faible adj. (fè-bl'. Chifflet, Gramm. p. 201, dit qu'on laisse passer faible ; ce qui prouve que de son temps foible, c'est-à-dire fouèble, était la prononciation la plus usitée)
-
1Qui est sans force, sans vigueur. Avoir les jambes faibles. Nous naissons faibles. Les faibles mortels.
- Ce héros dans mes bras est tombé tout sanglant,Faible, et qui s'irritait contre un trépas si lent Racine, Mithr. v, 4
-
Dans un âge faible, dans l'enfance, dans les premiers temps de l'adolescence.
Et ses femmes en paix guidaient mes faibles ans
Voltaire, Fanat. I, 2
-
Avoir les yeux faibles, la vue faible, se dit des personnes qui supportent difficilement le grand jour.
Ces chacrelas (voy. KAKERLAK) sont blancs et blonds, ils ont les yeux faibles et ne peuvent supporter le grand jour ; au contraire ils voient bien la nuit
Buffon, Hist. nat. homme, t. v, p. 42, dans POUGENS
-
Avoir les reins faibles, n'avoir pas l'échine forte ; et fig. dans le langage familier, n'avoir pas assez de bien, de crédit, de talent, etc. pour venir à bout de ce que l'on entreprend.
-
2Il se dit des facultés intellectuelles. Notre faible raison. Une tête faible. Avoir l'intelligence faible.
Plus l'esprit est faible, plus il imagine de chimères
Duclos, Hist. Louis XI, Œuvres, t. II, p. 459, dans POUGENS.
-
Dans le style de l'Écriture, l'esprit est prompt et la chair est faible, c'est-à-dire la tentation vient vite, et la chair y succombe facilement.
-
Un esprit faible, un esprit qui n'a pas de force ou d'étendue, qui se laisse dominer, ou qui se laisse gouverner par les préjugés, les opinions.
-
3Qui manque de puissance, de ressources, etc. Un État faible et pauvre. Un gouvernement faible. L'ennemi trop faible pour tenir tête. Une armée faible en nombre, en infanterie.
Mais que ceux qui veulent croire que tout est faible dans les malheureux et dans les vaincus ne pensent pas pour cela nous persuader que la force ait manqué à son courage ni la vigueur à ses conseils
Bossuet, Reine d'Anglet.Il épuisa son royaume d'hommes et de vaisseaux, même d'argent, lui qui possédait les mines du nouveau monde, et laissa une monarchie plus vaste, mais l'Espagne plus faible qu'elle n'avait été sous son père
Raynal, Hist. phil. XIX, 3
-
4Qui est dépourvu de talent, de capacité. Un écrivain faible.
Ne vous étonnez pas, chrétiens, si je ne fais plus, faible orateur, que de répéter les paroles de la princesse palatine ; c'est que j'y ressens la manne cachée et le goût des Écritures divines...
Bossuet, Anne de Gonz.J'ai trouvé dans votre style tant de force et tant de naturel que j'ai cru n'être que votre faible traducteur, et que je vous ai cru l'auteur de l'original
Voltaire, Lett. Cesarotti, 10 janv. 1766
-
Un élève faible, élève qui fait peu de progrès. Il est faible en version grecque, en vers latins.
-
5Il se dit, dans un sens analogue, des productions de l'art ou de l'esprit. Un ouvrage faible. Ce que cet artiste a exposé est faible.
Mais, si j'ose avoir mon avis, Mahomet, malgré son faible cinquième acte qui sera toujours faible, est un morceau très singulier
Voltaire, Lett. d'Argental, 2 fév. 1742Voilà sans contredit la plus faible des tragédies de Racine [Bérénice] qui sont restées au théâtre ; ce n'est pas même une tragédie ; mais que de beautés de détail, et quel charme inexprimable règne presque toujours dans la diction !
Voltaire, Comm. sur Corn. Rem. sur Bérénice de Racine, acte v, sc. 7M. Chardon me mande qu'il a trouvé le mémoire de M. de Beaumont pour les Sirven bien faible
Voltaire, Lett. Damilaville, 30 janv. 1767
-
Style faible, style qui n'a pas de force, pas d'énergie.
-
6Qui manque de force morale, qui est trop indulgent, sans fermeté. Une mère trop faible. Un cœur faible.
Penses-tu que j'imite une faible Persane ?
Racine, Alex. III, 2- Je suis père, seigneur, et faible comme un autre Racine, Iphig. I, 5
Un sexe dangereux dont les faibles esprits D'un peuple encor plus faible attirent les hommages
Voltaire, Tancr. I, 1Je le trouve [Claude] plus faible que méchant
Diderot, Claude et Nér. I, 34Ils ressemblent à ces âmes faibles qui ne peuvent entendre l'histoire d'un malheureux sans lui donner des larmes, et pour qui il n'y a point de tragédies mauvaises
Diderot, Lett. sur les sourds et muetsLes gens faibles s'engagent facilement dans l'avenir ; les projets éloignés ne les effrayent pas
Mme de Genlis, Mlle de Lafayette, p. 282, dans POUGENS
-
Elle est faible, elle a été faible, se dit d'une femme qui s'est laissée aller à la séduction.
-
Il se dit aussi des choses.
Sur cela je pleure sans pouvoir m'en empêcher ; voilà qui est bien faible ; mais pour moi je ne sais point être forte contre une tendresse si juste et si naturelle
Mme de Sévigné, 32
-
7Peu considérable par rapport à la quantité, à la valeur, à l'intensité.
- Tu reverras le calme après ce faible orage Corneille, Cid, II, 3
- De si faibles sujets troublent cette grande âme ! Corneille, Polyeucte, I, 1
- Le faible souvenir en trois ans s'en perdit Corneille, Héracl. IV, 4
- Le malheureux Araspe avec sa faible escorteL'avait déjà conduit Corneille, Nic. v, 7
- Quelque léger dégoût vient-il le travailler,Une faible vapeur le fait-elle bâiller ? Boileau, Sat. x.
- Vous redoutez un mal faible dans sa naissance Racine, Brit. III, 1
Tant d'honneurs.... Sont-ce de ses bienfaits de faibles récompenses ?
Racine, ib. IV, 2Ma rivale.... Opposait un empire à mes faibles attraits
Racine, Baj. I, 4- À peine un faible jour vous éclaire et me guide Racine, Iphig. I, 1
- Seigneur, honorez moins une faible conquête Racine, ib. I, 2
- La fureur de mes feux, l'horreur de mes remords,N'était qu'un faible essai des tourments que j'endure Racine, Phèd. IV, 6
On aime à voir le faible ruisseau dont est sorti à la fin ce grand fleuve qui a inondé la terre
Voltaire, Polit. et législ. Comm. sur l'Esprit des lois ; des Francs.- J'ai commandé qu'on porte à votre pèreLes faibles dons qu'il convient de vous faire ;Ils paraîtront bien indignes de vous Voltaire, Droit du seign. III, 6
Il lui promit d'employer à la servir tout son faible crédit
Mme de Genlis, Mlle de Lafayette, p. 10, dans POUGENSLa faible voix de l'enfance qui va s'élever en votre faveur pénétrera jusqu'au trône de l'Éternel
Mme de Genlis, ib. p. 23, dans POUGENS
-
On dit dans un sens analogue : c'est une faible excuse. Vos raisons sont bien faibles.
-
Du vin faible, du café faible, du vin, du café où la partie aqueuse prédomine.
-
8Qui est au-dessous du taux, du titre, de l'étalon légal.
-
Monnaie faible, monnaie qui n'a pas le poids.
-
Poids faible, poids inférieur à ce qu'il devrait être.
-
Un mètre faible, longueur qui n'atteint pas tout à fait un mètre.
Le corps entier n'a que treize pouces, depuis le bout du nez jusqu'à l'origine de la queue, et dix pouces faibles de hauteur
Buffon, Quadrup. t. IX, p. 142, dans POUGENS
-
-
9Qui n'a pas assez d'épaisseur, de grosseur, de solidité. Cette poutre, cette corde est trop faible.
-
Il se dit d'un poste, d'une place de guerre mal fortifiée. Ce poste trop faible fut enlevé par l'ennemi. Chaque place a son côté faible.
Ce n'est pas pour.... que vous êtes encore ici, c'est comme des espions qui venez regarder les endroits faibles de cette contrée
Massillon, Carême, Parole.
-
Fig. Le côté faible d'une chose, ce qu'elle a de défectueux. Le côté faible d'un système.
-
Le côté faible de quelqu'un, son défaut particulier, sa passion dominante. Vous avez trouvé son côté faible. Prendre quelqu'un par son côté faible
-
Côté faible se dit aussi de ce qu'une personne sait le moins. Il a fait de bonnes études, mais le grec est son côté faible.
-
-
10Faible de, avec un substantif, indique le genre de faiblesse. Un cheval faible de reins. Un homme faible de caractère. Un ouvrage faible de raisonnement.
- Les ennemis étaient faibles d'infanterie D'ABLANCOURT, Arrien, liv. I, dans RICHELET
-
Terme de marine. Faible de côté, se dit d'un bâtiment qui donne une forte bande sous l'impulsion d'un vent de travers. Faible d'échantillon, se dit d'un bâtiment dont les murailles ont peu d'effet relativement à la capacité.
Faible de, avec un infinitif, faible pour, à cause que... Faible d'avoir déjà combattu l'amitié, Vaincrait-elle à la fois l'amour et la pitié ?
Corneille, dans GIRAULT-DUVIVIER
-
11S. m. Il se dit de toute personne qui manque de force et a besoin de protection.
La justice ne regarde ni le fort ni le faible
PATRU, Plaidoyer 5, dans RICHELETDonner courage aux faibles
PASCAL, dans COUSINLes plus faibles ne furent pas les derniers à comprendre la nécessité de vivre ensemble, pour se garantir de la violence et de l'oppression
Rollin, Hist. anc. t. II, p. 491, dans POUGENS- C'est le faible qui trompe, et le puissant commande Voltaire, Fanat. II, 5
- Le faible est destiné pour servir le plus fort Voltaire, Orph. IV, 2
-
12Il se dit aussi des personnes dont l'âme n'est pas forte, se trouble, s'émeut facilement.
Vaines circonstances qui ne blessent que l'imagination des faibles
PASCAL, dans COUSIN- Hercide est faible ami, le faible est bientôt traître Voltaire, Mahom. IV, 1
-
Scandaliser les faibles, tenir des propos, écrire des choses qui, heurtant les opinions reçues, alarment les esprits ou les consciences qui ne sont point préparées là contre.
Il ne faut pas scandaliser le moindre des faibles
Mme de Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 2 nov. 1705Je crains de scandaliser les faibles plutôt que de les édifier
Voltaire, Phil. III, 326
-
13Ce qu'il y a de moins fort, de moins solide dans une chose. Le faible d'une poutre. Le faible d'une place de guerre.
-
Terme d'escrime. Le faible d'une épée, le tiers du tranchant, qui fait l'extrémité de la lame.
-
-
14Fig. Ce qu'il y a de défectueux en quelque chose.
La république avait son faible inévitable
Bossuet, Hist. III, 7Toutes les grandeurs ont leur faible
Bossuet, I, Visit. 1C'est ici que l'idolâtrie découvrit tout à fait son faible
Bossuet, Hist. II, 12
-
Le fort et le faible, ce sur quoi l'on peut compter et ce sur quoi l'on ne peut pas compter. Connaître le fort et le faible d'une affaire.
-
15Le principal défaut d'une personne, sa passion dominante.
- Il aime ses enfants, ce courage inflexible ;Son faible est découvert, par eux il est sensible CORN, Médée, III, 4
- Nous nous aimons un peu, c'est notre faible à tous ;Le prix que nous valons, qui le sait mieux que nous ? CORN, Excuse à Ariste.
- Tous les cœurs ont leur faible et c'était là le mien CORN, Sophon. v, 5
- Ma raison s'est troublée et mon faible a paru CORN, Théodore, v, 3
- Et que votre langage à mon faible s'ajuste Molière, Dép. am. II, 7
Je l'ai prise par son faible
Molière, Am. méd. III, 6- C'est de flatter le faible de leur cœur Molière, D. Garc. II, 1
Il me répondit qu'en intéressant sa conscience je le prenais par son faible ; ce n'était pas effectivement par son fort
Lesage, Gil Blas, I, 2Elle savait que le faible de ce prince, jaloux de son autorité, était de paraître tout faire par lui-même
Duclos, Louis XIV, Œuvres, t. v, p. 182, dans POUGENSCe qui fait le mérite essentiel de quelques hommes ne peut même subsister dans quelques autres comme un faible
VAUVENARGUES, Max. CCLVII
-
16Tendresse trop complaisante. Il a un faible pour cet enfant.
Puisque me voilà sur l'article du tripot [le théâtre], je vous avouerai que j'ai du faible pour le Droit du Seigneur, et que l'ouvrage me paraît neuf et piquant ; j'ai peut-être tort
Voltaire, Lett. d'Argental, 2 avril 1763
-
17Faible se dit aussi pour désigner ce qui manque à quelqu'un.
- C'est le faible commun des gens de qualité,Leurs titres bien souvent font tout leur patrimoine Destouches, Glor. v, 5
-
Infériorité.
La Briffe sentit son faible à l'égard du premier président en tout genre
Saint-Simon, 17, 202
-
18Du fort au faible, loc. adv. En moyenne, toute compensation faite. Quatre chevaux porteront tout cela, du fort au faible.
-
On dit aussi, simplement, le fort et le faible.
On a examiné ce que pouvait rendre l'acre l'année commune, de dix une, dans toute la province, le fort et le faible
VAUBAN, Dîme, p. 47
-
Le fort portant le faible, même sens.
-
Synonymes
1° FAIBLE, DÉBILE. Faible vient du latin flebilis, digne d'être pleuré, misérable, d'où faible. Débile vient du latin debilis, composé de de-habi-lis, qui a cessé d'être habile, capable. De la sorte au fond, faible exprime l'état de faiblesse, tandis que débile exprime une décadence, une diminution, une perte : La faible enfance, la débile vieillesse. Voilà la nuance fondamentale entre ces deux mots dont la signification est très voisine, mais dont l'emploi l'est moins, attendu que faible est de tous les styles, tandis que débile n'est que du style ou soigné ou relevé. 2° FAIBLES, FAIBLESSES., Il y a la même différence entre les faibles et les faiblesses qu'entre la cause et l'effet. Un faible est un penchant qui peut être indifférent, au lieu qu'une faiblesse est une faute toujours répréhensible (Encycl. VII, 27).
Étymologie
Berry, feuble, feube ; wallon flawe ; namur. flauwe ; rouchi, flau ; anc. wallon floyve ; provenç. feble, fible, freble ; espagn. feble ; portug. febre ; ital. fievole ; du latin flebilis, digne d'être pleuré, misérable, de flere, pleurer ; comparez le grec φλέω, couler. Du sens de misérable l'idée a passé à celui de faible, comme dans l'allemand wenig, qui, signifiant digne d'être pleuré, signifie aujourd'hui petit. Parmi les formes les plus anciennes est floibe qui reproduit exactement le latin. Grandgagnage rapproche les formes wallonnes du hollandais flaauw, faible ; il est possible qu'elles y tiennent, d'autant plus qu'il y a dans la langue d'oïl floe, qui est très voisin des mots wallons.