Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

enlever dans le Littré

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enlever v. a. (an-le-vé. La syllabe le prend un accent grave, quand la syllabe qui suit est muette : j'enlève, j'enlèverai)

  1. 1Faire aller en haut. Ce plateau de la balance enlève l'autre.

    • Fig. et familièrement. Cela enlève la paille, cela est au-dessus de tout, ou cela est décisif, ou cela est singulièrement vif, singulièrement libre ; on dit plus ordinairement cela lève la paille.

    • Fig.

  2. 2Emporter, entraîner. Il vint un tourbillon qui l'enleva. Cette crue subite a enlevé tous les ponts.

  3. 3Emporter d'un endroit dans un autre. Enlever des matériaux. Enlevez cela de dessus la table.

    • S'ils avaient enlevé le corps, il leur était évident que Jésus-Christ n'était pas ressuscité et qu'il les avait trompés BOURDALOUE, Myst. Résurr. de J. C. t. I, p. 330
    • Il a été enlevé comme un corps saint (voy. CORPS et CORSIN).

    • Enlever un corps, prendre un corps mort pour le porter en terre, ou pour le présenter à l'église.

      • Un des archers courut au prochain village pour faire enlever le corps mort, et revint avec la nièce du curé et Julien Scarron, Rom. com. I, 14
    • Enlever dans, conduire et transporter dans.

    • Fig.

      • De cette oraison simple où elle était déjà, Dieu l'enlève jusque dans la plus haute contemplation Fénelon, Serm. pour la fête de Ste Thér.
  4. 4Ôter à.

  5. 5Terme de guerre. Enlever un poste, une place, s'en emparer de vive force. Enlever des drapeaux à l'ennemi.

    • Sur un pareil avis, le convoi fut enlevé Rollin, Hist. anc. t. X, p. 145, dans POUGENS
    • Enlever une place, un régiment, un poste, s'en emparer vivement.

    • Terme de marine. S'emparer d'un bâtiment ennemi.

  6. 6Ravir, prendre par force. Les voleurs ont tout enlevé.

  7. 7Causer la mort, en parlant des maladies. Une pleurésie l'a enlevé en peu de jours.

    • Ils se plaignaient que celui qui était leur roi leur fût si cruellement enlevé Vaugelas, Q. C. liv. III, dans RICHELET
    • Elle [Madame] ne tourna jamais son esprit du côté de la vie ; jamais un mot de réflexion sur la cruauté de sa destinée, qui l'enlevait dans le plus beau de son âge Mme DE LA FAYETTE, Hist. d'Henr. d'Angl. Œuvr. compl. t. III, p. 183, dans POUGENS.
    • Tout semble me prouver que mon fils ne m'est enlevé que par le plus lâche des assassinats Mme DE GENLIS, Théât. d'éduc. la Curieuse, III, 1
  8. 8Terme de commerce. Enlever des marchandises, se hâter de les acheter.

    • Deux cents exemplaires furent enlevés dans l'espace de douze heures Mme DE GENLIS, Veillées du chât. t. III, p. 223, dans POUGENS
    • Il se dit aussi pour accaparer. Les gros négociants enlevèrent tout le sucre qui était sur le marché.

  9. 9Commettre un rapt. Pâris enleva Hélène. Cette jeune fille s'est laissé enlever.

    • Se faire enlever, se dit d'une femme qui donne les mains à son enlèvement.

  10. 10Ôter, arracher. Enlever la croûte d'un pâté, l'écorce d'un arbre.

    • Faire disparaître. Ce savon enlève les taches.

      • Recewinde voulait enlever les principales causes de séparation qui étaient entre les Goths et les Romains Montesquieu, Espr. XXVIII, 7
    • Par exagération. Enlever le palais, se dit des mets trop chauds ou trop épicés.

  11. 11Faire une arrestation. Il fit enlever cet homme en vertu d'un décret de prise de corps.

    • Je fis enlever et exécuter le duc de Glocester, mon oncle, qui ralliait tous les mécontents contre moi Fénelon, Dial. des morts mod. dial. 2
  12. 12Terme de chasse. Enlever la meute, l'entraîner par le plus court chemin là où un chasseur a vu la bête, au lieu de la laisser chasser en suivant la piste.

    • Terme de manége. Enlever un cheval, le porter vigoureusement en avant.

    • Familièrement, faire une chose rapidement. Enlevez-moi cela.

  13. 13Ravir, transporter, animer au plus haut point. Cet orateur enlève son auditoire.

    • Je lis M. Nicole avec un plaisir qui m'enlève Mme de Sévigné, 87
    • Tout le monde eût aperçu sa peine et sa honte, si la lyre de Mentor n'eût enlevé l'âme de tous les assistants Fénelon, Tél. VIII
    • C'est ainsi qu'avec une lyre il [Orphée] apprivoisait les bêtes farouches et enlevait les bois et les rochers Fénelon, ib.
    • Le charme de ses paroles enlevait les cœurs Fénelon, ib. X
    • Ceux qui joignent le sublime au nouveau, le grand à l'extraordinaire, ne manquent presque jamais d'enlever et d'étourdir le commun des hommes, quand même ils ne diraient que des sottises Malebranche, Rech. vér. v, 7
    • Elle est toute spirituelle dans ses mauvaises humeurs ; elle a des reparties brillantes, qui m'enlèvent Lesage, Turcaret, I, 9
    • Absolument.

      • On a déjà représenté à Saint-Cyr la comédie ou tragédie d'Esther, le roi l'a trouvée admirable, M. le prince y a pleuré ; Racine n'a rien fait de plus beau ni de plus touchant ; il y a une prière d'Esther pour Assuérus qui enlève Mme de Sévigné, 512
      • Ils enlevaient par la beauté de leurs harangues Mme de Sévigné, 592
      • Il était question de son cœur qui est enterré aux Jésuites, il en a donc parlé et avec une grâce et une éloquence qui entraîne ou qui enlève, comme vous voudrez Mme de Sévigné, Lett. du 25 avril 1687
      • Madame de Fontevrault parlait à enlever, quand elle traitait de quelque matière Saint-Simon, 411, 157
  14. 14Battre le fond d'un chaudron avec le marteau rond.

    • Enlever une pièce de cuivre, en aplanir les bosses au marteau.

    • Terme de serrurerie. Séparer d'une barre de fer le morceau dont on veut faire quelque ouvrage. Enlever une clef.

  15. 15S'enlever, v. réfl. Être levé en haut. Le ballon s'enleva dans les airs. Le cheval s'enlevait sur ses jambes de derrière.

    • Être détaché, ôté. L'écorce de cet arbre commence à s'enlever.

    • Être effacé. Les taches d'huile ne s'enlèvent pas facilement.

    • Être acheté avec empressement. Cette marchandise s'enlève rapidement.

    • Se dérober à soi-même.

      • Quelques pages plus loin, vous retrouvez la vivacité impétueuse de Lovelace, son incorrigible folie, et cette gaîté non plus du vice mais du remords, qui cherche à s'étourdir, à se distraire, à s'enlever à lui-même VILLEMAIN, Litt. fr. 18e siècle, 2e part. 1re leç.

Étymologie

En 2, et lever ; provenç. enlevar.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander