Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

fâcher dans le Littré

1 article· 25 citations· rimes· synonymes· conjugaison

fâcher v. a. (fâ-ché)

  1. 1Exciter un déplaisir permanent, indisposer fortement. Il ne faut fâcher personne.

    • .... Si vous me fâchiez, j'ajouterais peut-être.... Corneille, Nicom. III, 3
    • Affable à tous avec dignité, elle savait estimer les uns sans fâcher les autres ; et, quoique le mérite fût distingué, la faiblesse ne se sentait pas dédaignée Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Familièrement. Soit dit sans vous fâcher, sorte d'excuse dont on se sert quand on veut faire entendre à quelqu'un que, si on lui dit quelque chose de peu flatteur, ce n'est pas pour le fâcher.

  2. 2Causer du déplaisir, de la peine. Votre refus l'a fâché.

    • Il prend aussi pour sujet un nom de chose.

      • Une chose me fâche, c'est que le chevalier Folard, que je cite dans cette histoire, vient de devenir fou ; il a des convulsions au tombeau de saint Pâris Voltaire, Lett. Formont, 10 déc. 1731
  3. 3Dans le style élevé, causer de la douleur, de l'indignation.

    • Fig.

      • Que faites-vous pour eux [les innocents tués par Hérode], si vous les regrettez ? Vous fâchez leur repos, et vous rendez coupables Ou de n'estimer pas leurs trépas honorables, Ou de porter envie à leurs félicités Malherbe, I, 4
  4. 4Fâcher, s'emploie impersonnellement avec à, et signifie il est pénible à.

    • Il me fâche, et j'ai dépit que notre Démosthène ait été de ces gens-là Guez de Balzac, 6e discours sur la cour.
    • Il leur fâche d'avoir admiré sérieusement des ouvrages que mes satires exposent à la risée de tout le monde Boileau, Disc. sur la satire.
    • Il te fâche en ces lieux d'abandonner ta proie Racine, Mithr. III, 1
    • Avec ce surcroît de princes vrais et faux dont son fils [à Mme d'Espinoy] était environné de si près, bien leur fâchait de ne l'être pas aussi Saint-Simon, 59, 246
    • Les courtisans enlèvent du produit de nos champs le plus clair, le plus net, dont bien fâche audit seigneur roi Paul-Louis Courier, I, 326
    • Avec que et le subjonctif. Il leur fâchait qu'il en fût ainsi.

    • On trouve aussi l'indicatif.

      • Il leur fâchait qu'il ne déclarait pas sa toute-puissance Bossuet, Serm. quinq. 1
    • On lit dans J. J. Rousseau cette phrase : Les Ximenès et les Voltaire peuvent critiquer la Julie [la Nouvelle Héloïse] à leur aise ; ce n'est pas à eux qu'elle est curieuse de plaire ; et tout ce qui fâche à l'éditeur de leurs critiques, c'est qu'ils les fassent de si loin, Lett. à Mme de Luxemb. 1766, t. XIX, p. 185, édit. 1824. Cette phrase est incorrecte ; c'est fâcher impersonnel qu'il faut ici.

  5. 5Se fâcher, v. réfl. Prendre de l'humeur, témoigner un vif mécontentement.

    • Par adresse il se fâche, après s'être assuré Corneille, Pomp. IV, 1
    • Je ne me fâche jamais que l'on m'écrive Bossuet, Lett. Corn. 16
    • Mme de Maintenon, charmée du roi, ne pouvait se fâcher de rien Mme de Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 204, dans POUGENS
  6. 6S'affliger.

  7. 7Se brouiller. Se mettre mal avec quelqu'un. Ils se sont fâchés sans motif.

Synonymes

FÂCHER, METTRE EN COLÈRE. Mettre en colère, c'est exciter un accès de colère qui peut ne laisser aucune trace après soi ; au contraire, ce qui fâche laisse des traces qui durent, une impression lente à s'effacer.

Étymologie

Prov. fastigar, dégoûter, qui a donné fascher, comme masticare a donné mascher. Fastigar vient de fastic, fastig, qui représente le latin fastidium, dégoût, ennui (voy. FASTIDIEUX). Cette étymologie, donnée par Diez. paraît tout à fait véritable. Cependant il est étonnant que fâcher qui, s'il vient de fastigar, est certainement un mot ancien, ne se trouve pas dans les vieux textes ; mais, à cela, une lecture plus étendue peut remédier en le fournissant.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander