Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

faveur dans le Littré

1 article· 61 citations· rimes· synonymes

faveur s. f. (fa-veur)

  1. 1Au sens actif, bienveillance, bonnes grâces, appui donné par un prince, par un personnage puissant, par le public, etc.

    • Absolument. Il doit tout à la faveur.

      • Hommes, gens de faveur, personnes qui ne doivent leur élévation qu'à la protection.

      • Place, emploi de faveur, place, emploi qu'on accorde à quelqu'un sans qu'il y ait de titres.

      • Trouver faveur auprès de quelqu'un, s'en faire favorablement accueillir.

      • Prendre faveur, s'accréditer. C'est une marchandise qui prendra faveur. Ce livre a pris faveur rapidement.

      • Dans les théâtres, entrée de faveur, entrée gratuite accordée à une personne qui n'y a point de droit. Les entrées de faveur sont supprimées aujourd'hui.

      • Billet de faveur, billet accordé gratuitement pour une seule représentation.

      • Tour de faveur, décision du comité ou du directeur en vertu de laquelle une pièce est jouée avant d'autres reçues antérieurement.

      • Fig. Les faveurs de la fortune, les honneurs, les richesses, etc.

  2. 2Au sens passif, bienveillance, bonnes grâces, appui reçu par quelqu'un ; crédit, pouvoir qu'on a auprès d'un prince, d'un personnage puissant.

    • Le duc par sa faveur vous a blessé les yeux Rotrou, Vencesl. I, 1
    • Vous savez que je suis auprès d'elle en quelque espèce de faveur, que j'y ai les accès ouverts.... Molière, les Am. magn. I, 1
    • Quand je serais en faveur, il ne m'aurait pas mieux reçue Mme de Sévigné, 158
    • Il est bien juste d'avoir tous les dégoûts de la faveur, quand on en a tous les honneurs Mme de Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 6 mai 1698
    • À mesure que la faveur et les grands biens se retirent d'un homme, ils laissent voir en lui le ridicule qu'ils couvraient La Bruyère, VI
    • C'est beaucoup tirer de notre ami, si, étant monté en faveur, il est encore un homme de notre connaissance La Bruyère, VIII
    • Il y a des gens à qui la faveur arrive comme un accident ; ils en sont les premiers surpris et consternés La Bruyère, ib.
    • Êtes-vous en faveur, tout manége est bon, vous ne faites point de fautes, tous les chemins vous mènent au terme La Bruyère, ib.
    • La faveur met l'homme au-dessus de ses égaux, et sa chute au-dessous La Bruyère, ib.
    • Déjà de ma faveur on adore le bruit Racine, Brit. v, 3
    • Vous pourriez de Zaïre employer la faveur Voltaire, Zaïre, II, 1
    • Absolument. La puissance d'un favori.

      • On quitte la royauté pour courir après la faveur, de laquelle les Arabes disent que c'est une fille qui tue bien souvent sa propre mère Guez de Balzac, De la cour, 7e disc.
      • S'attacher, se dévouer à la faveur, rechercher les personnes puissantes.

        • Théodote a une plus douce manie ; il aime la faveur éperdument ; mais sa passion a moins d'éclat ; il lui fait des vœux en secret ; il la cultive, il la sert mystérieusement ; il est au guet et à la découverte sur tout ce qui paraît de nouveau avec les livrées de la faveur La Bruyère, VIII
  3. 3Bienfait, octroi gracieux, marque d'amitié, de bienveillance. Il le combla de faveurs.

    • Formule de politesse. Faites-moi la faveur de.... ayez la bonté de... Faites-moi la faveur de recommander mon ami.

    • Dans la franc-maçonnerie, on dit : J'ai la faveur.... au lieu de : J'ai l'honneur d'être, etc.

  4. 4Au plur. Les bonnes grâces d'une femme.

  5. 5Indulgence, par opposition à rigueur, sévérité. Les juges l'ont traité avec faveur

    • On dit dans le même sens : arrêt de faveur ; cas de faveur.

    • Ancien terme de commerce. Jours de faveur, les dix jours que l'ordonnance accordait aux marchands, banquiers et négociants, après l'échéance de leurs lettres de change, pour les faire protester.

    • Mois de faveur, les deux mois de l'année où le collateur d'un bénéfice pouvait le conférer à celui des gradués qu'il en voulait gratifier. Les mois d'avril et d'octobre étaient des mois de faveur.

    • Lettres de faveur, nom qu'on donnait autrefois à des lettres de recommandation.

      • Lorsqu'avec bon congé du cardinal infant Et lettres de faveur nous partîmes de Flandre Scarron, Jodelet, I, 1
  6. 6Condition favorable, ressource.

  7. 7Ruban uni et très étroit. Nouer un paquet avec une faveur.

    • On appelait autrefois faveurs, des rubans, des gants, des boucles, des nœuds d'épée, donnés par une dame Voltaire, Dict. phil. Faveur.
  8. 8En faveur de, loc. prép. En considération de.

    • Adieu, ma très chère belle, je vous dirai donc que je vous aime, sans crainte de vous ennuyer, puisque vous le souffrez, en faveur de mon style ; vous faites grâce à mon cœur en faveur de mon esprit, n'est-ce pas justement cela ? Mme de Sévigné, 443
    • Au profit, à l'avantage. Il a fait un testament en faveur de son neveu.

      • Les Grecs jugèrent en faveur d'Ulysse Fénelon, Tél. XIX.
      • C'est la question que l'auteur suppose sans preuve décidée en sa faveur Bossuet, Var. 2e instr. § 83
    • Dans l'intérêt de, pour la cause de.

    • Prévenir en faveur de quelqu'un, de quelque chose, en donner d'avance une opinion avantageuse. Cette conduite prévient en sa faveur.

      • Un petit nombre d'amis prévenus en votre faveur Massillon, Avent, Jugem.
  9. 9À la faveur de, loc. prép. Au moyen, à l'aide de.

    • À la faveur de la nuit il s'était sauvé en nageant Fénelon, Tél. VIII
    • À la faveur de cet orage il leur échappa Fénelon, ib. XVII
    • Sous la faveur de, même sens.

    • Corneille a dit, avec le même sens, en faveur de, qui n'est pas usité, ou du moins qui l'est avec un sens tout contraire : Jusques en Belle-Cour je vous ai reconduit, Pour voir une maîtresse en faveur de la nuit, Suite du Ment. IV, 4.

Étymologie

Provenç. et espagn. favor ; ital. favore ; du lat. favorem, de favere, favoriser, tenant au radical sanscrit pû, purifier.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander