Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

enfer dans le Littré

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enfer s. m. (an-fèr)

  1. 1Terme des anciennes religions polythéistiques. Lieu souterrain qu'habitaient les âmes des morts. Les enfers comprenaient le Tartare pour les méchants, et les Champs-Élysées pour les justes.

  2. 2Lieu destiné au supplice des damnés, dans la religion chrétienne ; on dit dans le même sens, au pluriel, les enfers. Le feu de l'enfer.

    • La bouche de l'enfer est toujours ouverte, et les grands et les petits, les forts et les faibles, les riches et les pauvres y entrent pêle-mêle à tous moments NICOLE, Ess. mor. 3e traité, ch. 5
    • L'enfer est le centre des damnés comme les ténèbres sont le centre de ceux qui fuient le jour NICOLE, ib. 2e traité, ch. 10
    • Ne trouvant donc point de lieu qui lui soit plus propre et qui lui soit moins pénible que l'enfer, elle [l'âme pécheresse] s'y précipite comme dans son centre et dans le lieu seul qui lui est convenable NICOLE, ib. 2e traité, ch. 10
    • Mais il est aux enfers des chaudières bouillantesOù l'on plonge à jamais les femmes mal vivantes Molière, Éc. des fem. III, 2
    • Qui a le plus de sujet de craindre l'enfer, ou celui qui est dans l'ignorance s'il y a un enfer, et dans la certitude de damnation, s'il y en a ; ou celui qui est dans une persuasion certaine qu'il y a un enfer et dans l'espérance d'être sauvé, s'il est ? Pascal, Pensées, part. II, art. 3
    • [Alexandre] tourmenté par son ambition durant sa vie, et tourmenté maintenant dans les enfers, où il porte la peine éternelle d'avoir voulu se faire adorer comme un dieu soit par orgueil, soit par politique Bossuet, la Vallière.
    • Mais lorsqu'en sa malice un pécheur obstiné, Des horreurs de l'enfer vainement étonné Boileau, Ép. XI
    • Je reviendrai bientôt par un heureux baptêmeT'arracher aux enfers et te rendre à toi-même Voltaire, Zaïre, III, 4
    • L'Enfer, titre d'une des parties de la Divine comédie, poëme de Dante.

    • Il se dit aussi d'un des enfers ou lieux du supplice décrits dans ce poëme.

      • On eût dit qu'on entrait dans l'enfer de glace si bien décrit par le Dante Mme de Staël, Corinne, III, 5
  3. 3Fig. Chose excessivement déplaisante, pénible.

    • Hé ! monsieur, si vous le pouvez, sauvez-vous de cet enfer-là [les procès] Molière, Fourb. de Sc. II, 8
    • Ils lui montrèrent [au duc du Maine] les enfers ouverts sous ses pieds par le mariage de Mlle de Bourbon [avec le duc de Berry] Saint-Simon, 267, 101
    • Au moment où cet enfer [la Bastille] créé par la tyrannie pour le tourment de ses victimes s'est ouvert sous les yeux de la capitale.... Mirabeau, Collection, t. I, p. 346
  4. 4Par extension, les démons, les puissances de l'enfer. C'est l'enfer qui l'a créé. Les enfers ont jeté ce monstre parmi nous.

    • Mes amis, J'ai soumis L'enfer à ma puissance ; De son obéissance J'ai pour gage certain Un lutin Béranger, Colibri.
  5. 5Un enfer, lieu, réunion, vie commune où règnent la discorde, la confusion.

    • Se dit, à Londres, des maisons de jeu et des lieux de débauche.

  6. 6Désordre, trouble.

    • Combien n'a-t-on point vu de belles aux doux yeux, avant le mariage anges si gracieux, Tout à coup se changeant en bourgeoises sauvages, Vrais démons, apporter l'enfer dans leurs ménages Boileau, Sat. X
    • Je pense qu'avec eux tout l'enfer est chez moi Boileau, ib. VI
    • Mettre le scandale et l'enfer dans sa maison J.-J. Rousseau, Conf. VI
  7. 7Violente peine qu'inspire la passion ou le remords. Avoir l'enfer dans le cœur. Porter son enfer avec soi.

    • Furie d'enfer, monstre échappé de l'enfer, personne très méchante.

    • Tison d'enfer, porte d'enfer, c'est-à-dire personne capable d'opérer la perte des âmes.

      • Votre père Brisacier dit que ceux contre qui il écrit sont des portes d'enfer, des pontifes du diable.... s'amuserait-on à prouver qu'on n'est pas porte d'enfer ? Pascal, Prov. X
  8. 8D'enfer, loc. adject. Excessif. Faire un feu d'enfer. Mener un train d'enfer. Jouer un jeu d'enfer.

    • M. de Vendôme commença à s'apercevoir que ce feu d'enfer par lequel il avait compté de les écraser [les ennemis] ne leur nuirait guères Saint-Simon, 209, 63
    • On a joué un jeu d'enfer, cinq sous la fiche PICARD, Petite ville, I, 8
    • Terme de cuisine. Mettre, faire griller quelque chose au feu d'enfer, le faire griller à un feu de charbon très ardent.

    • C'est un métier d'enfer, c'est un métier extrêmement fatigant.

  9. 9Terme de typographie. Cassetin dans lequel on jette les mauvaises lettres. Vieux. On dit aujourd'hui cassetin du diable.

  10. 10Terme d'huilerie. Citerne où se réunissent les eaux qui ont été mêlées avec le marc d'olive.

    • Les résidus de ces cuviers s'écoulent dans un souterrain qu'on nomme l'enfer.... ce qu'on en tire est l'huile d'enfer, qui est la plus basse sorte Dict. des arts et mét. Amst. 1767, huilier
  11. 11Enfer de Boyle, matras de verre à fond plat et à col effilé, dans lequel Boyle et d'autres chauffaient le mercure pendant des mois et des années.

Étymologie

Bourg. enfar ; picard, infer ; provenç. infern, yfern, enfern, effern ; catal. infiern ; espagn. infierne ; ital. inferno ; du latin infernus, enfer, proprement lieu bas (voy. INFÉRIEUR).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander