ennui s. m. (an-nui, an prononcé comme dans antérieur)
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1Tourment de l'âme causé par la mort de personnes aimées, par leur absence, par la perte d'espérances, par des malheurs quelconques.
- Le roi même arrivant partage leur ennui Corneille, Œdipe, II, 3
- Si malgré ces raisons votre ennui persévère,Mon cher Lélie, au moins faites qu'il se modère Molière, l'Étour. II, 4
- Adieu ; je sens mon cœur qui se gonfle d'ennui Molière, ib.
- C'est de tous les ennuis l'ennui le plus sensible Thomas Corneille, Ariane, III, 2
- Et ce sera de quoi mieux combler son ennui Thomas Corneille, ib. IV, 3
- Ce n'est qu'avec le temps qu'un grand ennui se passe Quinault, Mère coq. II, 6
- Un fou rempli d'erreurs, que le trouble accompagne....En vain monte à cheval pour tromper son ennui ;Le chagrin monte en croupe et galope avec lui Boileau, Épît. v.
- Sa mort avancera la fin de mes ennuis Racine, Andr. I, 4
- Pour comble d'ennui,Mon cœur, mon lâche cœur s'intéresse pour lui Racine, ib. v, 1
- Pour accabler César d'un éternel ennui Racine, Brit. v, 8
- Rien ne peut-il charmer l'ennui qui vous dévore ? Racine, Bérén. II, 4
- Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis Racine, Iphig. IV, 4
- Ah ! que dis-tu ? pourquoi rappeler mes ennuis ? Voltaire, Zaïre, I, 1
- Mais des ennuis d'Hamlet que faut-il que je pense ?Qui peut de ses transports aigrir la violence ? Ducis, Hamlet, II, 3
- La vie est-elle toute aux ennuis condamnée ?L'hiver ne glace point tous les mois de l'année A. CHÉNIER, Élég. 27
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Contrariété. Cette affaire lui a donné beaucoup d'ennui. Être accablé d'ennuis.
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2Sorte de vide qui se fait sentir à l'âme privée d'action ou d'intérêt aux choses. Donner, causer, avoir, éprouver de l'ennui. Un ennui mortel. Charmer les ennuis de l'absence.
Quand on se verrait même assez à l'abri de toutes parts [des misères], l'ennui, de son autorité privée, ne laisserait pas de sortir du cœur où il a des racines naturelles, et de remplir l'esprit de son venin
Pascal, Pensées, t. I, p. 266, édit. Lahure.- Dans l'Orient désert quel devint mon ennui ! Racine, Bérén. I, 4
L'ennui est entré dans le monde par la paresse
La Bruyère, XIPour la délicatesse et l'affectation d'ennui, il faut la réprimer en montrant que le bon goût consiste à s'accommoder des choses selon qu'elles sont utiles
Fénelon, Éduc. filles, 10Le plaisir nous fait oublier que nous existons, l'ennui nous le fait sentir
SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuvres, t. IV, p. 246, dans POUGENSL'ennui, ce triste tyran de toutes les âmes qui pensent, contre lequel la sagesse peut moins que la folie
Buffon, Nature des anim.Je ne sais si ma tête est jeune, mais mon corps est bien vieux ; si je ne m'amusais pas à faire des testaments, je serais bientôt mort d'ennui
Voltaire, Lett. d'Argental, 12 mars 1769- Il part, vole, arrive, l'ennuiLe reçoit à la grille et se traîne avec lui Delille, Hom. des champs, I
- Rosine : L'ennui me tue. - Figaro :Je le crois ; il n'engraisse que les sots BEAUMARCHAIS, Barb. de Sév. I, 2
C'était un rassemblement de commérages, une collection d'ennuis tout à la fois divers et monotones
Mme DE STAËL, Corinne, XIV, 1- Vive Homère ! que Dieu nous gardeEt des Fingals et des Oscars,Et du sublime ennui d'un bardeQui chante au milieu des brouillards ! LEBRUN, Stances sur Ossian.
- Sur un trône l'ennui se carre,Fier d'être encensé par des sots Béranger, Prince de Navarre.
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Dégoût de tout. Tomber dans un ennui profond. L'ennui de la vie.
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Mélancolie vague. L'ennui de Réné [le héros d'un roman de Chateaubriand].
- Du romantisme jeune appui,Descends de tes nuages ; Tes torrents, tes oragesCeignent ton front d'un pâle ennui Béranger, Troubadours.
- Lorsque le grand Byron allait quitter RavenneEt chercher sur les mers quelque plage lointaineOù finir en héros son immortel ennui Alfred de Musset, Poésies nouv. Lett. à Lamartine
Remarque
Dans le style relevé, ennui est un mot d'une grande force et qui s'applique à toutes sortes de souffrances de l'âme : les ennuis du trône ; des ennuis cuisants. Dans le langage ordinaire, il perd beaucoup de sa force et se borne à désigner ce qui fait paraître le temps long.
Étymologie
Berry, enneu ; provenç. enueg, enuet, enuey, enueit, enuit, enuoi, enoi, enut, et au féminin, enueja, enueia ; catal. enutg ; espagn. et portug. enojo ; ital. noja ; anc. ital. nojo. Mot important, mais d'origine douteuse. On le tire ordinairement du latin noxa ou noxia, tort, préjudice ; mais la forme des mots se prête peu à cette étymologie, puisque noxa ou noxia auraient donné nose ou noise. Fauriel propose le basque enoch ; mais rien ne garantit que enoch ne soit pas venu de l'espagnol dans le basque. Pour ces raisons, Diez, se joignant à Cabrera, propose le latin odium : est mihi in odio, cela m'ennuie ; d'où un substantif inodium, qui permet la dérivation de toutes les formes romanes, l'italien noja ayant perdu l'i ou l'e par une aphérèse qui n'est pas rare dans cette langue. Ce qui donne beaucoup de force à cette étymologie, c'est que inodio se trouve effectivement dans l'ancien parler vénitien, dont Diez rapporte ces exemples-ci : plu te sont a inodio, en italien più ti sono a noja, en français plus te sont à anoi ; a to inodio, italien a tua noja, français al tuen anoi. On remarquera à côté de la forme masculine, plus usitée, la forme féminine de ce mot en français, en provençal et en italien.
Supplément
ENNUI. - ÉTYM. Ajoutez : à l'appui de l'étymologie in odio, remarquez qu'on dit en provençal moderne : mé vénes en odi, tu m'ennuies.