Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

fin dans le Littré

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1fin s. f. (fin)

  1. 1Celle des deux extrémités où une chose cesse d'exister, en parlant soit de l'espace, soit de la durée. L'espace n'a ni commencement ni fin.

    • Je hais les pièces d'éloquenceHors de leur place et qui n'ont point de fin La Fontaine, Fabl. IX, 5
    • Et vos ravissements ne prendraient point de fin Molière, Tart. I, 6
    • Votre malheur par là trouve une heureuse fin Thomas Corneille, Ariane, III, 3
    • Toutes les choses de ce monde prennent fin Mme de Sévigné, 265
    • Vous n'en trouverez pas sitôt la fin Mme de Sévigné, 407
    • La censure tire à sa fin Bossuet, Lett. quiét. 71
    • Le ciel sembla promettre une fin à ma peine Racine, Bérén. I, 4
    • Quoique Arsinoé fût plus âgée que Ptolémée, et trop vieille, quand il l'épousa, pour avoir des enfants, il l'aima tendrement et constamment jusqu'à la fin Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 454, dans POUGENS
    • Avant la fin de la journée, Ils [les œufs] montaient à plus d'un cent La Fontaine, Fabl. VIII, 6
    • Je suis l'homme qui accoucha d'un œuf ; il en avait pondu cent avant la fin de la journée Voltaire, Lett. Caperonier, 1er juin 1768
    • On sait, on croit du moins que cette princesse aimait la paix, au moins sur la fin de ses jours D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 15 déc. 1780
    • L'autorité de la Grande-Bretagne sur l'Amérique doit tôt ou tard avoir une fin, ainsi le veut la nature, la nécessité et le temps Raynal, Hist. phil. XVIII, 44
    • Les fins de lune, les époques mensuelles où la lune n'est plus visible.

      • J'observerai ce régime à toutes les fins des lunes Mme de Sévigné, 378
    • Mettre fin à, faire cesser.

      • Attendant qui des deux mettra fin à ma peine Régnier, Élég. I
      • Pour mettre fin aux désordres Bossuet, Hist. 1, 9
      • Le carnage fut horrible et dans le camp et hors du camp et sur les vaisseaux ; la nuit seule y mit fin Rollin, Hist. anc. Œuv. t. v, p. 208, dans POUGENS
    • Mettre à fin, achever, accomplir.

      • Amadis de Gaule, sous le titre de damoisel de la mer, mit à fin ses plus belles aventures Voiture, Lett. 46
      • Un homme qui.... sait mettre noblement à fin les aventures les plus difficiles Molière, Pourc. I, 4
      • Pourras-tu mettre à fin ce que je me propose ? Molière, l'Ét. I, 10
    • Faire une fin, se fixer, et, en particulier, se marier.

    • Familièrement. N'avoir ni fin ni cesse, ne pas cesser, ne pas finir. C'est un travail qui n'a ni fin ni cesse.

    • Terme de musique. Fin se met ordinairement à la fin d'une reprise dans un morceau, pour indiquer qu'après avoir recommencé les reprises, comme il est indiqué, on doit finir le morceau à ce mot. Souvent, au lieu de fin, on met en italien fine.

  2. 2Mort.

    • Au jour de sa transfiguration, il [Jésus] s'entretient de la fin tragique qu'il devait faire à Jérusalem Bossuet, Serm. I, Quinq. 2
    • Par cette fin terrible et due à ses forfaits.... Racine, Athal. v, 8
    • Aussitôt que ce roi eut fait une fin digne de ses crimes Fénelon, Tél. VIII
    • Telle fut la fin de Socrate, la première année de la XCVe olympiade, et la soixante et dixième de son âge Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IV, p. 441, dans POUGENS
    • Si vous renvoyez votre conversion à la fin, non-seulement vous ne pourrez plus le chercher [Jésus-Christ], mais quand vous le pourriez.... Massillon, Car. Impén. fin.
    • Malheureusement pour eux ce monarque imprudent [Sébastien] eut une fin funeste Raynal, Hist. phil. IX, 3
    • Telle vie, telle fin, veut dire que les méchants finissent mal.

    • Faire une bonne fin, une belle fin, mourir dans des sentiments de piété et de repentir.

      • M. de Saint-Hilaire a fait une très belle fin Mme de Maintenon, Lett. d'Aubigné, 10 oct. 1685
    • Fig.

      • Jamais je ne vis, en pareille matière, de vanité qui fit une bonne fin Marivaux, Paysan parv. 1re part.
    • Tirer à la fin, à sa fin, être près d'expirer.

      • Ses domestiques qui la voyaient tirer à sa fin J.-J. Rousseau, Conf. II
    • Fig.

      • Une mer pleine de monstres, des eaux croupissantes où la nature tirant à la fin venait comme rendre les abois VAUGELAS, Q. C. 515
    • Fin, au sens actif, extermination.

    • Terme de chasse. Être sur ses fins, se dit du cerf las et près de se rendre, et aussi de la bête qui va mourir.

      • Lorsqu'on aperçoit les trappes tombées, on court aux fins de la bête ; un loup ou un renard, les reins à moitié cassés, montre aux chasseurs ses dents blanches Chateaubriand, Amér. Chasse.
    • Fig.

      • Une passion d'hiver est bien usée, et elle tire diantrement sur ses fins quand le mois de mars arrive Dancourt, Retour des officiers, sc. 5
  3. 3Ce qu'on se propose pour but, le terme d'une action.

    • Pour obtenir nos fins, n'aspirons point si haut Rotrou, St Genest, V, 2
    • À quelque heureuse fin que tendent ses projets,Jamais il ne fait bien au gré de ses sujets Rotrou, Vencesl. I, 1
    • Comment gagner les confidents d'amours.... Jusques au chien : tout y fait quand on aime ; Tout tend aux fins La Fontaine, Mandr.
    • Faites semblant de consentir à ce qu'il veut, vous en viendrez mieux à vos fins Molière, l'Av. I, 7
    • Ainsi l'on voit que, dans les ténèbres du monde, on les suit [les choses] par un aveuglement brutal, que l'on s'y attache, et qu'on en fait la dernière fin de ses désirs ; ce qu'on ne peut faire sans sacrilége, car il n'y a que Dieu qui doive être la dernière fin, comme lui seul est le vrai principe Pascal, Lettre à Mme Périer, 1er avril 1648
    • Elle [la Providence] se sert de nos opinions pour nous mener à ses fins Mme de Sévigné, 456
    • Ce qui est désiré pour l'amour de soi-même et à cause de sa propre bonté s'appelle fin Bossuet, Connaiss. I, 18
    • Ce n'est pas la fin qui sert au moyen, mais le moyen qui sert à la fin Bourdaloue, 5e dim. après la Pentec. t. II, p. 461
    • La plupart des hommes, pour arriver à leurs fins, sont plus capables d'un grand effort que d'une longue persévérance La Bruyère, XI
    • Quelle fin on doit se proposer en gouvernant les hommes Fénelon, Tél. XXIV
    • Que vous ne jouez ce nouveau personnage que pour aller plus sûrement à vos fins Massillon, Carême, Resp. hum.
    • Cette adresse avait son usage à plus d'une fin J.-J. Rousseau, Ém. II
    • Il connaît les fins et les moyens Buffon, Quadr. t. I, p. 3, dans POUGENS
    • Combien d'œufs dont il ne sort point d'oiseau ! la nature est si riche qu'elle ne regarde point à ces petites pertes ; et ce qui ne sert pas pour une fin, sert pour l'autre Bonnet, Consid. corps org. Œuv. t. v, p. 134, dans POUGENS.
    • La fin justifie les moyens, se dit pour excuser des moyens coupables en considérant la bonté de la fin.

      • Il y a bien quelque chose à dire contre la délicatesse dans ce que vous me racontez là ; mais la fin de l'action en sanctifie les moyens, et je vous absous pour toutes celles de même nature Voltaire, Dial. XXX
    • Faire une chose à bonne fin, à mauvaise fin, la faire à bonne intention, à mauvaise intention.

      • C'est à bonne fin [que je le fais] Bossuet, Lett. 253
    • À ces fins, afin d'effectuer l'objet qu'on se propose.

