Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

fils dans le Littré

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fils s. m. (fi ; l's se lie : le fi-z aîné. Beaucoup de gens ont pris depuis quelque temps l'habitude de faire entendre l's quand le mot est isolé ou devant une consonne, un fiss' ; c'est une très mauvaise prononciation)

  1. 1Un enfant mâle, par rapport à son père ou à sa mère. Un bon fils. Il a trois fils. Durand père et Durand fils.

    • On dit, pour désigner une maison de commerce tenue par un père et son fils conjointement : un tel et fils, négociants.

    • Fils au singulier ou au pluriel se construit souvent avec le nom du père sans préposition : le fils ou les fils Guérin. Les quatre fils Aymon, nom de quatre chevaliers, fils du duc Aymon, dans les romans de Charlemagne ; c'étaient Renaud l'aîné de tous, Guidon le sauvage, Maugis et Richardet ; on les représente souvent tous les quatre sur un seul cheval.

    • C'est un archaïsme, alors que l'ancienne langue, ayant un cas pour le régime, marquait le rapport entre deux substantifs par ce cas sans préposition.

    • Le fils de la maison, le fils du maître de la maison.

    • Fils de famille, celui qui vit sous l'autorité d'un tuteur. Il n'est de sa mère, ou sous l'autorité d'un tuteur. Il n'est pas prudent de prêter au fils de famille.

      • Mon amant dans l'état où l'on voit très souvent les fils de famille [sans argent] Molière, Scapin, III, 3
    • Voy. aussi FAMILLE, pour un autre sens,

    • Fils de France, enfant mâle du roi de France.

    • Fils naturel, fils né hors du mariage.

      • François Pizarre, le plus connu de tous, était fils naturel d'un gentilhomme d'Estramadure Raynal, Hist. phil. VII, 4
    • Autrefois, fils de maître, celui qui, étant fils de maître dans quelque art ou métier, avait, quant à la maîtrise, certains droits et priviléges.

    • Fig. Être fils de maître, avoir les mêmes talents que son père.

    • Petit-fils, voy. PETIT.

    • Arrière-petit-fils, voy. ce mot à son rang.

    • Beau-fils, l'enfant mâle d'un premier mariage, par rapport, dans un second mariage, soit au mari, soit à la femme.

    • Se dit aussi, abusivement, du gendre.

    • Il n'est fils de bonne mère qui.... il n'est aucun homme honnête qui.... Il n'est fils de bonne mère qui ne voulût s'être conduit ainsi.

    • Il est fils de son père, il ressemble à son père tant pour le visage que pour les inclinations.

  2. 2Fils en Jésus-Christ, se dit des fidèles par rapport à leurs pères spirituels.

    • Particulièrement, fils en Jésus-Christ, terme dont se sert le pape en parlant du souverain de la France. Notre fils en Jésus-Christ, Louis quatorzième, roi de France.

    • Le Fils aîné de l'Église, titre des rois de France (Fils prend ici une majuscule).

    • Terme de l'Écriture. Le fils de l'homme, Jésus-Christ.

      • Il faut que le fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les sénateurs, par les princes des prêtres Saci, Bible, Év. St Luc, IX, 22
      • Alors on verra le fils de l'homme venir sur une nuée avec une grande puissance et une grande majesté Bourdaloue, Myst. Pass de Jésus-Christ, t. I, p. 229
    • Le fils de Dieu, Jésus-Christ.

      • Il a fallu qu'il [Jésus] ait passé par les souffrances pour entrer en sa gloire, et, quoiqu'il fût fils de Dieu, il a fallu qu'il ait appris l'obéissance Pascal, Lett. à Mme Perier, 17 oct. 1651
    • Fils de Dieu, chez les Hébreux, a aussi signifié homme de bien. Fils de Satan, fils de Bélial, méchant homme.

  3. 3Celui qu'on regarde ou qu'on aime comme son fils. Vous retrouverez en lui le fils que vous avez perdu.

    • Mon fils, manière amicale dont les personnes d'un certain âge ou d'un caractère vénérable adressent la parole à un jeune homme ou à un homme qui n'est pas leur fils. Mon fils, lui dit-elle, ne dédaignez pas mes avis.

      • Mon disciple, mon fils, Viens réparer ma honte Chapelain décoiffé, sc. 3 (dans les Œuvres de BOILEAU)
    • Mon fils, n'est quelquefois qu'un terme d'amitié ou de prière.

      • Mascarille : Je vous baise les mains, je n'ai pas le loisir. - Lélie : Mascarille, mon fils. - Mascarille : Point. - Lélie : Faismoi ce plaisir Molière, l'Ét. II, 7
    • Mon fils, dans le langage familier, se dit quelquefois en parlant à soi-même.

      • Figaro : Allons, Figaro, vole à la fortune, mon fils Beaumarchais, Barb. de Sév. I, 6
    • V. Hugo (Légende des siècles, Bivar) a employé fils au sens de jeune homme, ou valet, comme on disait au moyen âge : Aucun sommet n'était trop haut pour votre taille, Et vous étiez un fils d'une telle fierté, Que les aigles volaient tous de votre côté.

  4. 4Poétiquement. Les fils de Mars, les guerriers.

    • Les fils de la victoire, les guerriers que la victoire favorise.

      • Honneur au fils de la victoire ! à la beauté rendons honneur ! Casimir Delavigne, Paria, III, 7
    • Les fils d'Apollon, les poëtes.

    • Les fils de l'harmonie, les musiciens, et même les poëtes.

  5. 5Se dit aussi pour désigner simplement le sexe masculin, un enfant mâle, un garçon. De ce mariage naquirent deux fils et une fille.

  6. 6Un beau fils, un jeune homme élégant et recherché dans sa toilette. Il fait le beau fils.

  7. 7Dans le style élevé, celui qui est de tel ou tel pays. Les fils d'Albion, les Anglais.

  8. 8Dans la mythologie, les fils de la terre, les géants qui voulurent escalader le ciel.

  9. 9Fig.

    • Fils de.... se dit de celui qui est produit par...., qui doit à.... Et cet homme inconnu, ce fils heureux du sort Condamne insolemment ses maîtres à la mort Voltaire, Catilina, V, 1
  10. 10Fig. Il se dit de ce qui est produit par. Le luxe est fils de la vanité.

Étymologie

Bourguig. fi ; picard, fieu, fiu ; provenç. fils ; catal. fill ; espagn. hijo ; portug. filho ; ital. figlio ; du latin filius. À cause de la forme ombrienne felius, des étymologistes ont rattaché filius à fellare, teter, sanscrit dhê, teter. Dans l'ancien français, fils ou fis ou fius, au nominatif singulier ; fil, au régime singulier ; fil, au nominatif pluriel ; fils ou fis, au régime pluriel. La forme actuelle fils est le nominatif singulier de l'ancienne langue.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander