entendre (an-tan-dr')
-
1V. n. Étymologiquement, tendre vers, d'où, avoir intention, dessein, avec un verbe à l'infinitif, ou que et le verbe au subjonctif ou quelquefois au conditionnel. J'ai toujours entendu que l'acte serait enregistré. J'entends qu'on m'obéisse et qu'on n'obéisse qu'à moi. J'entends être obéi. En disant cela j'entends parler de lui, non de vous.
- J'entends qu'avec ma cour toute la ville en deuilDemain rende au dernier les honneurs du cercueil Rotrou, Antig. IV, 1
Non, s'il vous plaît, je n'entends pas que vous fassiez de dépense, et que vous envoyiez rien acheter pour moi
Molière, Pourc. I, 10- Il nous faut ton moulin ; que veux-tu qu'on t'en donne ? -Rien du tout ; car j'entends ne le vendre à personne ANDRIEUX, Meunier.
-
Avec le mot indéterminé le, il se prend activement. Je l'entends ainsi, c'est-à-dire je veux que la chose soit ainsi. Faites comme vous l'entendrez. Chacun fait comme il l'entend.
Mercure fait comme il l'entend, il ne vous est pas si nécessaire que moi
Dancourt, l'Amour charlatan, III, 17
-
Comment l'entendez-vous ? c'est-à-dire quelle est votre intention ?
- Comment l'entend monsieur mon hôte ?Dit-elle, et de quel droit me donner comme il fait ? La Fontaine, Fiancée.
-
2Être occupé à. On n'entendit plus à autre chose qu'à faire toute la diligence possible.
De cette façon ayant à faire en deux lieux, et ne pouvant pas entendre partout, il en demeura une partie sur la place, l'autre jeta ses armes et s'enfuit
Malherbe, Le XXXIIIe livre de T. Live, ch. 9- Cette femme n'entend qu'à donner des vapeurs LA CHAUSSÉE, Gouvern. I, 1
-
Vieilli en ce sens.
-
3Entendre à, consentir, acquiescer.
Elle ne veut entendre à nulle proposition
Mme de Sévigné, 267Les raisons qu'il a de ne pas entendre à la demande...
La Bruyère, X.Tandis qu'il vous restait quelque espérance de vie, aviez-vous voulu entendre à appeler le ministre de Jésus-Christ ?
Massillon, Car. Impénit. fin.La maréchale de Lorge aimait trop sa fille pour entendre à un mariage qui ne la pouvait rendre heureuse
Saint-Simon, 28, 70Je savais bien que mon Hollandais n'entendrait à aucune proposition
Voltaire, Lett. Prusse, 8Les conditions parurent si dures aux réformés qu'ils ne voulurent point y entendre
ANQUET., Ligue, I, 321Les uns disent que j'ai bien fait d'entendre à un arrangement
Paul-Louis Courier, II, 316
-
4V. a. Diriger son oreille vers, d'où recevoir l'impression des sons. Entendre du bruit. J'entends parler dans la chambre à côté. J'entends que vous me dites des nouvelles.
- On n'entend pas toujours ce qu'on croit bien entendre Corneille, Perthar. III, 2
Il entend arriver un carrosse
Mme de Sévigné, 244- J'entends déjà partout les charrettes courir,Les maçons travailler, les boutiques s'ouvrir Boileau, Sat. IV
- Le ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend pas nommer Racine, Brit. IV, 3
- J'entends que vous m'offrez un nouveau diadème Racine, Bérén. II, 4
-
Il se fait tant de bruit qu'on n'entendrait pas Dieu tonner, se dit d'un très grand bruit.
-
Entendre dire, apprendre par la parole, par ce qui se dit. J'ai entendu dire cette nouvelle. On entend dire dans la ville qu'il y a eu un incendie. La nouvelle que j'ai entendu dire.
-
Entendre parler d'une chose, en être informé par la parole.
-
Entendre parler, signifie aussi avoir dans l'idée. Quand je dis nature, j'entends parler de....
-
Ne pas vouloir entendre parler d'une chose, la rejeter absolument sans vouloir même y prêter l'oreille.
Il n'en voulut jamais entendre parler
Bossuet, Var. 1
-
Faire entendre, faire parvenir à l'ouïe.
Dans cet oubli profond et de Dieu et d'elle-même où l'âme s'était plongée, ce grand Dieu sait bien la trouver ; il fait entendre sa voix, quand il lui plaît, au milieu du bruit du monde
Bossuet, La Vallière.- Si sans trop vous déplaire, ....J'osais vous faire entendre une timide voix Racine, Bajaz. IV, 5
Une voix me fit entendre ces paroles
Fénelon, Tél. II
-
Se faire entendre, être ouï. Une voix se fait entendre. Au milieu de ce tapage je ne pouvais me faire entendre.
- Mais le nom de Tarquin vient de se faire entendre Voltaire, Brut. IV, 7
-
Être dit de manière à être compris.
- Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre Racine, Iphig. IV, 4
-
Se faire entendre à, parler à.
- Mais la gloire, madame,Ne s'était point encor fait entendre à mon cœur Racine, Bérén. IV, 5
-
Absolument, entendre, avoir l'ouïe. Parlez plus haut, il n'entend pas.
-
Entendre dur, entendre clair, avoir l'oreille dure, fine.
-
Fig. N'entendre que par, être uniquement dirigé par.
- Crésus ne voit, n'entend, n'agit que par vous-même BOURSAULT, Fabl. d'Ésope, v, 5
-
Fig. Il n'entend pas de cette oreille-là, il ne veut pas écouter la proposition qu'on lui fait.
-
-
5Prêter l'oreille. Que ceux qui m'entendent me jugent. Il est bon d'entendre les deux parties.
Loin de nous entendre, Ils demandent la paix et parlent de se rendre
Racine, Mithr. IV, 6- Faut-il le condamner avant que de l'entendre ? Racine, Iphig. III, 6
On voit dans Grégoire de Tours qu'ils faisaient des meurtres de sang-froid, et faisaient mourir des accusés qui n'avaient seulement pas été entendus
Montesquieu, Espr. XXXI, 2
-
Entendre en confession, ou, simplement, entendre, se dit du prêtre qui entend la confession d'un pénitent.
Je veux bien vous entendre dans l'octave du St-Sacrement
Bossuet, Lett. Corn. 35
-
Entendre la messe, les vêpres, le sermon, assister à la messe, aux vêpres, au sermon.
-
Aller entendre une pièce, un acteur, un prédicateur, assister à une pièce, au rôle d'un acteur, au sermon d'un prédicateur.
-
Terme de pratique. S'entendre condamner, ouïr le prononcé du jugement qui condamne ; expression qui se trouve dans les assignations ; s'entendre condamner, c'est entendre condamner soi.
-
À l'entendre, c'est-à-dire si on l'en croit, si on lui prête l'oreille. À l'entendre, il n'est pas coupable. À vous entendre, il s'agirait de quelque chose de fort grave.
-
Absolument. Ne pas savoir auquel ou à qui entendre, c'est-à-dire ne pas savoir à qui ou à quoi il importe de faire attention.
Parmi tant de cris différents on ne sait auquel entendre
VAUGELAS, Q. C. 536L'homme ne sait donc à qui entendre ; sa volonté est le jouet continuel de divers motifs opposés qui se disputent le droit de le déterminer
HOLBACH, Essai sur les préj. ch. 13, dans DUMARSAIS, Œuvres, t. VI, p. 316
-
On dit dans le même sens ne savoir à quoi entendre.
Le tyran ne savait à quoi entendre, ni quels ordres donner, ni où il fallait envoyer du secours
Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. VIII, p. 316, dans POUGENS
-
Populairement. N'entendre ni à hu, ni à dia, ou ni à dia, ni à huraut, c'est-à-dire ne rien entendre du tout, être sourd, être bouché.
-
6Exaucer. Dieu entendit ses vœux. Entendez ma prière.
-
7Apprendre par la renommée.
Il l'écoute sans y avoir aucun intérêt notable, et par simple curiosité d'apprendre ce qu'il pouvait avoir su déjà en la cour d'Égypte, où il était en assez bonne position pour entendre des nouvelles assurées de tout ce qui se passait dans la Syrie
Corneille, Ex. de Rodog.Avez-vous jamais entendu une victoire plus glorieuse ?
Bossuet, II, Pent. 1
-
8Diriger son esprit, d'où par extension, comprendre, saisir le sens.
- Des mystères sacrés que nous n'entendons pas Corneille, Poly. IV, 6
- Et par un mouvement que je ne puis entendre,De ma fureur je passe au zèle de mon gendre Corneille, ib. v, 6
- Je commence, madame, enfin à vous entendre Corneille, Nicom. III, 7
Dites qu'ils entendent mal Jansénius
Pascal, Prov. 18Il entend fort finement tout ce qui est bon
Mme de Sévigné, 453Ils n'entendent pas un mot de français
Mme de Sévigné, 569Si nous entendons du Messie ce grand passage où Isaïe nous représente si vivement l'homme de douleurs frappé pour nos péchés et défiguré comme un lépreux
Bossuet, Hist. II, 10- Vous n'aurez point pour moi de langages secrets ;J'entendrai des regards que vous croirez muets Racine, Brit. II, 3
- J'ignore de son cœur les sentiments secrets ;Mais je m'y soumettrais sans vouloir rien prétendre,Si comme vous, Seigneur, je croyais les entendre Racine, Mithr. I, 3
- Vous résistez en vain et j'entends votre faite Racine, ib. III, 5
- Vous m'entendez assez si vous voulez m'entendre Racine, Iphig. II, 5
Les sots lisent un livre et ne l'entendent point ; les esprits médiocres croient l'entendre parfaitement ; les grands esprits ne l'entendent quelquefois pas tout entier
La Bruyère, IJ'estime bien plus ceux qui ne comprennent pas ces mystères-là que ceux qui les comprennent ; mais malheureusement la nature n'a pas fait tout le monde capable de n'y rien entendre
Fontenelle, Dial. 2, Morts mod.Suivons l'avis de Quintilien, et faisons en sorte non-seulement qu'on nous entende, mais qu'on ne puisse pas même, le voulût-on, ne pas nous entendre
D'OLIVET, Rem. sur Racine, § 65- Tu pouvais de ses yeux entendre le langage Voltaire, Zaïre, III, 7
Tacite est le livre des vieillards, les jeunes gens ne sont pas faits pour l'entendre
J.-J. Rousseau, Ém. IV
-
Entendre à demi-mot, comprendre ce qui est dit d'une façon mystérieuse, voilée.
-
Elliptiquement. Vous avez parlé d'une personne et j'ai entendu une autre, c'est-à-dire j'ai compris qu'il s'agissait d'une autre.
C'est, mon père, que je connais que vous avez parlé d'une personne et que j'ai entendu une autre
Molière, Mal. im. I, 5
-
Vous m'entendez bien, c'est-à-dire vous savez ce que je veux dire.
- Bonhomme, c'est ce coup qu'il faut, vous m'entendez,Qu'il faut fouiller à l'escarcelle La Fontaine, Fabl. IV, 4
- Et s'il dit qu'il n'en fera rien,Qu'il aille.... vous m'entendez bien Scarron, Virg. IV
-
Familièrement. Entendre l'apologue, comprendre ce dont il s'agit.
-
Terme de manége. Entendre bien les jambes, les talons, se dit du cheval qui semble entendre ce que le cavalier lui demande. Donner à entendre, laisser entendre, faire entendre, insinuer, faire comprendre une chose. Il m'a donné à entendre que vous me blâmiez.
- Je ne sais pas, seigneur, ce qu'on vous fait entendre Corneille, Théodore, IV, 4
Combien était-il important de faire entendre qui vous êtes !
Pascal, Prov. 15Je veux seulement vous en faire horreur [de votre malice] à vous-mêmes, et faire entendre à tout le monde qu'après cela il n'y a rien dont vous ne soyez capables
Pascal, ib. 16- Et ne devais-je pas, quoi qu'il me fit entendre,Pénétrer les raisons qui vous faisaient attendre ? Thomas Corneille, Ariane, III, 3
Et ce fils si fidèle a dû vous faire entendre Que, des mêmes ardeurs dès longtemps enflammé, Il aime aussi la reine et même en est aimé
Racine, Mithr. III, 2- Je vais de ce signal faire entendre la cause Racine, Bajaz. III, 2
- Vous, que l'on cherche Aman et qu'on lui fasse entendreQu'invité chez la reine il ait soin de s'y rendre Racine, Esth. II, 7
Elle voulut faire entendre que....
Fénelon, Tél. IJe veux faire entendre à ces rois que....
Fénelon, ib. XI
-
Se faire entendre, être compris. C'est un homme qui ne sait pas se faire entendre. Je ne sais si je me fais entendre.
-
Absolument. Comprendre. En vain vous feignez de ne pas entendre.
J'entends et Dieu entend : Dieu entend qu'il est ; j'entends que Dieu est, et j'entends que je suis
Bossuet, Connaiss. IV, 8On n'entend jamais mieux que lorsqu'on entend sans secours étrangers
Condillac, Log. t. XXII, p. 188, dans POUGENS
-
J'entends, je comprends bien. Nous entendons, nous comprenons ce que vous voulez dire. Vous entendez, vous voilà bien avertis.
-
On dit dans un sens analogue entendez-vous ? Je suis de vous très mécontente.
Très mécontente, entendez-vous ?
Marmontel, Amis de la maison, I, 1
-
Se dit simplement aussi pour appuyer un ordre, une menace. Sortez, entendez-vous ?
-
9Entendre, vouloir dire.
Qu'entendez-vous par ces paroles ? Entendant du temple de son corps ce que les juifs entendaient de celui de Salomon
Bossuet, Var. XI, § 144Quand les anciens disent le philosophe, ils entendent Aristote
DU MARSAIS, Tropes, II, 4
-
Absolument.
Bientôt elle [la duchesse de Longueville] honora M. Dodart de sa confiance, j'entends de celle que l'on a pour un ami : la grande inégalité des conditions ne lui en retrancha que le titre
Fontenelle, Dodart.
-
10Entendre, connaître, être habile dans.
Une personne de qui on peut dire en vérité qu'il n'y a jamais eu une dame qui ait si bien entendu la galanterie ni si mal entendu les galants
Voiture, Lett. 42- Si j'ai bien entendu tantôt la politique Corneille, Cinna, v, 1
- Ici c'est un métier que je n'entends pas bien Corneille, Nicom. III, 1
M. de la Reynie qui entend si bien la police
Mme de Sévigné, 454Il ne suffit pas d'entendre la guerre
Bossuet, Hist. III, 6- Il en donna le commandement à Scylax,Grec, qui entendait parfaitement la marine Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. III, p. 106, dans POUGENS
Elle entend la cuisine et l'office
J.-J. Rousseau, Ém. v.
-
L'entendre bien, l'entendre mal, le comprendre bien, mal, y être habile, malhabile.
- Ce prompt retour me perd et rompt notre entreprise. -Tu l'entends mal, Attale, il la met dans ma main Corneille, Nicom. 1, 4
- Je pensais faire bien. - Oui, c'était fort l'entendre Molière, l'Étourdi, I, 5
Vous l'entendez bien peu, me dit-il ; les Pères étaient bons pour la morale de leur temps ; mais ils sont trop éloignés pour celle du nôtre
Pascal, Prov. 5- Bon ! qui l'entendra mieux ne l'entendra pas mal Thomas Corneille, le Charme de la voix, II, 2
Ce n'est pas mal l'entendre, que d'être à la fois héros et chrétien
Mme de Maintenon, Lettres à Mme de Fontanes, 24 mai 1692
-
Entendre finesse à quelque chose, y vouloir comprendre plus que la chose ne signifie.
Monsieur n'y entend pas plus de finesse que moi
Dancourt, les Fonds perdus, III, 10Je ne sais pas la finesse qu'elle y a entendue, et tout cela retombe sur moi pourtant
Marivaux, Pays. parv. part. 5
-
Ne pas y entendre finesse, n'être pas malin, ne pas vouloir faire une malice.
-
Ne pas entendre malice à quelque chose, faire ou dire quelque chose sans mauvaise intention.
-
Entendre raillerie, prendre bien les choses dites en plaisantant, ne pas s'en offenser.
-
Il n'entend pas raillerie, c'est-à-dire il est susceptible ou bien il est sévère.
-
Entendre la raillerie, entendre la plaisanterie, avoir la facilité, l'art, le talent de bien railler.
-
Entendre raison, acquiescer à ce qui est juste et raisonnable.
-
Il n'entend pas raison là-dessus, sur ce point il est opiniâtre, inflexible.
-
N'entendre ni rime, ni raison, ne pas écouter les objections, refuser par entêtement, par humeur.
-
11S'entendre, v. réfl. Être entendu, perçu par l'oreille. Sa voix ne s'entend pas.
- Mille cris aussitôt de tous côtés s'entendent Corneille, Héracl. v, 7
- Au pied du trône même une voix s'entendit Voltaire, Henr. VII
Un bruit affreux s'entend
Voltaire, ib. VIII
-
S'entendre, s'entendre l'un l'autre. Le bruit est si grand qu'on ne peut s'entendre.
-
12Être compris. Ce mot peut s'entendre de diverses manières.
Il est vrai que, dans un autre de ses dialogues [de Perrault], s'il vient à la preuve, et prétend montrer que le commencement de la première ode de ce grand poëte [Pindare] ne s'entend point, c'est ce qu'il prouve admirablement par la traduction qu'il en a faite
Boileau, Longin, Subl réfl. 8
-
Cela s'entend, cela s'entend bien, cela se suppose ainsi, cela doit être ainsi.
-
S'entend, c'est-à-dire bien entendu, cela va sans dire, locution familière qui se dit par parenthèse.
- Ne connaîtrais-tu pas quelque honnête faussaire,Qui servît ses amis, en le payant, s'entend ? Racine, Plaid. I, 5
Je me crois libre (jusqu'à un certain point s'entend)
Voltaire, Lett. Prusse, 37Je ne regrette rien de cette Babylone impure que vous habitez ; s'entend, je n'en regrette que vous
Paul-Louis Courier, Lett. I, 323
-
Se comprendre l'un l'autre. Nous nous entendons à demi-mot. Nous ne nous entendons point.
Vous vous entendiez à merveilles
Mme de Sévigné, 353Ils s'entendaient sans rien dire
Fénelon, Tél. XXII
-
Entendons-nous, comprenons bien ce que chacun de nous dit.
-
S'entendre, se comprendre soi-même.
Tu feras ce que je veux, ou.... suffit, je m'entends bien
Dancourt, les Trois cousines, II, 8
-
13Se concerter, être d'accord, d'intelligence.
- Vous vous êtes entendu avec elle à me nuire Voiture, Lett. 1
- D'où vient que mon cœur même à demi révoltéSemble vouloir s'entendre avec ta lâcheté ? Corneille, Tois. d'or, II, 2
Je ne veux point m'entendre avec vos ennemis
Mme de Sévigné, 529Dans la première ruine de Jérusalem les Juifs s'entendaient du moins entre eux : dans la dernière, Jérusalem, assiégée par les Romains, était déchirée par trois factions ennemies
Bossuet, Hist. II, 8- Mais si dans son devoir votre cœur affermiVoulait ne point s'entendre avec son ennemi Racine, Brit. III, 1
-
Nous nous entendons bien, nous vivons bien ensemble.
-
Entendons-nous bien, soyons bien d'intelligence. Entendons-nous bien, et nous réussirons.
-
S'entendre comme larrons en foire, se dit de gens qui se concertent pour quelque chose de blâmable ou de suspect.
- Et toutes, se liguant pour nous en faire accroire,S'entendent contre nous comme larrons en foire Voltaire, la Femme qui a raison, II, 6
-
14Être habile dans une chose, se connaître à une chose. Il s'entend en musique, en tableaux. Il s'entend à la culture.
Ah ! que les hommes s'entendent mal en gloire !
Fénelon, Tél. XXII
-
Familièrement. Il s'y entend comme à ramer des choux, comme à faire un coffre, il ne comprend rien à ce qu'il fait.
-
15Entendre haut, locution provinciale signifiant avoir l'oreille dure.
Remarque
1. Je l'ai entendu dire à différentes personnes, est une locution à laquelle il faut prendre garde ; car elle est amphibologique. Elle peut signifier : j'ai entendu qu'on le disait à différentes personnes, ou que différentes personnes le disaient. Il faut donc, quand on en use, bien considérer si le sens est suffisamment déterminé par le contexte. 2. Même observation pour la phrase : Je lui ai entendu dire cela ; car elle peut signifier : j'ai entendu qu'il disait cela, ou qu'on lui disait cela. 3. S'il y avait deux régimes, l'amphibologie disparaîtrait. Cette phrase, peu élégante d'ailleurs, signifie sans ambiguïté : j'ai entendu qu'il disait à un homme.... 4. Régnier a mis de avec entendre dans le sens de avoir l'intention. 5. Pour peu qu'on y réfléchisse, on trouvera que, grammaticalement, s'entendre à quelque chose pour y être habile est de difficile explication. Si on prend la locution telle qu'elle se présente, on a : entendre soi ; ce qui, manifestement, ne signifie rien. C'est un archaïsme qui en rend compte ; entendre est proprement un verbe neutre ; il l'est encore aujourd'hui, il l'était dans l'ancienne langue. Or dans cette ancienne langue les verbes neutres avaient la propriété de se construire avec le pronom personnel. S'entendre, en cet emploi, est donc entendre au neutre construit avec se (voy. SE pour cette construction ; voy. aussi APERCEVOIR).
Synonymes
1. ENTENDRE, CONCEVOIR, COMPRENDRE. Entendre et comprendre signifient saisir le sens ; ce qui les distingue de concevoir qui signifie embrasser par l'idée : j'entends ou je comprends cette phrase ; et non je la conçois. Au contraire dans le vers de Boileau : Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, entendre ou comprendre ne conviendrait pas. La nuance est autre entre comprendre et entendre. Au fond, l'idée d'entendre est de faire attention à, être habile dans, tandis que celle de comprendre est prendre en soi : j'entends l'allemand, je le sais, j'y suis habile ; je comprends l'allemand dirait moins. D'un autre côté, pour une démonstration, comprendre est le mot propre. 2. ENTENDRE, OUÏR., Ces deux mots, très différents dans l'origine, sont complétement synonymes aujourd'hui. Ouïr était le mot propre, peu à peu écarté par entendre qui est le mot figuré. Ouïr c'est percevoir par l'oreille ; entendre c'est proprement faire attention ; l'usage seul lui a donné le sens détourné d'ouïr. La seule différence qu'il y ait, c'est que ouïr est devenu verbe défectif et d'un usage restreint. Quand le sens peut être louche, il faut, sans hésiter, employer ouïr. Ainsi ce mot de Pacuvius sur les astrologues : Magis audiendum quam auscultandum censeo, se traduira par : Il vaut mieux les ouïr que les écouter. Entendre ferait un contre-sens. 3. ENTENDRE, ÉCOUTER., Entendre c'est être frappé des sons ; écouter c'est prêter l'oreille pour les entendre. Quelquefois on n'entend pas quoiqu'on écoute, et souvent on entend sans écouter.
Proverbes
Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son
, il faut entendre les deux parties. Il n'est pire sourd, ou il n'est point de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre
, se dit d'un homme qui feint de ne pas ouïr ou de ne pas comprendre.
Étymologie
Bourguig. entarre ; provenç. entendre ; catal. entendrer ; espagn. entender ; ital. intendere ; du latin intendere, diriger vers, appliquer, de in, en, et tendere, tendre (voy. ce mot), et, par extension, dans les langues romanes, ouïr et comprendre.