    • On dit, au singulier : à cette fin. Le peuple dit souvent à celle fin (celle pour icelle), que beaucoup dénaturent en à seule fin.

    • À toute fin, pour servir en tout cas.

      • Je vous envoie à toute fin le procès-verbal Bossuet, Lett. quiét. 486
    • Un cheval à toute fin, un cheval de selle et d'attelage à la fois.

    • N'étant à autre fin, se dit, dans les lettres des princes et ailleurs, pour exprimer qu'elles n'ont pas d'autre objet que celui qui y est énoncé.

      • Je pourrais finir ici ma lettre, n'étant à autre fin ; mais je veux vous demander.... Mme de Sévigné, 27 janvier 1687
    • À telle fin que de raison (pour une fin telle que la raison indiquera), se dit, dans le style d'affaires, pour exprimer qu'on fait une chose sans savoir précisément à quoi elle servira, mais dans la prévision qu'elle pourra être utile. Faisons un état des lieux à telle fin que de raison.

    • Dans le langage général, à telle fin que de raison, pour servir comme il conviendra, à tout événement.

      • Il me faut, de ce pas, aller faire mes plaintes au père et à la mère, et les rendre témoins, à telle fin que de raison, des sujets de chagrin et de ressentiment que leur fille me donne Molière, G. Dand. I, 3
      • Sauf à faire les choses à telle fin que de raison Hamilton, Gramm. 10
  4. 4Le but auquel un être tend par sa nature.

    • Parlez au diable, employez la magie,Vous ne détournerez nul être de sa fin La Fontaine, Fabl. IX, 7
    • Il [l'homme] devient à lui-même son principe et sa fin Fléchier, Serm. I, 99
    • Pour peu qu'on examine la nature de l'homme, ses inclinations, sa fin, il est aisé de reconnaître qu'il n'est pas fait pour lui seul, mais pour la société Rollin, Trait. des Ét. Disc. prél.
    • Tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin Voltaire, Candide, 1
    • Vous avez très bien remarqué, madame, que la grande fin de l'homme est de réussir en société ; de bonne foi, est-ce par les sciences qu'on obtient ce succès ? Voltaire, Jeannot et Colin.
    • Il est, dans la nature, des fins que la raison ne saurait méconnaître ; mais c'est surtout dans la structure des animaux qu'on découvre le plus de fins particulières et frappantes Bonnet, Contempl. nat. 3e part. ch. 28
    • Il se dit aussi des choses.

      • Cette nation connut la vraie fin de la politique Bossuet, Hist. III, 3
      • Y eut-il jamais homme qui disposât mieux toutes choses à leur fin ? Fléchier, Tur.
      • Saint Paul nous dit en termes clairs et précis que Jésus-Christ était la fin de la loi Rollin, Traité des Ét. 2e part. ch. 1, art. I
      • Nous voudrions être la fin de toutes les voies et de tous les desseins de Dieu Massillon, Myst. Soum.
      • La fin est un effet qui a son principe Bonnet, Essai analyt. âme, Œuvres, t. XIII, ch. 17, p. 256, dans POUGENS.
  5. 5Terme de théologie. Les quatre fins de l'homme, la mort, le jugement, le paradis et l'enfer. Nicole a fait un traité des quatre fins de l'homme.

  6. 6Terme de procédure. Fin et, plus souvent, fins désigne toute espèce de demande, prétention ou exception présentée au tribunal par les parties. Les conclusions des parties demandent qu'il plaise au tribunal adjuger les fins de la requête. Le prévenu demande à être renvoyé des fins de la plainte.

    • Fin de non-recevoir, refus d'admettre une action judiciaire, en prétendant, par un motif pris en dehors de la demande elle-même et de son mal fondé, que celui qui veut l'intenter n'est pas recevable dans sa demande.

    • Dans le langage général, fin de non-recevoir, refus pour des raisons extrinsèques. Répondre par des fins de non-recevoir. Opposer des fins de non-recevoir.

    • Fin de non procéder, se dit de toute exception dilatoire, déclinatoire, etc.

    • En matière criminelle, fins civiles, les demandes présentées par la partie civile et tendant seulement à une condamnation pécuniaire.

  7. 7Terme de commerce et de banque. Fin courant, indique la fin du mois qui court, et fin prochain celle du mois prochain.

    • On dit aussi : fin janvier, fin février, etc.

  8. 8À la fin, loc. adv. Enfin, après tout.

    • Paissez, chères brebis, jouissez de la joie Que le ciel nous envoie ; à la fin sa clémence a pitié de mes pleurs RACAN, Chant de bergers.
    • Sa présence à la fin pourrait être importune Racine, Athal II, 7
    • Je vous répéterai encore ce que j'ai mandé à M. le duc de Choiseul, c'est que la vérité est la fille du temps, et que son père doit la laisser aller à la fin dans le monde Voltaire, Lett. Taulès, 21 mars 1768
  9. 9Sans fin, sans qu'il y ait de terme, de fin.

    • Vous ne savez que trop que rien n'échauffe tant la poitrine que d'écrire sans fin et sans cesse comme vous faites Mme de Sévigné, 23 nov. 1688
  10. 10En fin de compte, finalement.

Proverbes

La fin couronne l'œuvre, c'est-à-dire, dans les entreprises, dans les affaires, on regarde le succès, et, s'il est bon, le reste est oublié. Cela se met aussi sur des ouvrages, sur des monuments, pour dire seulement : l'œuvre est finie. Qui veut la fin veut les moyens, quand on veut une chose, il faut accepter les moyens ; on est responsable des moyens. En toute chose il faut considérer la fin, il ne faut pas s'engager dans une affaire sans en prévoir l'issue.

Étymologie

Provenç. fin, fi ; espagn. fin ; portug. fim ; ital. fine ; du lat. finem.

2fin, fine adj. (fin, fi-n')

  1. 1Qui est à l'état de pureté, épuré. Or, argent fin.

    • Terme de monnaie et d'orfévrerie. Or fin, l'or parfaitement pur.

    • Bijoux demi-fins, bijoux dont l'or est mêlé de moitié d'alliage.

    • S. m. C'est du fin, c'est de l'or ou de l'argent. Faire le commerce de fin, acheter et vendre des matières d'or et d'argent.

      • On dit aussi : le commerce de demi-fin ; faire le demi-fin.

      • Grain de fin, bouton de fin, or ou argent obtenu par la coupelle.

      • Or ou argent qui se trouve dans un alliage. Tirer tout le fin qui est contenu dans un alliage.

  2. 2Qui est de qualité supérieure. Sucre, vin fin. Épice, liqueur fine. Porcelaine fine. Aiguille fine. Martre fine.

    • Herbes fines, nom donné à certaines plantes qui sentent bon comme le thym, la marjolaine, etc.

    • Fines herbes, menues herbes qui servent aux assaisonnements, comme le cerfeuil, le persil, la pimprenelle, l'estragon.

    • Fine fleur de farine, la farine la mieux débarrassée de tout le son.

    • Fig.

    • Fine fleur de la chevalerie, se dit, dans les romans de chevalerie, de l'élite des chevaliers, et parfois d'un chevalier accompli.

    • Fig. C'est une fine épice, se dit d'une personne adroite, rusée.

  3. 3Véritable par opposition à faux, en parlant d'ouvrages de broderie, de pierres précieuses, de dentelles d'or et d'argent. Pierres fines. Une dentelle d'argent fin. Diamant fin. Une parure de perles fines.

  4. 4Se dit explétivement dans certaines locutions pour renforcer le sens du mot auquel il est joint. Le fin fond de la mer. Il vient du fin fond de la Russie.

    • Familièrement. En fin fond de forêt, dans l'endroit d'une forêt le plus écarté.

    • Fig. et familièrement. Le fin mot, le mot dernier, décisif par lequel une personne fait connaître son intention, ses vues. Ne nous faites plus attendre, dites-nous le fin mot.

    • Le fin mot signifie aussi le véritable motif, le motif caché qu'on n'avoue qu'à la dernière extrémité.

      • Il refuse cette place, c'est qu'il en voudrait une meilleure ; voilà le fin mot Dict. de l'Acad.
  5. 5Il se joint dans le langage familier à quelques adjectifs. Fin seul, tout à fait seul.

  6. 6Qui excelle en quelque qualité, en parlant des personnes.

    • Un fin connaisseur que nous avons consulté prétend qu'en général ce qu'on appelle véritablement Japon a une couverture plus blanche et moins bleuâtre que la porcelaine de la Chine Raynal, Hist. phil. V, 27
    • Avec un sens ironique.

      • Voilà sérieusement où en viennent les fins réformés : ils prononcent sans restriction que le prince n'a aucun droit sur les consciences Bossuet, Déf. des Variations, 4
    • Un fin gourmet, celui qui sait bien apprécier les mets, les vins, les liqueurs.

    • C'est une fine lame, c'est un habile tireur d'épée ; et fig. C'est une fine lame, c'est une femme adroite et rusée.

    • Populairement. Une fine gueule, ou un fin bec, un homme qui aime les bons morceaux et qui s'y connaît.

  7. 7Terme de marine. Fin voilier, fin de voile, vaisseau allant bien à la voile et principalement au plus près du vent.

    • Vous observerez que, vous donnant plusieurs vaisseaux fins de voile et nouvellement carénés, vous devez en tenir toujours à la découverte, afin que, sur le rapport qu'ils vous feront, vous puissiez prendre votre parti Instruct. à M. de Château-Renault, 1696, dans JAL
    • Anciennement, fin de bouline, marchant bien à la bouline, tenant bien l'allure du plus près.

      • Le comte d'Estrée et Chabert fondaient leur avis de ne pas aller plus avant sur ce qu'il manquait des vivres aux Jeux [nom du vaisseau que montait Villette] et sur ce que ce vaisseau n'était pas assez fin de bouline pour devoir entreprendre de l'engager dans une si grande étendue de mers, d'où l'on ne se tirait jamais qu'en pinçant le vent Mém. mss. du marquis de Villette-Mursay, 1677, p. 54, dans JAL
  8. 8Recherché, en parlant des mets. Un souper fin.

    • Il fallait que les mets les plus exquis, le gibier le plus fin, les oiseaux les plus rares vinssent trouver le prince en quelque endroit du monde qu'il campât Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. II, p. 459, dans POUGENS
    • Partie fine, partie de plaisir où l'on met quelque mystère.

  9. 9Qui a délicatesse et élégance. Des contours fins et gracieux. Des traits fins.

    • Ah ! cousin, qu'elle a le nez joli, Le minois égrillard, le cuir fin et poli ! Regnard, le Bal, 7
    • Terme de peinture et de gravure. Pinceau fin, burin fin, manière de peindre, de graver légère et délicate. On dit de même une touche fine.

    • Passage fin, dégradation bien ménagée d'un ton à un autre, d'une couleur à une autre.

  10. 10Qui est de forme svelte, élégante.

    • La tête longue et fine, le museau allongé Buffon, Quadrup. t. IX, p. 64, dans POUGENS
    • Avoir la taille fine, avoir la taille mince et bien prise.

    • On dit dans un sens analogue : avoir la jambe fine.

    • Terme de manége. Cheval fin, cheval qui a la tête sèche, la taille dégagée et les jambes en rapport avec le corps. Se dit aussi du cheval qui répond vivement aux aides du cavalier.

      • Le cheval fin est opposé au cheval grossier Voltaire, Dict. phil. Finesse.
    • Terme de marine. Bâtiment fin, bâtiment qui est très rétréci dans ses fonds.

    • Temps fin, temps pur et sans nuage.

  11. 11Qui est délié, menu. La pointe de cet instrument est trop fine. Du fil fin. Du sable fin.

    • Le fin lin et la pourpre sont ses vêtements FÉNEL., Éduc. des filles, ch. 13
    • Une industrie non moins merveilleuse lance dans vos yeux, sans les blesser, les traits de lumière réfléchis des objets ; traits si déliés et si fins, qu'il semble qu'il n'y ait rien entre eux et le néant Voltaire, Comm. sur Malebranche.
    • La pâte elle-même est communément plus blanche, plus liée, plus grasse ; son grain plus fin, plus serré Raynal, Hist. phil. v, 27
    • Oiseaux à bec fin, ou, simplement, becsfins, nom donné, en raison de la forme de leur bec, à différents petits oiseaux.

      • Aristote fait en cet endroit un dénombrement des petits oiseaux à bec fin, qui ne vivent que d'insectes ou qui du moins en vivent principalement Buffon, Ois. t. IX, p. 263, dans POUGENS
    • Se dit des étoffes faites avec des fils très fins. Un drap fin. Une toile fine.

    • Substantivement. Terme de blanchisseuse. Travailler en fin, travailler dans le linge fin. On dit également blanchisseuse de fin.

  12. 12Plume fine, plume à écrire dont le bec est fin. On dit de même un crayon fin, un pinceau fin.

    • Substantivement. Le demi-fin, écriture un peu plus grande que l'expédiée ordinaire.

      • Écrire en fin, employer la plus fine écriture.

  13. 13En parlant des sens, qui a une grande sensibilité, qui perçoit exactement les moindres impressions, Avoir l'odorat très fin, l'oreille, l'ouïe très fine.

    • Terme de chasse. Avoir le nez fin, se dit d'un chien qui chasse avec succès dans la poussière et pendant la chaleur ; et fig. avoir le nez fin, avoir beaucoup de sagacité.

      • Phelippeaux, qui avait le nez fin, en avertit longtemps [de l'infidélité du duc de Savoie], sans qu'on voulût le croire Saint-Simon, 122, 90
    • Fig. Avoir l'oreille fine, se connaître en musique, remarquer jusqu'aux moindres fautes des exécutants.

  14. 14Qui n'est appréciable que par un esprit pénétrant ou un goût délicat. Une expression, une pensée fine. Une fine plaisanterie.

    • Les uns comprennent bien les effets de l'eau ; en quoi il y a peu de principes, mais dont les conséquences sont si fines qu'il n'y a qu'une grande pénétration qui puisse y aller Pascal, Pensées, part. I, art. 10
    • Un chancelier offrant un jour sa protection au parlement, le premier président se tournant vers sa compagnie : Messieurs, dit-il, remercions M. le chancelier, il nous donne plus que nous ne lui demandons ; c'est là une réponse très fine Voltaire, Dict. phil. Finesse.
    • Le sujet de ce petit poëme est si fin que beaucoup de personnes ne l'ont pas entendu Diderot, Salon de 1765, Œuvres, t. XIII, p. 195, dans POUGENS.
    • Hormis quelques mots fins qu'il [M. Necker] plaçait çà et là, personnage muet, il laissait à sa femme le soin de soutenir la conversation Marmontel, Mém. X
    • L'analogie donne la raison de l'usage ou le corrige ; elle est la partie la plus fine de la philosophie même du langage VILLEMAIN, Dict. de l'Acad. Préface, p. XX
  15. 15Il se dit de l'esprit, du goût, du jugement, etc. pour en signifier la subtilité, la sagacité. Avoir le goût, le jugement fin.

    • Les esprits fins sont ceux qui remarquent par la raison jusques aux moindres différences des choses ; qui prévoient les effets des causes cachées, peu ordinaires et peu visibles ; enfin ce sont ceux qui pénètrent davantage les sujets qu'il considèrent Malebranche, Recherche, II, II, ch. VIII, 1
    • L'esprit fin est souvent faux, précisément parce qu'il est trop fin ; c'est un corps trop délié pour avoir de la consistance Duclos, Consid. mœurs, chap. 13
  16. 16Rusé, adroit, pénétrant. C'est un fin matois.

    • Plus fin que lui n'est pas bête, se dit d'un homme fort adroit, fort rusé.

    • On dit dans le même sens : Bien fin qui l'attrapera.

    • Il se dit de certains animaux. Le renard est très fin.

      • Ils [les merles] passent communément pour être très fins, parce qu'ayant la vue perçante, ils découvrent les chasseurs de fort loin, et se laissent approcher difficilement Buffon, Ois. t. VI, p. 3, dans POUGENS
    • Fig. C'est un fin renard, une fine bête, une fine mouche, c'est une personne fort rusée.

    • Fig. et populairement. C'est un fin merle, un fin matou.

    • Substantivement.

      • Quant à moi, ce n'est pas l'esprit, c'est la sottise qui me fait aller en prison : j'ai cru bonnement à la charte ; je le confesse, à ma très grande honte ; et pourtant de plus fins y ont été pris comme moi Paul-Louis Courier, Réponse aux anonymes.
  17. 17Il se dit des choses qui décèlent de l'adresse, de la ruse. Le tour est fin.

  18. 18Adv. Terme de billard. Prendre une bille fin, trop fin, la toucher sur le côté. On dit aussi prendre le fin d'une bille.

    • On dit encore adjectivement : Prenez la bille très fine.

  19. 19S. m. Ce qu'il y a de décisif, de principal.

    • Voilà qui est spirituellement remarqué, et c'est prendre le fin des choses Molière, Critique, sc. 7
    • Il faut être théologien pour en voir le fin Pascal, Prov. 1
    • Ce qu'il y a de plus caché en une affaire.

      • De concert avec la Palatine, je leur fis voir le fin des intentions de Monsieur Retz, III, 150
    • Tirer le fin du fin, tirer d'une affaire tout ce qui s'en peut savoir.

    • Savoir le fort et le fin d'un art, le connaître parfaitement.

      • ....Tu sais de leur art et le fort et le fin Boileau, Sat. VIII
      • Faire naître les conspirations, les étouffer, c'est le fort et le fin de la science des hommes d'État Paul-Louis Courier, Lett. X
    • On dit de même : savoir le fin. Je sais le fin du jeu.

      • Sans avoir saisi le fin du métier, je ne laissai pas d'en prendre la marche courante, assez pour pouvoir l'exercer rondement J.-J. Rousseau, Confess. VIII
  20. 20Le fin de l'autruche, ce qu'il y a de plus délié dans le plumage de l'autruche. Fin à pointes, les plumes les plus noires de l'autruche, les plus propres à faire des panaches.

    • Fin d'once, fin de rame, fin bédelin, plusieurs sortes de coton que l'on tire du Levant.

  21. 21Dans un langage très vulgaire, la plus fine, les excréments, la matière fécale. Et dit-on que de la plus fine Son brun visage fut lavé, Cabinet sat. dans LE ROUX, Dict. comique.

  22. 22Les fins, nom d'une secte à dévotion exagérée, en Hollande.

    • Vous avez en France les convulsionnaires ; en Hollande on connaît les fins ; ici [en Prusse] les piétistes Voltaire, Lett. du roi de Pr. 13 sept. 1766

Proverbes

Fin contre fin n'est pas bon à faire doublure, n'est pas bon pour double, ne vaut rien pour doublure, c'est-à-dire il ne faut pas entreprendre de tromper aussi fin que soi. On dit dans le même sens : Il ne faut pas mettre fin sur fin. Il est fin à dorer, il a beaucoup de finesse, proprement il vaudrait la peine d'être doré.

Étymologie

Berry, fin premier, le premier de tous ; tout fin seul, tout seul ; le fin bord d'un fossé ; le fin faît, le sommet ; provenç. fin, fi ; catal. fi, espagn. portug. et ital. fino. Il y a dans le h. allem. fin, dans l'allem. fein, fin, dans l'anglais fine, beau ; mais, d'après Diez, ces mots ont passé du roman dans les langues germaniques. Le sens propre de fin est parfait, vrai, pur : fin or, fine amor, fine verité. Diez pense que fin provient, par apocope, du latin finitus, fini, achevé, parfait. Pour de pareils raccourcissements il cite le provençal clin de clinatus, l'espagnol cuerdo de cordatus, l'italien manso de mansuetus. C'est cette étymologie qui a déterminé la classification des sens : l'or fin, c'est l'or fini, parfait ; puis viennent les sens d'excellence, de perfection ; puis celui de svelte ; puis celui de menu, délié ; puis figurément ceux de spirituel et de rusé.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander