esclave s. m. et f. (è-skla-v')
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1Celui, celle qui est sous la puissance absolue d'un maître, par achat, par héritage ou par la guerre. Délivrer, racheter des esclaves. Platon vendu comme esclave. Le trafic des esclaves à la côte d'Afrique.
On trouve la sainteté dans les emplois les plus bas, et un esclave s'élève à la perfection dans le service d'un maître mortel, pourvu qu'il y sache regarder l'ordre de Dieu
Bossuet, le Tellier.De mon rang descendue, à mille autres égale, Ou la première esclave enfin de ma rivale
Racine, Baj. v, 4Aristote veut prouver qu'il y a des esclaves par nature ; ce qu'il dit ne le prouve guère
Montesquieu, Esp. XV, 7Les Athéniens traitaient leurs esclaves avec une grande douceur ; on ne voit point qu'ils aient troublé l'État à Athènes, comme ils ébranlèrent celui de Lacédémone
Montesquieu, ib. XV, 17Chaque nation européenne a une manière de traiter ses esclaves qui lui est propre : l'Espagnol en fait les compagnons de son indolence ; le Portugais, les instruments de ses débauches ; le Hollandais, les victimes de son avarice
Raynal, Hist. phil. XI, 22Il est prouvé que quatorze ou quinze cent mille noirs, aujourd'hui épars dans les colonies européennes du nouveau monde, sont les restes infortunés de huit ou neuf millions d'esclaves qu'elles ont reçus
Raynal, ib.Les esclaves de tout âge, de tout sexe et de toute nation sont un objet considérable de commerce dans toute la Grèce
Barthélemy, ch. 6
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Terme de droit romain. Esclaves de la peine, ceux qui étaient condamnés à travailler dans les mines, ou à combattre des animaux féroces pour divertir le peuple.
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Par extension.
- Esclave couronnée,Je partis pour l'hymen où j'étais destinée Racine, Mithr. I, 3
- Ce n'est donc point, Ismène, un bruit mal affermi ?Je cesse d'être esclave et n'ai plus d'ennemi Racine, Phèdre, II, 1
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Fig.
- Il est esclave né de quiconque l'achète Boileau, Sat. IX
- La rime est une esclave et ne doit qu'obéir Boileau, Art p. I
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2Celui qui est soumis à une domination étrangère, à un gouvernement despotique.
- Fut-il jamais au joug esclaves plus soumis ? Racine, Esth. III, 4
- Quand l'esclave imprudent pour ses maîtres combat,Tout son sang prodigué se répand sans éclat Casimir Delavigne, Vêpres sicil. I, 2
- D'anciens Gaulois, pauvres esclaves,Un soir qu'autour d'eux tout dormait,Levaient la dîme sur les cavesDu maître qui les opprimait Béranger, Escl. gaulois.
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En esclave, à la façon des esclaves, servilement.
Je prétends n'être point obligée à me soumettre en esclave à vos volontés
Molière, G. Dandin, II, 4- Le sang des OttomansNe doit point en esclave obéir aux serments Racine, Baj. III, 3
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3Dominé par, assujetti à.
- Vous seriez devenu, pour avoir tout dompté,Esclave des grandeurs où vous êtes monté Corneille, Cinna, II, 1
- Elle a trop de vertus pour n'être pas chrétienne....Pour vivre des enfers esclave infortunée Corneille, Poly. IV, 3
- Père dénaturé, malheureux politique,Esclave ambitieux d'une peur chimérique Corneille, ib. v, 6
- Vil esclave toujours sous le joug du péché,Au démon qu'il redoute il demeure attaché Boileau, Épît. XI
- Triste destin des rois, esclaves que nous sommesEt des rigueurs du sort et des discours des hommes Racine, Iphig. I, 5
- Esclave d'une lâche et frivole pitié Racine, Athal. II, 7
- L'empereur soupçonneux, esclave de son rang CAMPISTRON, Andron. I, 8
Plus une âme mondaine est esclave de ses passions
Massillon, Car. Respect hum.Elle n'en est pas moins l'esclave des vanités d'Égypte
Massillon, ib. Prosp.- J'eusse été près du Gange esclave des faux dieux,Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux Voltaire, Zaïre, I, 1
- Mais le reste du monde, esclave de la crainte Voltaire, Alz. I, 1
En arrivant à la cour, il se vit entouré une seconde fois des esclaves de la faveur
Condorcet, Maurepas.
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Être esclave de sa parole, tenir religieusement la promesse qu'on a faite.
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Être esclave de son devoir, l'accomplir scrupuleusement.
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4Qui est volontairement asservi aux volontés de quelqu'un.
- Tous les hommes vivants sont ici-bas esclaves ;Mais, suivant ce qu'ils sont, ils diffèrent d'entraves Régnier, Sat. III
Qui est plus esclave qu'un courtisan assidu, si ce n'est un courtisan plus assidu ?
La Bruyère, VIIILes hommes veulent être esclaves quelque part et puiser là de quoi dominer ailleurs
La Bruyère, ib.Vous exigez que vos esclaves vous servent avec tant de respect
Massillon, Car. Temples.Diderot s'est fait esclave des libraires, et est devenu celui des fanatiques
Voltaire, Lett. à d'Alembert, 15 oct. 1759Je ne désire pas des amis ; il ne me faut que des dupes et des esclaves
Mme de Genlis, Veillées du chât. t. III, p. 381, dans POUGENS
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Dans le langage de la galanterie, amant et serviteur d'une dame.
- Je ne souffrirai point qu'Hypsipile me brave,Et m'enlève ce cœur que j'ai vu mon esclave Corneille, Tois. d'or, IV, 3
Une aventure me fit voir la charmante Élise ; cette vue me rendit esclave de ses beautés
Molière, l'Avare, v, 5- Mais enfin je ne puis.... .... esclave d'un coup d'œilPar des soumissions caresser son orgueil Voltaire, Alz. I, 1
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5Qui n'a aucun moment de libre. Cet emploi le rend esclave. Les domestiques sont esclaves dans cette maison.
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6Adj. Les nègres esclaves.
Ô malheureuse et respectable reine, comment vous retrouvé-je en ce lieu écarté, vêtue en esclave et accompagnée d'autres femmes esclaves qui cherchent un basilic pour le faire cuire dans de l'eau rose par ordonnance du médecin ?
Voltaire, Zadig, 1
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Fig. Avoir une âme esclave, avoir une âme vile et basse.
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Par extension. Qui obéit comme ferait un esclave.
- Sylla peut en effet quitter sa dictature ;Mais il peut faire aussi des consuls à son choix,De qui la pourpre esclave agira sous ses lois Corneille, Sertor. IV, 3
- L'air tient les vents tous prêts à suivre sa colère ;Tant la nature esclave a peur de lui déplaire Corneille, Méd. III, 1
- Il est beau d'étaler cette prérogativeAux yeux du Rhône esclave et de Rome captive Corneille, Sert. IV, 2
Étymologie
Provenç. esclau, s. m. ; esclava, s. f. ; espagn. esclavo ; portug. escravo ; ital. schiavo ; allem. Sclave ; angl. slave ; de slavus ou sclavus, Slave, nom de peuple, qui fut employé pour désigner un serf après les guerres qu'Othon le Grand et ses successeurs firent aux peuples slaves et dans lesquelles une partie de ces peuples furent emmenés en captivité, distribués aux guerriers de l'empire d'Allemagne et réduits en servitude. Un très grand nombre de Slaves étant devenus serfs, le mot de slave fut employé pour synonyme de serf. Les premiers exemples de l'usage de slavus en cette signification remontent au Xe siècle ; voy. GUÉRARD, Polyptyque d'Irminon, I, 283.