faillir v. n. (fa-llir, ll mouillées, et non fa-yir)
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1Manquer le but, ne pas toucher ce qu'on vise.
- Son coup par un bonheur coule au long d'une côte ;L'esclave avait failli DESMARETS, Mirame, V, 8
Si je faux [avec ma flèche], dis qu'ils [les Perses] ont raison, et que je ne sais ce que je fais
Paul-Louis Courier, II, 157
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Jouer à coup faillant, à coup failli, jouer à la place du premier des joueurs qui manque ; se dit au volant, à la paume, etc.
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2Faire défaut, manquer à.
Pas n'y faudrai, lui repartit la dame
La Fontaine, Coc.Deux jours après, la commère ne faut De mettre un fil
La Fontaine, Gag.M. Jourdain : Il suffit que, si je lui ai prêté de l'argent, il me le rendra bien. - Mme Jourdain : Oui attendez-vous à cela. - Assurément, ne me l'a-t-il pas dit ? - Mme Jourdain : Oui, oui, il ne manquera pas d'y faillir
Molière, Bourg. gent. III, 3
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J'irai là sans faillir, j'irai sans faute, sans y manquer.
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En parlant des choses, faire défaut.
- Supplice qui jamais ne fautAux désirs qui volent trop haut Malherbe, V, 18
Tour ni détour, ruse ni stratagème Ne vous faudront
La Fontaine, Cuv.- Or la grâce ne peut faillir ;Puisqu'il sème, il doit recueillir Béranger, Mon curé.
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3Se tromper, se méprendre en quelque chose. Ce sculpteur a failli dans les proportions.
- Tu faux, de Pré, de nous portraireCe que l'éloquence a d'appas ;Quel besoin as-tu de le faire ?Qui te voit ne la voit-il pas ? Malherbe, IV, 13
- Prince, ne cachez plus ce que le ciel découvre,Vous devez être las de nous faire faillir Corneille, D. Sanche, IV, 2
Mais je dénie qu'ils faillent contre les règles
Corneille, Épître à la Suite du Menteur.- Pas ne faillit dedans sa conjecture La Fontaine, Mal.
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4Tomber en faute, avoir tort, pécher.
Il n'est pas bienséant à un homme sage d'avoir tant de regret pour une chose où il n'a point failli
Voiture, Lett. 89- Non pas que je ne faille en cette préférence Corneille, Médée, II, 6
- Quand le bras a failli, l'on en punit la tête Corneille, Cid, II, 9
- Qu'une âme généreuse a de peine à faillir ! Corneille, Cinna, III, 3
- Ai-je failli de me payer moi-même ? La Fontaine, Rich.
- Si ma femme a failli, qu'elle pleure bien fort ;Mais pourquoi moi pleurer, puisque je n'ai point tort ? Molière, Sgan. 17
Les mauvais succès sont les seuls maîtres qui peuvent nous reprendre utilement et nous arracher cet aveu d'avoir failli qui coûte tant à notre orgueil
Bossuet, Reine d'Anglet.- Aucuns monstres par moi domptés jusqu'aujourd'huiNe m'ont acquis le droit de faillir comme lui Racine, Phèd. I, 1
Jeune si j'ai failli souvent, que ce jour acquitte ma vie
Beaumarchais, Mère coup. v, 8
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5Céder, manquer. Cet édifice a failli par le pied.
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6Être au bout, au terme. Le jour commençait à faillir.
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À jour faillant, à la chute du jour.
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À jour failli, après la chute du jour.
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7Il se dit des fonctions de la vie qui manquent, qui font défaut.
- Ne te donna-t-on pas des avis, quand la causeDu marcher et du mouvementQuand les esprits, le sentiment,Quand tout faillit en toi La Fontaine, Fabl. VIII, 1
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Le cœur me faut
, se dit quand on sent quelque faiblesse, quelque épuisement, et qu'on a besoin de manger. -
Le cœur faut
, se dit aussi de l'effet d'impressions morales.Le cœur me faut
Molière, Éc. des f. II, 2- Quand, debout sur le faîte,Elle vit ce bûcher qui l'allait dévorer,Les bourreaux en suspens, la flamme déjà prête,Sentant son cœur faillir, elle baissa la tête,Et se prit à pleurer C. DELAVIGNE, Jeanne d'Arc.
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8Terme de commerce. Faire faillite. Ce banquier, ce négociant a failli.
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9Être sur le point de.
Il leur tint un discours qui faillit à les faire tomber de leur haut
Guez de Balzac, 6e disc. sur la cour.Quand la vieille P.... ...faillit à mourir l'année passée
Mme de Sévigné, (Bussy à Mme de Sévigné), 16 oct. 1677, éd. RÉGNIER.Je faillis à mourir de rire
Hamilton, Gramm. 3Cette proposition faillit à reculer les affaires pour un temps, au lieu de les avancer
Voltaire, Charles XII, 8Le jeune homme faillit à se trouver mal
J.-J. Rousseau, Ém. IV
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On peut supprimer, et aujourd'hui on supprime communément la préposition à.
On prétend qu'on faillit tout gâter en 1694 par l'ordre qu'on voulut mettre au blé
Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Brinon, t. II, p. 254, dans POUGENS
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On dit aussi faillir de. J'ai failli de tomber.
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Cette locution, qui s'établit dans le XVIe siècle, s'explique par l'historique, où l'on voit que faillir à signifie proprement ne pas réussir à ; de là le passage est facile au sens de être sur le point de se faire. Cela montre en même temps que la forme la plus correcte, presque exclusivement employée dans le XVIe siècle, est faillir à.
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Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir ; cependant on dira : la mémoire lui a failli ou lui est faillie ; cette race a failli ou est faillie ; ce négociant a failli ou est failli ; suivant qu'on voudra exprimer l'acte ou l'état.
Étymologie
Namur. failli, amaigri ; provenç. falhir, faillir ; catal. falir, fallir ; portug. falir ; ital. fallire ; du latin fallere, changé par les langues romanes en fallire, d'où faillir, falhir, fallire ; et, par le français, en outre en fallēre, d'où falloir (car c'est le même mot) ; comp. le grec σφάλλειν, manquer, et l'allem. fallen, tomber ; la racine est le sanscrit sphal, vaciller. Le latin fallere a passé aisément du sens de tromper à celui de faillir.