feindre v. a. (fin-dr')
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1Faire, produire, prendre une apparence fausse pour tromper ou, simplement, pour faire croire quelque chose.
- Pour ne vous rien feindre,Je crois l'aimer assez pour ne pas la contraindre Corneille, Suréna, II, 1
- Et je feins hardiment d'avoir reçu de vousL'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous Corneille, Cid, IV, 3
- Il feignait de m'aimer, je l'aimais en effet Thomas Corneille, Ariane, IV, 2
- Feignez, si vous voulez, de ne me pas entendre Molière, l'Ét. III, 3
- Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse ? Racine, Iphig. IV, 4
- Elle a feint de passer chez la triste Octavie Racine, Brit. v, 8
Parce qu'elle feignait d'être bonne, elle croyait l'être en effet
Marivaux, Pays. parv. 3e part.Il [Charles XII] resta dix mois couché, feignant d'être malade
Voltaire, Charles XII, VII
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La Fontaine a employé feindre sans la préposition de :
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Absolument.
- Il est honteux de feindre où l'on peut toutes choses Corneille, Perthar. III, 4
- C'est qu'ils ont l'art de feindre, et moi je ne l'ai pas Molière, Mis. I, 2
- Je ne sais ni tromper, ni feindre, ni mentir ;Et, quand je le pourrais, je n'y puis consentir Boileau, Sat. I
- Il feint, il me caresse et cache son dessein Racine, Mithr. IV, 2
- Feignons, et de son cœur, d'un vain espoir flatté,Par un mensonge adroit tirons la vérité Racine, ib. III, 4
J'ai feint quelques instants pour ne feindre jamais
DORAT, Feinte par amour, III, 6Un proverbe italien dit : Qui ne sait pas feindre, ne sait pas vivre
Mme de Staël, Corinne, VI, 3
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2Supposer.
Il est nécessaire de feindre qu'il [Dieu] soit trompeur, si nous voulons révoquer en doute les choses que nous concevons clairement
Descartes, Rép. II, 29
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Controuver, imaginer.
- Le roi pour vous tromper feignait cet hyménée Racine, Iphig. III, 5
Il ne vient qu'à la fin de la tragédie ; et c'est pour prononcer une loi telle que les anciens les feignaient dictées par les dieux
Voltaire, Guèbres, Disc. hist. et crit.On trouve dans le code théodosien un édit de Constantin où il déclare qu'il a fondé Constantinople par ordre de Dieu ; il feignait ainsi une révélation pour imposer silence aux murmures
Voltaire, Mœurs, 10
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Feindre à quelqu'un, rapporter faussement.
- Pour perdre mon rival j'ai découvert sa trame,Euphorbe vous a feint que je m'étais noyé Corneille, Cinna, V, 3
[Elle].... leur feint de ma part tant d'outrages reçus Que ces faibles esprits sont aisément déçus
Corneille, Médée, I, 1- Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaissez,Vous cachez des trésors par David amassés Racine, Athal. I, 1
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Se feindre quelque chose, feindre à soi quelque chose, supposer à soi quelque chose.
Ne voilà pas, dis-je, cette volage qui se feint de nouveaux prétextes de haine et de jalousie
D'URFÉ, Astrée, I, l.Mon esprit.... Se feignant, pour passer le temps, Avoir cent mille écus comptants
Régnier, Ép. III
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3Hésiter, faire difficulté. Il se construit avec la préposition à, quand il n'est pas accompagné d'une négation.
- Feindre à s'ouvrir à moi dont vous avez connuDans tous vos intérêts l'esprit si retenu Molière, Dép. amour. II, 1
- Tu feignais à sortir de ton déguisement Molière, l'Ét. v, 9
- Vous ne devez point feindre à me le faire voir Molière, Mis. v, 2
Nous feignions à vous aborder, de peur de vous interrompre
Molière, l'Av. I, 5
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Il se construit avec la préposition de, quand il est accompagné d'une négation.
Ainsi, monsieur, je ne feindrai point de vous dire que l'offense que nous cherchons à venger....
Molière, Fest. de P. III, 4- Nous ne feignons point de mettre tout en usage Molière, Pourc. I, 3
Monsieur et madame, ne feignez point de me mettre au nombre de ceux que vous aimez et qui vous aiment ; toute ma vie vous persuadera que je mérite d'y être
Mme de Sévigné, Au comte de Guitaut, 23 nov. 1673Au lieu d'expédier sur-le-champ des marchands et des ouvriers, il [l'orgueilleux] ne feint point de les renvoyer au lendemain matin
La Bruyère, Théoph. XXIVNesmond ne feignit pas de dire qu'il se croirait coupable de la prévarication la plus criminelle, s'il dissimulait que le pain de la parole manquait au peuple
Saint-Simon, 302, 205Quelquefois il tombe dans des difficultés où il ne feint point d'avoir recours soit à la volonté de Dieu qui opère sans mécanisme, soit au dessein qu'il a eu de nous cacher le mécanisme
Fontenelle, Ruysch.
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4Terme de manége. Feindre en marchant, se dit d'un cheval et aussi d'une personne qui boite légèrement ou d'une façon presque invisible à l'œil.
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5Se feindre, v. réfl. Se supposer. Se feindre coupable.
Dorise se feint être un jeune gentilhomme contraint pour quelque occasion de se retirer de la cour
Corneille, Clit. préf.
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Absolument. Cacher ce qu'on sent, ce qu'on pense.
- Et puis je ne saurais me forcer ni me feindre Régnier, Sat. III
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Être feint.
Et parce que cela ne se peut pas même feindre....
Descartes, Rép. II, 29
Remarque
Voltaire condamne le régime indirect avec feindre ; mais les exemples de Corneille paraissent irréprochables.
Synonymes
FEINDRE, DISSIMULER. Étymologiquement, feindre, c'est donner une forme comme l'artiste fait à la terre qu'il moule ; dissimuler, c'est rendre dissemblable. De là la distinction entre ces deux verbes : celui qui feint forme, présente, produit ce qui n'est pas ; celui qui dissimule cache ce qui est : on dissimule sa joie, sa haine ; on feint de la joie, de l'amitié.
Étymologie
Bourg. foindre, il ne foint pas, il ne craint pas ; provenç. fenher, feigner, finher ; espagn. et portug. fingir ; ital. fingere ; du lat. fingere, feindre, supposer. Dans l'ancienne langue, se feindre signifie souvent ne pas vouloir, hésiter à. Selon Curtius, le sens primitif du radical fig, grec θιγ, est toucher. Aussi le sens propre de fingere est façonner. Du sens de façonner on a passé à celui de feindre, c'est-à-dire façonner une apparence. De ce qui n'a qu'une apparence et qui est vide, faible, on en est venu au sens de hésiter, craindre.