Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

encore dans le Littré

1 article· 41 citations· rimes· synonymes

encore adv. de temps (an-ko-r')

  1. 1Jusqu'au moment dont il s'agit. Elle vit encore. Dans dix ans il existera encore. Cela se faisait encore à cette époque. J'attends encore.

    • Je cours encore, se dit pour exprimer qu'on ne reparut plus, qu'on ne recommença pas, qu'une chose est entièrement laissée de côté, qu'on ne s'en occupe plus.

      • Cela dit, maître loup s'enfuit et court encor La Fontaine, Fabl. I, 5
      • Je pris la clef du cabinet et puis les lettres d'État et cours encore Saint-Simon, 18, 216
      • Et le petit chien pas plus haut que cela [chien enragé dont on prétendait avoir été mordu] ? - Il court encore SCRIBE et DELESTRE-POIRSON, le Nouv. Pourc. sc. 21
    • S'emploie quelquefois substantivement comme les si, les mais.

      • Et les encore, enfin tout le phoebé La Fontaine, Comment l'esprit.
      • Le moment où l'on dit d'une femme : elle est encore bien jolie ! cet encore gâte bien l'éloge Mme DE GENLIS, Adèle et Théod. t. I, lett. XI, p. 69, dans POUGENS.
    • D'encore en encore, en allant d'un encore à un autre encore, en allant encore plus loin.

  2. 2De nouveau, Quoi ! vous le faites encore ? J'en veux encore.

    • Soleil si doux au déclin de l'automne, Arbres jaunis, je viens vous voir encor, N'espérant pas que la haine pardonne à mes chansons leur trop rapide essor Béranger, Adieux.
  3. 3De plus. Outre l'amende il fut encore condamné à la prison.

  4. 4Il indique aussi augmentation, surcroît. Il est encore plus riche que son frère. Il exigea encore davantage Cela augmentait encore sa tristesse.

    • Pense-t-il [l'esprit fort] nous avoir réjouis, de nous dire qu'il doute si notre âme est autre chose qu'un peu de vent et de fumée, et encore de nous le dire d'un ton de voix fier et content ? Pascal, Pensées, 2e part. art. 2
    • La philosophie ne peut faire aucun bien que la religion ne fasse encore mieux, et la religion en fait beaucoup que la philosophie ne saurait faire J.-J. Rousseau, Ém. IV, note 41
  5. 5En un sens restrictif, qui équivaut à : remarquez, remarquons, faites attention ; en ce cas, on met ordinairement le pronom sujet après le verbe. Ce mot n'est guère usité que dans telle science, encore ne l'emploie-t-on que rarement.

  6. 6Car encore, c'est-à-dire passe pour, on admettrait que....

    • Les vieillards déploraient ces sévères destins ; Les animaux périr ! car encor les humains, Tous avaient dû tomber sous les célestes armes La Fontaine, Phil. et Baucis.
  7. 7Du moins. Encore s'il voulait se relâcher sur ce point, on pourrait lui accorder tout le reste.

    • Encore est-il plus raisonnable que je ne pensais, et je croyais avoir bien plus de peine à m'en dégager Molière, Mar. forcé, 14
    • Encor si la saison s'avançait davantage ! Attendez les zéphyrs ; qui vous presse ? La Fontaine, Fabl. IX, 2
    • Encor si nous pouvions prolonger son erreur ! Voltaire, Orphel. II, 2
  8. 8Pas encore, se dit (par abréviation pour : non pas encore) après une question où l'on demande si la chose dont il s'agit est faite ou doit être faite. Faut-il venir ? pas encore. Est-il venu ? pas encore.

    • Il se dit aussi pour : non encore ; mais cet emploi n'est pas à recommander ; il faut dire : non encore.

      • Ce qu'elle peut sur un cœur pas encore accoutumé à la force Massillon, Car. Inconst.
  9. 9Encore ! pris elliptiquement, signifie, suivant l'occasion et le verbe sous-entendu, soit recommencez, ajoutez ; soit l'improbation et le mécontentement que fait éprouver un fait qui se renouvelle. Quoi ! petit polisson, encore !

  10. 10Mais encore, s'emploie comme corrélatif de non-seulement. Non-seulement il est libéral, mais encore il est prodigue.

  11. 11Mais encore s'emploie interrogativement avec la signification d'une certaine insistance pour obtenir un détail plus précis. Dites vos raisons. - Je ne veux pas. - Mais encore ?

  12. 12Encore que, loc. conj. gouvernant le subjonctif, quoique, bien que.

    • Encor qu'à mon devoir je coure sans terreur Corneille, Hor. II, 3
    • Encor qu'il soit sans crime, il n'est pas innocent Corneille, Nicom. II, 1
    • On a peur de le voir encor qu'on le désire La Fontaine, Fabl. VIII, 13
    • Encor que le pouvoir au désir ne réponde, Nos hôtes agréeront les soins qui leur sont dus La Fontaine, Phil. et Bauc.
    • Encor que son retourEn un grand embarras jette ici mon amour.... Molière, Éc. des f. III, 4
    • Encore qu'ils soient fort opposés à ceux qui commettent des crimes PASCAL, Prov. 8
    • Encore que notre esprit soit de nature à vivre toujours, il abandonne à la mort tout ce qu'il consacre aux choses mortelles Bossuet, Duch. d'Orléans.
    • Les Grecs et les Romains ont célébré sa [de la ville de Thèbes] magnificence et sa grandeur, encore qu'ils n'en eussent vu que les ruines Bossuet, Hist. III, 3
    • Florien fut tué, et Probus forcé par les soldats à recevoir l'empire, encore qu'il les menaçât de les faire vivre dans l'ordre Bossuet, ib. I, 10
    • Encore que les Hollandais eussent pris Pondichéry.... Voltaire, Louis XIV, 29

Remarque

En poésie, on écrit indifféremment encore et encor, suivant le besoin. L'ancienne prose écrivait aussi encores.

Étymologie

Génev. oncore ; picard, core, couere, coir, ecouere (Breteuil), ouere ; norm. co ; environs de Paris, core ; bourguig. enco ; bressan, oncor ; anc. espag. encara ; ital. ancora ; du latin hanc horam, jusqu'à cette heure. La forme uncore vient de unquam hora.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander