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un seul est le mot juste.

fier dans le Littré

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1fier v. a. (fi-é)

  1. 1Commettre à la foi de quelqu'un. Je lui fierais tout ce que j'ai au monde.

  2. 2Se fier, v. réfl. Mettre sa confiance.

    • Se fier à quelqu'un ou à quelque chose, s'assurer sur quelqu'un ou sur quelque chose.

      • Le plus sûr est, ma foi, de se fier à nous Molière, Éc. des mar. I, 1
      • Il me semble qu'on peut se fier à vos paroles Mme de Sévigné, 42
      • Je jurai de ne me plus fier aux physionomies Mme de Sévigné, 233
      • Osée, roi d'Israël, s'était fié au secours de Sabacon Bossuet, Hist. I, 7
      • Quoi ! Narcisse, tandis qu'il n'est point de Romaine.... Qui, dès qu'à ses regards elle ose se fier, Sur le cœur de César ne les vienne essayer Racine, Brit. II, 2
      • Vous fiez-vous encore à de si faibles armes ? Racine, Iphig. V, 2
    • Ne pas se fier à ses oreilles, ne pas croire ce qu'on entend.

    • Ne pas se fier à ses yeux, ne pas croire ce qu'on voit.

    • Se fier à quelqu'un de quelque chose, avoir confiance en quelqu'un pour cette chose.

      • Il y a d'autres esprits d'une plus haute élévation, à qui il [le prince] peut se fier de plus importants emplois et donner une plus noble part en ses desseins Guez de Balzac, De la cour, 1er disc.
      • Personne À qui de mon secret je m'osasse fier Régnier, Élég. v.
      • Harpalus à qui le roi s'était fié de la garde des trésors VAUGELAS, Q. C. 554
      • Seigneur, voulez-vous bien vous en fier à moi ? Corneille, Nicom. IV, 3
      • S'ils voulaient se fier à la compagnie [au sénat de Rome] de la réparation Bossuet, Hist. III, 6
      • Fiez-vous aux Romains du soin de son supplice Racine, Mithr. v, 5
      • Ce n'eût pas été au comte de Melford qu'on se fût fié d'un dessein de cette importance Saint-Simon, 87, 137
    • Se fier en, mettre sa confiance.

      • Ma volonté ne se fie pas en ma mémoire des choses de cette importance-là, et elle me représente à toute heure que j'ai cela à faire, jusqu'à ce qu'il soit fait Voiture, Lett. 111
      • Qu'ils [les lecteurs] repassent si longtemps et si souvent cette considération [l'incertitude des sens] en leur esprit, qu'enfin ils acquièrent l'habitude de ne plus se fier si fort en leurs sens Descartes, Rép. aux secondes object. 67
      • Je vous manderai toujours sincèrement comme je suis ; fiez-vous en moi Mme de Sévigné, 10 juil. 1675
    • Se fier sur, compter sur.

    • Se fier de quelqu'un, compter sur lui (tournure qui a vieilli).

      • Aspathine et Gobrias, les premiers des Perses et de qui plus il se fiait [Otanès] Paul-Louis Courier, II, 185
      • On ne dit plus aujourd'hui celui dont ou duquel je me fie, ni la personne de laquelle je me fie, il faut dire : celui en qui ou à qui je me fie Acad. Observ. sur Vaugelas, p. 556, dans POUGENS
    • Fiez-vous-y, se dit par antiphrase pour avertir quelqu'un de ne pas se fier à une personne ou à une chose.

      • Oui, fiez-vous-y, à cette physionomie si prévenante, qui disparaît un quart d'heure après, pour faire place à un visage sombre Marivaux, Jeux de l'amour et du has. I, 1
    • Fig. Nage toujours et ne t'y fie pas, se dit pour faire entendre qu'il faut s'aider soi-même, sans trop compter sur autrui.

Étymologie

Provenç. fiar, fizar ; espagn. et portug fiar ; ital. fidare ; verbe roman formé du latin fidus, qui se fie (voy. FOI).

2fier, ière adj. (fièr,-fiê-r')

  1. 1Sauvage, farouche. Usité seulement en termes de chasse. Perdrix fières, celles dont il n'est pas facile d'approcher.

    • En termes de blason, fier se dit d'un lion qui a le poil hérissé.

    • Fig. Il se dit, en termes de sculpture, d'une pierre dure, difficile à tailler, sujette à éclater. Une pierre fière. Un marbre fier.

  2. 2Violent, qui a l'audace, l'intrépidité d'une bête farouche. De fiers coursiers.

  3. 3En un sens particulier, qui a un orgueil se montrant dans la contenance, dans les manières.

    • Molière a dit fier à quelqu'un, pour signifier : montrant de la fierté à l'égard de quelqu'un.

    • Être fier comme un Écossais, avoir beaucoup d'orgueil, les Écossais qui jadis étaient souvent au service de nos rois, passant pour être très orgueilleux.

      • Ramsay lui répondit qu'on pouvait se rencontrer, et qu'il n'était pas étonnant qu'il pensât comme Fénelon, et qu'il s'exprimât comme Bossuet ; cela s'appelle être fier comme un Écossais Voltaire, Dict. phil. Plagiat.
    • On dit aussi : fier comme Artaban, du nom d'un héros de roman ; et fier comme un gueux.

    • Terme de manége. Se dit du cheval pour exprimer qu'il se redresse vivement à la moindre parole qu'on lui adresse.

    • Il se dit de la conduite, de la contenance, du ton, des actions, des discours, etc. Une attitude, une démarche fière. Une mine fière.

      • Mon cœur, d'un fier mépris armé contre leurs traits Racine, Alex. III, 6
      • Cet air fier et censeur qui juge de tout Massillon, Avent, Disp.
      • Tout ce que vous vous êtes permis.... de légers mépris, de fiers refroidissements contre votre frère Massillon, Car. Fautes légères.
  4. 4Qui s'enorgueillit de. Il est fier de cette préférence. Elle est fière de sa fille. Il se tient fier de ses richesses. Il est tout fier d'avoir réussi.

  5. 5Qui a des sentiments nobles, élevés.

    • Les nuances sont si délicates, qu'esprit fier est un blâme, âme fière est une louange ; c'est que par esprit fier on entend un homme qui pense avantageusement de soi-même, et par âme fière on entend des sentiments élevés Voltaire, Dict. phil. Fierté.
    • Mais elle est trop fière ; dites-lui que cela n'est pas bien d'être fière Voltaire, Écoss. II, 5
    • L'empereur et la grande armée gardaient l'un envers l'autre un triste et noble silence ; on était à la fois trop fier pour se plaindre et trop expérimenté pour n'en pas sentir l'inutilité Ségur, Hist. de Nap. XI, 13
  6. 6Terme de peinture. Touche fière, touche vigoureuse et hardie.

    • On dit aussi : fier ciseau.

  7. 7Dans le langage familier, grand, remarquable. Voilà une fière étourderie.

    • À moins qu'on ne l'écorche vif, je prédis qu'il mourra dans la peau du plus fier insolent.... Beaumarchais, Mar. de Fig. I, 4
    • Tout ça pourtant m'a coûté un fier baiser sur la joue Beaumarchais, ib. v, 1
    • Savez-vous que cet homme-là vient recueillir ici un fier héritage ? PICARD, Collatéral, I, 4
    • Ironiquement. Voilà un fier marcheur, il se lasse tout de suite. Cinq mille hommes, voilà une fière armée !

    • Le passage au sens populaire de grand, fort, s'est fait par le sens de farouche, violent, méchant, comme dans ce vers : Cette acception est ancienne, on peut le voir à l'historique.

      • Mon mal.... pour un temps retenu.... est plus fier revenu Régnier, Élég. V
  8. 8Substantivement. Faire le fier, se montrer fier, orgueilleux.

    • Se tenir sur son fier, garder sa fierté, ne pas condescendre.

      • M. le prince se mit à rechercher Rose, qui se tint longtemps sur son fier Saint-Simon, 85, 110
      • Fiers de Neufchâtel, bons barons de Beaufremont, nobles de Vienne, preux de Vergy, riches de Châlons [c'étaient les surnoms des cinq principales maisons de Franche-Comté] PELLISSON, Hist. de Louis XIV, t. II, liv. VI, p. 264, dans POUGENS.
  9. 6Ajoutez :

    • Il se dit aussi des artistes eux-mêmes, peintres ou sculpteurs.

      • Si l'un [Raphaël] est dans son dessin d'une sagesse et d'une simplicité qui gagne le cœur, l'autre [Michel-Ange] est fier, et montre un fond de science où Raphaël lui-même n'a pas ou honte de puiser P. J. MARIETTE, dans DUMESNIL, Hist. des amat. franç. I, 242
      • La Fage est un fier dessinateur, ib. I, 281

Étymologie

Provenç. fer ; espagn. fiero ; portug. fero ; ital. fiero ; du lat. ferus, farouche.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander