Étymologie
Provenç. forest, foresta ; espagn. et portug. floresta ; ital. foresta ; du bas-latin foresta, foreste, forestum, forasta. On a longtemps tiré ce mot de l'allemand Forst, forêt ; mais aujourd'hui les étymologistes allemands déclarent que ce mot est venu des langues romanes dans leur langue. À la vérité, ce mot roman forest, on a voulu le rattacher au haut allemand foraha, pin ; mais Diez fait remarquer que la disparition de l'h s'expliquerait mal, et qu'un suffixe est ou ast est fort rare. En conséquence il incline vers une étymologie latine déjà proposée par Frisch, à savoir foris, dehors. C'est l'étymologie véritable ; le grammairien Placidus connaît déjà un adjectif forasticus, extérieur ; et cet adjectif subsiste dans l'italien forastico, le sicilien furestico, le provençal foresgue, sauvage, rude, rétif ; l'italien forestiere a le sens d'étranger, d'homme du dehors. Sur ce modèle le bas-latin a formé forestare, mettre dehors, bannir. Foresta signifie donc primitivement un ban, une proscription, et un terrain sur lequel on avait prononcé un ban, une proscription de culture, d'habitation, dans l'intérêt de la chasse seigneuriale. De là forestare signifia créer une forêt, parce que ces prohibitions s'appliquaient surtout aux bois où se trouvaient les bêtes fauves, et que d'ailleurs les arbres poussaient bientôt dans les campagnes ainsi soustraites à la culture. Telle a été la transition historiquement constatée entre foresta, territoire prohibé, et forêt.
Supplément
FORÊT. - ÉTYM. Ajoutez, en confirmation de l'étymologie qui est donnée, que, dans les Hautes-Alpes, forest, qu'on y rencontre à chaque pas comme nom de localité, y a le sens d'habitation isolée, DE ROCHAS, De l'utilité d'un glossaire topographique, p. 20.