1enthousiasme s. m. (an-tou-zi-a-sm')
-
1Fureur divine, état physique désordonné comme celui des sibylles qui rendaient des oracles en poussant des cris, écumant, roulant les yeux. L'enthousiasme de la sibylle.
-
2Par extension, inspiration divine, se manifestant par des discours pleins de grandes images. L'enthousiasme poétique. L'enthousiasme des prophètes.
-
Mouvement passionné, transport qu'un poëte, un artiste éprouve dans le moment de la composition, et qui consiste en ce que, préoccupé du seul sujet qui l'intéresse, le monde extérieur disparaît à peu près pour lui. L'enthousiasme qui transporte les poëtes.
Les impromptus lui étaient assez familiers, et il a beaucoup contribué à établir cette langue à Sceaux, où le génie et la gaieté produisent assez souvent ces petits enthousiasmes soudains
Fontenelle, Malézieu.Les poésies qui sont le fruit de l'enthousiasme ont un tel caractère de beauté qu'on ne peut les lire sans être échauffé du même feu qui les a produites
Rollin, Hist. anc. t. XII, liv. XXV, ch. I, art. 1, § 5
-
-
3Tout transport qui, enlevant l'âme à elle-même, excite à des actes extraordinaires. L'enthousiasme guerrier. L'enthousiasme religieux.
Rien ne se fait sans un peu d'enthousiasme
Voltaire, Lett. d'Argental, 31 août 1761- Son noble enthousiasme embrasera les cœurs DE BELLOY, Siége de Calais, IV , 4
Il n'y a point de véritable amour sans enthousiasme, et point d'enthousiasme sans un objet de perfection réel ou chimérique, mais toujours existant dans l'imagination
J.-J. Rousseau, Émile, v.Il est de la nature de tout enthousiasme de se communiquer et de s'accroître par le nombre des enthousiastes
Diderot, Lett. sur les sourds et muets, Œuv. t. II, p. 373, dans POUGENS.L'esprit de la secte stoïque fut l'enthousiasme de la vertu ; le génie de l'ancienne Rome fut l'enthousiasme de la patrie
Marmontel, Élém. litt. Œuvr. t. VII, p. 215, dans POUGENSC'est ce même enthousiasme prêt à se communiquer à l'auditeur qui met tant de différence entre l'éloquence parlée, si on peut se servir de cette expression, et l'éloquence écrite
D'Alembert, Réfl. sur l'éloc. orat. Œuvres, t. I, p. 148, dans POUGENS.Cet enthousiasme froid et stupide qui ne sent rien à force d'admirer tout, espèce de paralysie de l'esprit, qui nous rend indignes et incapables de goûter les beautés réelles
D'Alembert, Réfl. sur le goût, Œuv. t. III, p. 422Dans ce temps, tout se faisait par enthousiasme, les belles actions, les fautes et les crimes
Mme DE GENLIS, Mlle de la Fayette, p. 28, dans POUGENS
-
En mauvaise part, lubie. Ce sens défavorable ne se trouve peut-être que dans cet exemple de Molière.
Mais voyez quel diable d'enthousiasme il leur prend de me venir chanter aux oreilles comme cela
Molière, Prol. de la Princ. d'Él. 2
-
4Grande joie, vive allégresse. Il fut accueilli avec enthousiasme. Enthousiasme impossible à décrire.
L'enthousiasme d'une bonne réception m'aurait enivrée
Mme de Sévigné, 226
-
5Admiration vive et passionnée. Son enthousiasme pour cet auteur l'aveugle.
Cette machine [le joueur de flûte] devint bientôt l'objet de la curiosité d'un monde plus avide de nouveauté que sensible aux grands talents, prodiguant au hasard l'enthousiasme ou le dédain, et passant rapidement de l'un à l'autre pour un objet qui n'a pas cessé d'être le même
Condorcet, Vaucanson.
-
6Au plur. Transports poétiques.
Ma dernière saison, oragée de tant d'afflictions qui ont désolé ma Calliope, ressent aussi mes enthousiasmes grandement refroidis
Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.
Étymologie
Ἐνθουσιασμὸς, de ἔνθους, inspiré par un dieu, de ἐν, en, et θεὸς, dieu.