Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

envoyer dans le Littré

1 article· 18 citations· rimes· synonymes· conjugaison

envoyer v. a. (an-vo-ié ; plusieurs disent an-voi-ié)

  1. 1Mettre en voie, en chemin ; faire partir. Envoyer un courrier, un exprès. Ils se sont envoyé des présents.

    • Par extension. Envoyer quelqu'un aux honneurs, l'envoyer là où il trouvera des honneurs.

      • Prince que j'ai peine à quitter, à quelques honneurs qu'on m'envoie Corneille, Œdipe, III, 1
    • Envoyer à la mort, remettre quelqu'un à ceux qui doivent lui ôter la vie.

    • Fig. Envoyer à la mort, exposer à un péril mortel.

      • Prononcer mon nom serait m'envoyer à la mort Mme de Genlis, Théât. d'éduc. Zélie, v, 4
    • Fig. et familièrement. Envoyer promener, paître, coucher, c'est-à-dire renvoyer, congédier quelqu'un avec humeur, avec colère.

    • Envoyer quelqu'un au diable, à tous les diables, le repousser avec colère, avec impatience.

    • Envoyer dans l'autre monde, envoyer ad patres, faire mourir.

    • Absolument. J'enverrai ce soir chez lui.

  2. 2Faire porter. Envoyer une lettre, un ballot. Ils se sont envoyé un défi.

    • Fig.

      • Tu dois envoyer par avance Tes bonnes œuvres devant toi, Qui de ton juge et de ton roi Puissent préparer la clémence Corneille, Imit. I, 23
  3. 3Lancer. La lumière que le soleil nous envoie.

    • Terme de marine et de guerre. Envoyer un coup de canon. Envoyer une bordée. Il lui envoya un coup de fusil.

    • Par extension. Envoyer un coup de pied, un soufflet, donner un coup de pied, un soufflet.

    • Fig. Envoyer un mot piquant, adresser à quelqu'un un mot piquant.

  4. 4Envoyer se dit quelquefois familièrement pour jeter à bas, renverser. Il l'envoya d'un coup de pied au bas de l'escalier.

  5. 5Fig. Faire parvenir.

    • Pour envoyer l'effroi sous l'un et l'autre pôle Corneille, Tite et Bérén. II, 1
    • Marchons, et dans son sein rejetons cette guerre Que sa fureur envoie aux deux bouts de la terre Racine, Mithr. III, 1
    • Ah ! qu'un seul des soupirs que mon cœur vous envoie, S'il s'échappait vers elle, y porterait de joie ! Racine, Andr. I, 4
    • La vue, privée des secours du tact, n'envoie à l'âme que des modifications simples qu'on nomme couleurs CONDILLAC, Trait. sens. Extr. rais. Œuvres, t. III, p. 33, dans POUGENS.
  6. 6Il se dit de ce que l'on attribue à une volonté divine. Dieu nous a envoyé de grandes tribulations.

    • Par extension, il se dit, dans le même sens, de la nature, du sort, etc.

      • N'ajoutons pas à tous les maux que la nature et la fortune peuvent nous envoyer la ridicule et inutile vanité de nous croire invulnérables Fontenelle, Bonh.
  7. 7Députer à une assemblée. Paris a envoyé un tel à l'assemblée.

    • On l'a envoyé en province, se dit d'un employé à qui on donne un emploi en province en échange d'un emploi qu'il occupait à l'administration centrale, à Paris.

  8. 8S'envoyer, v. réfl. Être envoyé. Les petits paquets s'envoient par la poste.

Remarque

1. Envoyer suivi d'un infinitif prend tantôt la préposition pour et tantôt ne la prend pas : j'envoyai mon fils au-devant de lui l'assurer.... ou pour l'assurer. Mais il faut dire d'une seule façon : j'envoyai mon fils au-devant de lui pour l'empêcher de venir. On pourra mettre l'infinitif sans préposition quand le régime d'envoyer, exprimé ou sous-entendu, fait lui-même l'action dont il s'agit : envoyer un commissionnaire demander ; envoyer faire des compliments ; envoyer dire. On mettra nécessairement pour si la personne envoyée ne fait pas expressément l'action. 2. Le futur régulier serait j'envoyerai ou j'envoierai ; une contraction ancienne, semblable à celle qui disait je lairrai au lieu de je laisserai, a prévalu, tandis que je lairrai est resté hors du bon usage. 3. On trouve dans Corneille envoyer des soupirs, pour les faire exhaler :

Étymologie

Norm. et Berry, envier ; bourguig. envié ; provenç. et espagn. enviar ; ital. inviare ; de in, en, et via, chemin (voy. VOIE).

Supplément

ENVOYER. - REM. Ajoutez : 4. Cette forme est évidemment incorrecte ; il faut l'envoya voir.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander