situation, en quel temps, en quelque sorte, en ma volonté. Mais avec l'article défini le, la, les, il faut distinguer : d'abord il ne s'emploie jamais avec l'article pluriel, on ne dit pas en les circonstances, en les temps ; c'est un simple usage ; car il n'y a rien dans la préposition en qui répugne à l'emploi de les après elle ; et dans la locution ès lettres, ès est pour en les. Avec l'article au singulier on peut s'en servir dans quelques cas exceptionnels : en l'honneur de, en l'absence d'un tel, en l'état où je suis, en la présence de Dieu, en la chambre du conseil. 3. Il est beaucoup de cas où l'on peut employer indifféremment en ou dans ; et c'est alors l'oreille et l'harmonie de la phrase qui décident du choix. Voici des exemples : 4. Dans le siècle de Louis XIV, on a dit communément en avec un nom de ville. Aujourd'hui on met à ; mais, en poésie, on pourrait très bien se servir de la tournure archaïque. Corneille a dit en Belle-Cour pour à la place BelleCour [à Lyon] : Godefroy, Lex. de Corneille, remarque qu'à Lyon on dit encore en Belle-Cour pour à la place Belle-Cour. 5. Dans le même XVIIe siècle, on a employé d'une autre façon en pour à moderne. 6. C'est encore en pour l'à moderne dans cet exemple-ci :

Synonymes

1° EN, DANS. La différence essentielle que l'usage a mis entre ces deux mots, c'est que en ne se construit qu'exceptionnellement avec l'article défini le, la, les, tandis que dans exige ces articles dans sa construction. Cette condition fait que en donne aux mots une acception indéterminée que dans ne comporte pas. 2° Je ferai cet ouvrage en deux jours, se dit par opposition à un temps plus ou moins long qu'on pourrait y employer. Je ferai cet ouvrage dans deux jours, se dit sans opposition, et seulement par rapport à l'espace de temps après lequel on commencera l'ouvrage.

Étymologie

Picard, in ; wallon, in ; provenç. en ; espagn. en ; portug. em ; ital. in ; du latin in ; grec, ἐν ; allem. in. Le vieux français a dit quelquefois e pour en.

Supplément

1. EN. - REM. Ajoutez : 7. En rue, pour dans la rue. J. J. Rousseau écrit de Lyon : 8. Mme de Sévigné emploie en avec un nom de personne pour signifier : avec, chez. Ce sont des tournures plaisantes. 9. Régnier a dit : En la France, moins usité que en France, est bon néanmoins. 10. J. J. Rousseau a dit en Deux-Cents pour : dans le conseil des Deux-Cents, à Genève.

2en pron. (an ; l'n se lie quand en précède le verbe ; et alors en se prononce exactement comme la préposition en : je n'en ai pas, il s'en amuse ; le succès en est douteux, dites : je nan-n ai pas ; il san-n amuse ; le succès an-n est douteux ; quelques personnes prononcent : je na-n ai pas, il s'a-n amuse, le succès a-n est douteux ; mais cette prononciation, peut-être plus conforme à d'autres analogies, est aujourd'hui provinciale ; en ne se lie pas quand il suit le verbe : donnez-en un ou deux, dites donnezan un ou deux)

  1. 1De ce lieu, de ces lieux. Vous allez à Lyon, j'en viens.

  2. 2D'adverbe de lieu, en passe au rôle de pronom (comme où, qui, du rôle d'adverbe de lieu, passe au rôle de pronom relatif dans : le bonheur où j'aspire), et signifie de ce, de ceci, de cela, de cette chose, de ces choses. Cette affaire est délicate, le succès en est douteux.

  3. 3Il se dit aussi des personnes : de lui, d'elle, d'eux, d'elles.

  4. 4Sert à rappeler d'une manière plus ou moins régulière et précise l'idée énoncée dans une proposition.

  5. 5Il entre dans un grand nombre de gallicismes, comme ceux-ci par exemple : il en veut à un tel ; il s'en donne ; je m'en promets ; en venir aux mains ; il s'en faut.

    • Il en est de.... c'est-à-dire la chose se comporte comme. Il en sera de cette réclamation comme de celle de l'an passé. Vaugelas condamnait cette locution, et voulait y supprimer en ; suivant lui il fallait dire : il est des hommes comme de.... et non il en est des hommes comme de.... On lui objectait que cette suppression faisait amphibologie, et que il est des hommes semblait d'abord signifier : il y a des hommes. Finalement en a triomphé, et à bon droit ; ce n'est pas la logique qui demandait ce pléonasme, mais la clarté du discours y a gagné.

    • C'en est assez, c'est-à-dire cela suffit.

      • En est-ce assez, ô ciel ? Corneille, Cinna, V, 3
    • C'en est trop, la chose dépasse la mesure.

      • Mais, c'en est trop, Cléone Racine, Andr. II, 1
    • En être, c'est-à-dire être d'un complot, d'un secret, d'une cabale, etc.

      • Quoi ! Néarque en est donc [de la secte des chrétiens] Corneille, Poly. III, 2
    • En être à, n'être pas plus avancé que....

      • N'est-il pas singulier que, dans une ville aussi fameuse que Carthage, on en soit à chercher l'emplacement même de ses ports ? Chateaubriand, Itin. III, 185
    • En être pour, perdre. J'en suis pour mon argent.

      • Où tout autre aurait trouvé du moins quelque honneur, j'en suis pour mon argent et ma réputation Paul-Louis Courier, I, 61
    • C'en est fait, la chose est terminée, résolue.

    • En tenir, être joué, trompé.

    • En donner d'une, tromper, abuser.

    • On dit aussi, en tenir, dans le sens d'être amoureux.

    • En planter, faire porter des cornes à un mari. N'en pouvoir mais, n'être pas cause de....

    • N'en pas devoir, avoir autant qu'un autre la chose, la qualité dont il s'agit.

      • Il ne vous en doit rien, madame, en dureté de cœur Molière, Princ. d'Él. III, 5
    • En être jusqu'à, et, en supprimant jusque, en être à, être conduit au point de.

    • S'en tenir à, n'aller pas plus loin que.

      • Napoléon ajouta quelques menaces déjà moins violentes, et il s'en tint aux paroles, soit qu'il eût jeté toute sa colère dans un premier mouvement, soit qu'il n'eût voulu qu'en effrayer tous les Allemands qui seraient tentés de l'abandonner Ségur, Hist. de Nap. IX, 6
    • S'en dire, se faire à soi-même des reproches, des remontrances.

    • En croire quelqu'un, ajouter foi à ses dires. À qui en a-t-il ? c'est-à-dire contre qui est-il en colère ?

  6. 6En- sert aussi de préfixe pour indiquer déplacement : emporter, porter-en, portare inde, emmener, mener-en, minare inde, s'enfuir, fuir-en, fugere inde, s'en aller, aller-en, aller de là, etc.

Remarque

1. En se met toujours avant le verbe, et, si le verbe est composé, avant le verbe auxiliaire : il en parle, il en a parlé ; excepté à l'impératif (2e personne du singulier, 1re et 2e personnes du pluriel), où il se met après, s'y joignant par un trait d'union : prends-en, parlez-en, parlons-en. 2. Avec les impératifs de la 1re conjugaison, à la 2e personne du singulier, on intercale pour l'euphonie une s, de cette façon : parles-en. 3. Si le verbe à l'impératif est construit avec une négation, en se met avant le verbe : n'en parle pas ; ne vous en étonnez pas ; n'en disons rien ; ne nous en effrayons pas. 4. En, construit avec des pronoms, se met toujours après ces pronoms : il vous en a parlé ; il s'en moque ; parlez-nous-en ; retirez-les-en ; nous vous en empêcherons ; nous ne vous en empêcherons pas ; il t'en enverra ; vous lui en adresserez. 5. À l'impératif, quand en est joint avec moi, toi, on change moi, toi, en m', t' : va-t'en, donne-m'en, donne-t'en ; et, avec la négation : ne m'en veuille pas, ne t'en vante pas. 6. En joint à y se met toujours après y : il s'y en donna. De même à l'impératif : mettez-y en. Lachaussée a eu tort de dire dans l'École des mères, IV, 4 : je m'en y vais ; il faut : je m'y en vais. 7. En joue toujours le rôle de complément indirect, puisqu'il contient virtuellement la préposition de : voyez ces fleurs ; en avez-vous cueilli ? c'est-à-dire : avez-vous cueilli une part de ces fleurs ? En conséquence, le participe passé qui le suit reste invariable, parce que en auquel il se rapporte n'a par lui-même ni genre ni nombre. Cependant des grammairiens, prêtant à en un sens qu'il n'a pas, disent que le participe peut s'accorder ; c'est une erreur ; mais l'accord est une licence qu'on peut passer à un poëte, sans devoir pour cela faire autorité : Mais, dans ce vers de Racine : il ne faudrait pas croire que c'est en qui détermine l'accord du participe ; c'est combien qui le détermine. Voy. COMBIEN, remarque 1 ; suivant la règle, on dira : combien de jours j'ai perdus, ou combien j'ai perdu de jours. 8. Dans le XVIIe siècle, on employait volontiers en par pléonasme. Ce pléonasme n'est pas sans utilité, et pourrait, dans quelques cas, être imité. 9. Les substantifs pris d'une façon partitive, sans article défini, en un sens général, ne peuvent guère être représentés consécutivement par les pronoms et en conséquence par en. Cependant cette phrase ne doit pas être condamnée : 10. Avec faire on peut, dans s'en aller, supprimer le pronom personnel s' (voy. ALLER, S'EN ALLER). 11. Molière a dit : en être de même, pour être de même. Cette tournure n'est plus usitée. 12. Au XVIIe siècle, on se servait de en précédé de et pour joindre deux membres de phrase à peu près comme nous les joindrions par dont ; la tournure est commode, et mérite d'être regrettée.

Étymologie

Berry, in, allons-nous in ; provenç. ent et ne ; ital. ne ; anc. ital. ende, ensuite ; du latin inde, de là, d'ici, en.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander