Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

forcer dans le Littré

1 article· 79 citations· rimes· synonymes· conjugaison

forcer v. a. (for-sé. Le c prend une cédille devant a et o : je forçai, forçons)

  1. 1Faire subir à une chose une violence, une effraction.

    • Mme Colbert ne voulait qu'il la vît [sa future] que le soir ; il força les portes et se jeta à ses pieds Mme de Sévigné, 394
    • Du sérail, s'il le faut, venez forcer la porte Racine, Bajaz. II, 3
    • On força un coffre dont la reine avait emporté la clef, et l'on n'y trouva que des haires, des ceintures armées de pointes de fer Mme de Genlis, Mlle de la Fayette, p. 116, dans POUGENS
    • Forcer une clef, forcer une serrure, tordre une clef, les ressorts d'une serrure, de manière que cette clef, ces ressorts ne peuvent plus jouer.

    • Terme d'escrime. Forcer le fer, engager avec force l'épée de son adversaire.

    • Terme de manége. Forcer la main, se dit en parlant d'un cheval qui refuse d'obéir, qui s'emporte. On dit aussi forcer à la main, gagner à la main.

    • Fig. Forcer la main à quelqu'un, le contraindre à faire quelque chose.

    • Avoir la main forcée, faire quelque chose malgré soi.

    • Fig. Forcer le sens, y faire quelque violence qui le dénature.

      • En prenant naturellement la gnose pour la connaissance pratique de Dieu et de l'Évangile, vous parlez naturellement, et cela est vrai ; en forçant le sens et substituant à la gnose l'état passif, cela est absurde Bossuet, Nouv. myst. 15
    • On dit de même : forcer l'analogie.

      • Ce n'est que dans une généralité scolastique et en forçant l'analogie que l'on peut, sur le rapport unique de la similitude d'une seule partie, appliquer le même nom à des espèces qui diffèrent autant entre elles que celle de l'oiseau du tropique, par exemple, et celle du véritable pélican Buffon, Ois. t. XVI, p. 47, dans POUGENS
  2. 2Prendre, traverser de vive force.

    • On dit de même : forcer le passage, l'entrée, etc.

    • Par extension. Forcer la consigne, ne pas s'y conformer, l'enfreindre avec violence.

    • Fig. Forcer la porte de quelqu'un, entrer chez quelqu'un malgré la défense qu'il a faite de laisser entrer.

  3. 3Triompher de la résistance d'une troupe militaire.

    • Fig. Forcer quelqu'un dans ses retranchements, voy. RETRANCHEMENT.

  4. 4Faire violence à une femme.

    • Mme de Valentinois accusa son beau-père non-seulement de lui en avoir conté, mais de l'avoir voulu forcer Saint-Simon, 44, 2
  5. 5Forcer un cheval, l'excéder de fatigue.

    • Se dit aussi des hommes.

      • On les force de travail [les nègres], on leur épargne la nourriture, même la plus commune Buffon, Hist. nat. hom. Œuv. t. v, p. 147, dans POUGENS
    • Forcer sa main, se fatiguer la main par quelque effort.

      • Ma chère enfant, je ne veux pas forcer ma main ; c'est pourquoi voici le petit secrétaire Mme de Sévigné, 260
  6. 6Terme de chasse. Forcer une bête, la courre jusqu'aux abois. Forcer un cerf.

    • Il [le loup] est infatigable et c'est peut-être de tous les animaux le plus difficile à forcer à la course Buffon, Quadrup. t. II, p. 197
    • Tenez, tenez, le voilà qui court la plaine et force un lièvre qui n'en peut mais BEAUMARCHAIS, Mar. de Figaro, II, 2
  7. 7Surmonter, vaincre.

  8. 8Fig. Faire fléchir le courage.

    • Malgré le mauvais succès de ses armes infortunées, si on a pu le vaincre, on n'a pu le forcer [Charles I] Bossuet, Reine d'Anglet.
  9. 9Terme de jeux. Contraindre à jeter une carte forte ou un atout, au whist et au boston.

    • Obliger quelqu'un de jouer sans prendre, à l'hombre. Obliger un des joueurs à jouer un as ou le quinola, au reversis.

  10. 10Obtenir par force, par importunité. Forcer le consentement, le vote de quelqu'un.

    • Votre tyrannie N'usa de son pouvoir sur la faible Amélie Que pour tromper mes vœux, que pour forcer son choix Casimir Delavigne, Vêp. sicil. II, 4
    • Obtenir par la puissance d'un sentiment.

      • Une vertu qui devait forcer l'estime du monde Bossuet, Anne de Gonz.
      • Ce n'est point par des paroles qu'on peut forcer l'hommage du monde, c'est par la vertu et l'audace VAUVENARGUES, l'Orat. chagr.
      • Il [Jupiter] voulait non que le ciel les reçût [ses enfants], mais qu'il les demandât, et qu'à leur égard l'admiration seule forçât les vœux de la terre Paul-Louis Courier, Éloge d'Hélène.
    • Forcer les respects, l'admiration, les obtenir de ceux mêmes qui ne sont pas disposés à les accorder.

  11. 11Terme de jardinage. Forcer une plante, l'obliger à fleurir ou à porter du fruit plus tôt qu'elle ne le ferait naturellement, au risque de la fatiguer.

    • Forcer à fruit, tailler long pour avoir plus de fruits.

  12. 12Exagérer, outrer.

    • Forcer sa voix, se dit d'un chanteur qui fait des efforts de voix.

    • Forcer nature, faire plus qu'on ne doit ou qu'on ne peut.

      • On a un peu forcé nature pour mériter les bontés de Mlle Clairon, et cela est bien juste ; elle trouvera dans son rôle plusieurs changements Voltaire, Lett. Mlle Clairon, janv. 1750
  13. 13Terme de comptabilité. Forcer la recette, passer en recette plus qu'on n'a reçu.

    • Forcer quelqu'un en recette, obliger un comptable à verser une recette qu'il a négligé de recevoir.

  14. 14Hâter, précipiter. Forcer le pas, la marche.

  15. 15V. n. Terme de marine.

    • Forcer de voiles, augmenter la voilure, de telle sorte que le vent, ayant action sur une plus grande surface de toile, fasse un plus grand effort qui pousse le navire dans la direction qu'on lui assigne JAL
    • Pour ne rien dérober à M. du Quesne, il faut observer qu'il fit le devoir d'un bon général en envoyant nous dire par le chevalier de Chaumont que nous devions forcer de voiles et aborder les vaisseaux de la tête ennemie, plutôt que de nous laisser gagner par le vent VILLETTE-MURSAY, Combat du 10 février 1675, dans JAL
    • Un mât force quand il supporte un trop grand effort.

    • Forcer de rames, ramer aussi fort qu'il est possible.

  16. 16Terme de jeux. Jeter une carte supérieure à celle qui a d'abord été jouée.

  17. 17Se forcer, v. réfl. Faire trop d'efforts, mettre trop de véhémence à quelque chose. Ne vous forcez pas tant.

  18. 18S'efforcer.

  19. 19Être surmonté.

    • Ô malheur qui ne se peut forcer ! Molière, l'Ét. II, 14
  20. 20Faire effort sur soi-même. Forcez-vous, avalez cette médecine.

Remarque

1. Des grammairiens ont essayé d'indiquer une nuance de sens entre forcer à et forcer de suivis d'un infinitif. Mais l'usage des auteurs ne permet aucune distinction réelle. 2. On trouve dans Saint-Simon : Forcer d'argent, payer une grosse somme : Il est probable que c'est une mauvaise lecture, et qu'il faut lire foncer, voy. FONCER 2.

Étymologie

Force ; provenç. forsar ; espagn. forzar ; portug. forcar ; ital. forzare.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander