Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

flatter dans le Littré

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flatter v. a. (fla-té)

  1. 1Caresser par quelque attouchement (sens étymologique et primitif). Flatter un enfant. Flatter un cheval avec la main. Le chien flatte avec la queue.

    • Se flatter, flatter, caresser à soi-même.

      • Thibouville à son tour parla, et en se flattant le menton de la main pour faire admirer sa turquoise Marmontel, Mém. III
    • Par extension.

      • Que cette parole m'est douce, et qu'elle flatte mes désirs ! Molière, Bourg. gent. III, 11
      • Lui parmi les transports, affable en son orgueil, à l'un tendait la main, flattait l'autre de l'œil Racine, Athal. V, 1
    • Terme de manége. Flatter un cheval fougueux, céder à sa fantaisie, de manière à ralentir peu à peu ses mouvements.

    • Flatter la corde d'un instrument de musique, la toucher doucement.

    • Terme de jeu. Flatter le dé, jeter doucement les dés dans l'espoir illusoire de n'amener qu'un petit nombre de points.

    • Fig. Flatter le dé, déguiser, adoucir quelque chose de fâcheux pour quelqu'un. Il ne faut pas flatter le dé, c'est-à-dire il faut parler franchement.

    • Flatter le courant d'une rivière qu'on veut détourner d'un bord qu'elle menace, lui opposer non une digue qui résiste en face, mais une surface qui, ne faisant d'abord qu'un angle léger avec son courant, l'écarte peu à peu du bord.

    • Flatter les vagues, opposer des digues à l'impétuosité des eaux en formant un talus sur lequel elles glissent sans briser.

  2. 2Traiter avec trop de douceur et de ménagement.

    • On ne guérit point les grands maux en les flattant Dict. de l'Acad.
    • Je ne cherche point à flatter mon mal J.-J. Rousseau, Hél. I, 1
    • Flatter une plaie, n'y appliquer que des remèdes trop doux.

  3. 3Adoucir.

  4. 4Charmer, délecter, en parlant des sens. La musique flatte l'oreille. Le bon vin flatte le palais.

    • Les biens qui flattent les sens Bossuet, Hist. II, 6
    • Les plaisirs dont vous flattez les hommes Fénelon, Tél. IX
    • Tout y flattait son goût Hamilton, Gramm. 6
    • La terre des Gangarides produit tout ce qui peut flatter les désirs de l'homme Voltaire, Princ. de Babyl. 3
  5. 5Causer une vive satisfaction. Une telle préférence me flatte. Cela doit bien flatter le cœur d'une mère.

  6. 6Favoriser. Ceux que flatte la fortune.

  7. 7Donner des louanges vraies ou fausses dans le dessein de plaire, de séduire.

    • Absolument. Il ne sut jamais flatter.

    • Substantivement.

      • Les muses hautaines et braves Tiennent le flatter odieux, Et, comme parentes des dieux, Ne parlent jamais en esclaves Malherbe, IV, 5
  8. 8Excuser par une complaisance répréhensible. Flatter les défauts de quelqu'un.

  9. 9Terme de peinture. Flatter une personne, la représenter plus belle qu'elle n'est.

    • Vous avez un portrait de moi qui me flatte beaucoup Mme de Sévigné, 133
    • L'estampe que nous en avons dans les hommes illustres de Perrault, le [la Fontaine] flatte un peu OLIVET, Hist. Acad. t. II, p. 332, dans POUGENS
    • Ce miroir flatte, il fait paraître les traits plus agréables.

    • Par extension.

    • Il se dit d'un portrait fait de vive voix ou par écrit.

      • Clitandre : Voilà, ma sœur, madame Dorothée, Dont mon père tantôt nous a dit tant de bien. - Angélique : Nul mérite, je crois, n'est comparable au sien ; Mon père ne l'a point flattée Dancourt, Enfant de Paris, III, 13
  10. 10Tromper en déguisant la vérité d'une manière avantageuse pour celui à qui on s'adresse. Vous me flattez dans cette affaire-là.

  11. 11Faire espérer.

    • L'esprit de l'homme, étant si faible, si sujet à s'égarer, est en même temps si présomptueux, qu'il n'y a rien dont il ne se puisse croire capable, pourvu qu'il se trouve des gens qui l'en flattent NICOLE, Ess. mor. 1er traité, ch. 9
    • La distribution dont il flattait le peuple Bossuet, Hist. I, 9
    • C'est toi qui me flattant d'une vengeance aisée.... Racine, Athal. v, 6
    • Ne m'as-tu pas flatté d'une fausse espérance ? Racine, Brit. III, 6
    • De quoi viens-tu flatter mon esprit désolé ? Racine, Phèdre, III, 1
    • Néoptolème l'avait flatté que, dès qu'il se montrerait, tous les Macédoniens du parti opposé se rangeraient sous ses drapeaux Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 81, dans POUGENS
    • On m'a flatté que vous pourriez venir dans nos retraites Voltaire, Lett. Mlle Clairon, 7 août 1761
  12. 12Se flatter, v. réfl. Être trop prévenu à son avantage.

    • La jeunesse se flatte et croit tout obtenir La Fontaine, Fabl. XII, 5
    • Il ne faut pas se flatter, les plus expérimentés dans les affaires font des fautes capitales Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Un roi qui se flatte sur ses prétentions Fénelon, Tél. XXIII
  13. 13Se donner l'un à l'autre des louanges excessives.

    • Si les hommes ne se flattaient point les uns les autres, il n'y aurait point de société VAUVENARGUES, Max.
  14. 14S'entretenir d'une espérance. Il se flatte qu'on aura besoin de lui.

    • Absolument. Conserver des espérances au sujet d'un malade en danger.

      • Ma mère eut alors un courage au-dessus du mien ; car elle ne se flattait plus, et moi je me flattais encore Marmontel, Mém. II
      • Entretenir quelque sentiment qui plaît.

        • Ne vous flattez point tant que de le présumer Corneille, Nicom. v, 8
        • Je n'ose me flatter de cette pensée Mme de Sévigné, 427
        • Toute autre raison n'est qu'un vain prétexte dont nous nous flattons Bourdaloue, Avent, Nativ. de J. C. 247
        • Les papes se flattaient alors de donner l'empire d'Orient et d'Occident Voltaire, Mœurs, 59
  15. 15Se persuader, aimer à croire. Il se flatte que vous approuverez sa conduite.

    • Ce malade se flatte, il croit être moins mal qu'il n'est réellement.

    • Il se dit aussi de ceux qui espèrent qu'un malade est moins mal qu'il n'est réellement.

      • La veille, ma tante était extraordinairement mal.... Mlle de la Trousse se flattait et croyait que c'était qu'elle avait besoin de nourriture Mme de Sévigné, 151

Étymologie

Bourguign. flaittai ; provenç aflatar ; d'après Diez, du germanique : scandinave, flat, plat, uni ; anc. h. allem. flaz ; de sorte que flatter serait proprement rendre uni, comme quand on passe la main. Ainsi la série des sens est : caresser avec la main, adoucir, charmer, délecter, aduler. Le germanique flat correspond au grec πλατὺς, large, au sanscrit prĭthu, étendu.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander