Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

feindre dans le Littré

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feindre v. a. (fin-dr')

  1. 1Faire, produire, prendre une apparence fausse pour tromper ou, simplement, pour faire croire quelque chose.

  2. 2Supposer.

    • Il est nécessaire de feindre qu'il [Dieu] soit trompeur, si nous voulons révoquer en doute les choses que nous concevons clairement Descartes, Rép. II, 29
    • Controuver, imaginer.

      • Le roi pour vous tromper feignait cet hyménée Racine, Iphig. III, 5
      • Il ne vient qu'à la fin de la tragédie ; et c'est pour prononcer une loi telle que les anciens les feignaient dictées par les dieux Voltaire, Guèbres, Disc. hist. et crit.
      • On trouve dans le code théodosien un édit de Constantin où il déclare qu'il a fondé Constantinople par ordre de Dieu ; il feignait ainsi une révélation pour imposer silence aux murmures Voltaire, Mœurs, 10
    • Feindre à quelqu'un, rapporter faussement.

    • Se feindre quelque chose, feindre à soi quelque chose, supposer à soi quelque chose.

      • Ne voilà pas, dis-je, cette volage qui se feint de nouveaux prétextes de haine et de jalousie D'URFÉ, Astrée, I, l.
      • Mon esprit.... Se feignant, pour passer le temps, Avoir cent mille écus comptants Régnier, Ép. III
  3. 3Hésiter, faire difficulté. Il se construit avec la préposition à, quand il n'est pas accompagné d'une négation.

    • Il se construit avec la préposition de, quand il est accompagné d'une négation.

      • Ainsi, monsieur, je ne feindrai point de vous dire que l'offense que nous cherchons à venger.... Molière, Fest. de P. III, 4
      • Nous ne feignons point de mettre tout en usage Molière, Pourc. I, 3
      • Monsieur et madame, ne feignez point de me mettre au nombre de ceux que vous aimez et qui vous aiment ; toute ma vie vous persuadera que je mérite d'y être Mme de Sévigné, Au comte de Guitaut, 23 nov. 1673
      • Au lieu d'expédier sur-le-champ des marchands et des ouvriers, il [l'orgueilleux] ne feint point de les renvoyer au lendemain matin La Bruyère, Théoph. XXIV
      • Nesmond ne feignit pas de dire qu'il se croirait coupable de la prévarication la plus criminelle, s'il dissimulait que le pain de la parole manquait au peuple Saint-Simon, 302, 205
      • Quelquefois il tombe dans des difficultés où il ne feint point d'avoir recours soit à la volonté de Dieu qui opère sans mécanisme, soit au dessein qu'il a eu de nous cacher le mécanisme Fontenelle, Ruysch.
  4. 4Terme de manége. Feindre en marchant, se dit d'un cheval et aussi d'une personne qui boite légèrement ou d'une façon presque invisible à l'œil.

  5. 5Se feindre, v. réfl. Se supposer. Se feindre coupable.

    • Dorise se feint être un jeune gentilhomme contraint pour quelque occasion de se retirer de la cour Corneille, Clit. préf.

Remarque

Voltaire condamne le régime indirect avec feindre ; mais les exemples de Corneille paraissent irréprochables.

Synonymes

FEINDRE, DISSIMULER. Étymologiquement, feindre, c'est donner une forme comme l'artiste fait à la terre qu'il moule ; dissimuler, c'est rendre dissemblable. De là la distinction entre ces deux verbes : celui qui feint forme, présente, produit ce qui n'est pas ; celui qui dissimule cache ce qui est : on dissimule sa joie, sa haine ; on feint de la joie, de l'amitié.

Étymologie

Bourg. foindre, il ne foint pas, il ne craint pas ; provenç. fenher, feigner, finher ; espagn. et portug. fingir ; ital. fingere ; du lat. fingere, feindre, supposer. Dans l'ancienne langue, se feindre signifie souvent ne pas vouloir, hésiter à. Selon Curtius, le sens primitif du radical fig, grec θιγ, est toucher. Aussi le sens propre de fingere est façonner. Du sens de façonner on a passé à celui de feindre, c'est-à-dire façonner une apparence. De ce qui n'a qu'une apparence et qui est vide, faible, on en est venu au sens de hésiter, craindre.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander