Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

fortune dans le Littré

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1fortune s. f. (for-tu-n')

  1. 1Terme du polythéisme gréco-romain. Divinité qui présidait aux hasards de la vie. Le temple de la Fortune. Les anciens représentaient la Fortune sous forme d'une femme, tantôt assise et tantôt debout, ayant un gouvernail, avec une roue à côté d'elle, pour marquer son inconstance, et tenant dans sa main une corne d'abondance.

  2. 2Ce qui advient par la volonté de la Fortune, chance, hasard.

    • Il est certain qu'Alexandre courut grande fortune non-seulement de la vie, mais... VAUGELAS, Q. C. 380
    • Je voudrais bien savoir s'il y a quelque astrologue qui eût pu dire en me voyant il y a deux ans dans la rue Saint-Denis avec ma rotonde [sorte de fraise], que je courrais bientôt fortune de ramer dans les galères d'Alger ou d'être mangé par les poissons de la mer Atlantique Voiture, Lett. 42
    • M. le prince ne courait aucune fortune, s'il lui plaisait de revenir à la cour Retz, III, 271
    • Si vous voulez m'assurer mon sort principal [mon capital], qu'il ne coure fortune Pascal, Prov. 8
    • Non-seulement, dit-il, nous courons fortune de tout perdre, mais le temple de la grande Diane va tomber dans le mépris Bossuet, Hist. II, 12
    • De quelque manière que vous jetiez les dés, ils amèneront toujours les mêmes points ; voilà une étrange fortune ! Chateaubriand, Génie, I, V, 3
    • Tenter fortune, s'engager dans des entreprises dont l'issue dépend de chances qu'on ne peut ni calculer ni prévoir.

    • Chercher fortune, chercher les occasions qui peuvent procurer ce que l'on désire, biens, honneurs, faveurs de femmes, etc.

    • On disait autrefois, dans un sens analogue : busquer fortune, Dict. de l'Académie (ce mot, aujourd'hui inusité, n'est pas à son rang alphabétique ; c'était une locution espagnole, buscar, chercher, introduite au XVIe et au XVIIe siècle).

    • La fortune des armes, les hasards, les chances de la guerre.

    • Familièrement. La fortune du pot, le dîner tel qu'il se trouve. Venez dîner avec nous à la fortune du pot.

    • De fortune, de bonne fortune, de grande fortune, par fortune, loc. adv. Par hasard, par grand hasard.

  3. 3Bonne fortune, heureuse circonstance, chance heureuse.

    • Bonne fortune, la bonne aventure, ce qui arrivera à chacun.

      • Écoutez, vous autres, y a-t-il moyen de me dire ma bonne fortune ? Molière, Mar. forc. 10
      • Une bande de ces personnes qu'on appelle égyptiens, qui, rôdant de province en province, se mêlent de dire la bonne fortune Molière, Fourber. III, 3
    • Bonne fortune, faveurs d'une femme. Il se vante d'avoir eu cette bonne fortune. L'homme à bonnes fortunes, titre d'une comédie de BARON.

      • Il se donnait continuellement comme un homme à bonnes fortunes Mme DE CAYLUS, Souvenirs, p. 249, dans POUGENS
      • Le petit Germain, sur qui pleuvaient de tous côtés les bonnes fortunes HAMILTON, Gramm. 6
      • Que, pour vous faire croire homme à bonne fortune, Vous passez en hiver des nuits au clair de lune À souffler dans vos doigts.... Regnard, Distrait, IV, 6
      • Amazan refusait constamment toutes les bonnes fortunes qui se présentaient à lui Voltaire, Babyl. 6
    • Fortune, dans le sens de bonne fortune en galanterie.

    • Être en bonne fortune, être à un rendez-vous donné par une maîtresse.

      • Pour troubler un homme en bonne fortune Hamilton, Gramm. 6
    • Dans un sens dérivé, mais particulier. En bonne fortune, en cachette, avec mystère.

      • Mme de Caylus se laissa aller à des rendez-vous en bonne fortune avec Mme de Maintenon à Versailles ou à Saint-Cyr Saint-Simon, 168, 267
      • M. le prince avait envoyé proposer à ce père [de la Tour] de le venir voir en bonne fortune la nuit et travesti Saint-Simon, 225, 19
      • Je faisais celui-là [travail], comme on dit, en bonne fortune, et je n'avais voulu communiquer mon projet à personne J.-J. Rousseau, Conf. IX
  4. 4Mauvaise fortune, adversité, suite d'événements fâcheux.

    • Il [le prince de Condé] apprit à l'Espagne trop dédaigneuse quelle était cette majesté que la mauvaise fortune ne pouvait ravir à de si grands princes [les Stuarts exilés] Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Il supporta la mauvaise fortune sans faiblesse, comme il jouit de la bonne sans orgueil Fléchier, Hist. de Théodose, I, 1
  5. 5Il se prend quelquefois pour bonheur.

    • Il est en fortune, il gagne tout ce qu'il veut.

    • Fig. Être en fortune, être en verve, en crédit.

      • Je répondis à tout, car j'étais en fortune Mme de Sévigné, 521
    • En un sens opposé, malheur. Dieu vous préserve de mal et de fortune.

    • Contre fortune bon cœur, c'est-à-dire il faut faire face avec courage contre les accidents que la fortune inflige. On dit aussi sans ellipse : Faites, il fit contre fortune bon cœur.

      • Allons, allons, madame, ne vous affligez point ; contre fortune bon cœur BARON, Coq. et fausse prude, V, 2
    • Terme de pratique. À ses risques, périls et fortune, loc. adv. qui signifie que tous les risques sont mis à la charge de la personne dont il s'agit.

    • Se dit aussi dans le langage ordinaire, avec le même sens.

      • Qu'il est beau de détromper à ses risques et fortunes un indifférent sur des choses qui lui importent ! Diderot, Essai sur la vertu.
      • Ma coutume est de donner mes griffonnages aux libraires, qui les impriment à leurs périls et fortunes Paul-Louis Courier, Lett. II, 24
    • La bonne et la mauvaise fortune, l'une et l'autre fortune, la prospérité et l'adversité.

      • Égal dans les événements de l'une et l'autre fortune Hamilton, Gramm. 5
  6. 6Terme de marine. Fortune de mer, les accidents qui arrivent aux navigateurs, naufrages, tempêtes, pirates, etc.

    • Fortune de vent, gros temps, temps pendant lequel les vents sont forcés.

    • Voile de fortune, voile qui ne se porte que pendant l'orage.

    • Gouvernails, mâts, etc. de fortune, gouvernails, mâts qui ne servent que momentanément.

    • Fortune, nom d'une vergue et d'une voile dont on se sert à bord de certains navires qui ont le gréement des goëlettes.

      • La fortune est une voile carrée attachée sur une vergue qui se hisse, comme la voile de misaine des bâtiments carrés, à la tête et sur l'avant du mât de misaine, JAL
  7. 7La fortune de quelqu'un, ce qui peut lui arriver de bien ou de mal.

    • Me faire la faveur d'assurer particulièrement trois d'entre elles [personnes] que, quelque loin que me jette ma fortune, la meilleure partie de moi-même sera toujours au lieu où elles seront Voiture, Lett. 38
    • Donc, comme à vous servir j'attache ma fortune Corneille, Ment. III, 5
    • Chacun, à ses périls, peut suivre sa fortune Corneille, Perthar. III, 2
    • Jamais il n'a été en ma puissance de concevoir comme on trouve écrit dans le ciel jusqu'aux plus petites particularités de la fortune du moindre homme Molière, Am. magn. III, 1
    • [Le prince de Condé] mande à ses agents dans la conférence [pour la paix des Pyrénées], qu'il n'est pas juste que la paix de la chrétienté soit retardée davantage à sa considération, qu'on ait soin de ses amis, et, pour lui, qu'on lui laisse suivre sa fortune Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Demeurons toutefois pour troubler leur fortune Racine, Andr. II, 1
    • Sa fortune dépend de vous plus que de moi Racine, Brit. II, 4
    • Les biens qu'il avait abandonnés pour suivre la fortune de son maître Hamilton, Gramm. 6
    • Je résolus de m'attacher à elle, de courir sa fortune J.-J. Rousseau, Conf. v.
    • Il se dit aussi des choses. La fortune d'un livre. La fortune des empires.

  8. 8Plus particulièrement, la fortune de quelqu'un, son heureuse fortune, les succès qu'il obtient.

    • Cromwell alors se fit nommer gouverneur d'Irlande ; il partit avec l'élite de son armée, et fut suivi de sa fortune ordinaire Voltaire, Mœurs, 181
    • Soliman envoie le bacha Mustapha assiéger Malte ; rien n'est plus connu que ce siége où la fortune de Soliman échoua Voltaire, Ann. Emp. Maximilien II, 1565
  9. 9Il se dit, au pluriel, des variations du sort, de la destinée.

    • En racontant toutes ses fortunes et tous ses longs voyages D'URFÉ, Astrée, I, 2
    • Je désire seulement d'avoir bientôt l'honneur de vous voir, et que toutes mes fortunes soient tellement jointes aux vôtres, que je ne sois jamais heureux ni malheureux qu'avec vous Voiture, Lett. 35
    • Quoique nous lisions de lui, si faut-il avouer que vos fortunes sont aussi merveilleuses que les siennes Voiture, Lett. 3
    • Il ne manque à vos fortunes que d'avoir été criminelle d'État, et voici que je vous en fais naître une belle occasion Voiture, Lett. 31
    • Il a droit de régner sur les âmes communes,Non sur celles qui font et défont les fortunes Corneille, Att. III, 4
    • Hors de l'ordre commun il nous fait des fortunes Corneille, Hor. II, 3
    • Quant au surplus des fortunes humaines, Les biens, les maux, les plaisirs et les peines.... La Fontaine, Belphégor.
    • Nous parlions des fortunes d'Horace Molière, l'Ét. IV, 6
    • Les fortunes du chevalier de Grammont y furent longtemps diverses dans l'amour et dans le jeu Hamilton, Gramm. 5
    • Jetons la vue sur les fortunes galantes de son altesse, avant la déclaration de son mariage Hamilton, ib. 3
    • Élevé par cette illusion au dernier degré de la gloire, vous vous convaincrez par vous-même de la vanité des fortunes VAUVENARGUES, Médit. sur la foi.
    • À la nécessité soumettons nos fortunes BRIFFAUT, Ninus II, IV, 10
    • On le dit aussi des choses. Cette doctrine a eu des fortunes très diverses.

  10. 10Revers de fortune, accident qui change une bonne situation en une mauvaise.

    • Retour de fortune, vicissitude dans la destinée, dans l'état des choses. Il y a de singuliers retours de fortune.

  11. 11L'état, la condition où l'on est. Se contenter de sa fortune.

    • Il se dit aussi au pluriel.

      • Dans les fortunes médiocres, l'ambition encore tremblante se tient si cachée qu'à peine se connaît-elle elle-même Bossuet, le Tellier.
      • Ô mère, ô femme, ô reine admirable et digne d'une meilleure fortune, si les fortunes de la terre étaient quelque chose ! Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Une grande fortune, une condition élevée.

      • Il n'y a rien qui se soutienne plus longtemps qu'une médiocre fortune ; il n'y a rien dont on voie mieux la fin qu'une grande fortune La Bruyère, VI
    • Chacun est artisan de sa fortune, c'est-à-dire en général nos succès dépendent de nous.

    • Il fut l'artisan de sa fortune, il ne dut qu'à lui ses bons succès.

  12. 12Élévation de quelqu'un dans la condition, le rang, les honneurs, les emplois, les richesses.

    • Les biens de la fortune, les richesses, les honneurs, les emplois.

    • Faire fortune, s'élever haut dans les honneurs, les emplois, les richesses.

      • Faire fortune est une si belle phrase et qui dit une si bonne chose, qu'elle est d'un usage universel La Bruyère, VI
      • Il faut une sorte d'esprit pour faire fortune et surtout une grande fortune ; ce n'est ni le bon ni le bel esprit, ni le grand, ni le sublime, ni le fort, ni le délicat ; je ne sais précisément lequel c'est ; j'attends que quelqu'un veuille m'en instruire La Bruyère, ib.
    • Fig. Faire fortune, en parlant des choses, obtenir du succès, réussir.

      • Depuis la paix, mon vin fait encore plus de fortune en Angleterre qu'en a fait mon livre [l'Esprit des lois] Montesquieu, Correspondance, 61
      • Toutes ces pièces ont été imprimées, leur fortune est faite Diderot, les Saisons.
      • Je puis assurer à Votre Majesté que ces mots précieux à la raison ont fait autant de fortune que son bel éloge de l'impératrice reine D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 30 mars 1781
      • Mot qui courut dans le monde et fit fortune Marmontel, Mém. V
    • Faire la fortune de quelqu'un, le faire parvenir à une position élevée.

      • Cette créature avait fait la fortune de bien des gens Mme de Sévigné, 348
      • Aimez vos domestiques, portez-les à Dieu, faites leur fortune, mais ne leur en faites jamais une grande Mme de Maintenon, Avis à la duch. de Bourgogne.
    • Faire sa fortune, parvenir à une position élevée.

      • Son esprit [du comte d'Estrées] est si fort tourné sur les sciences et sur ce qui s'appelle les belles-lettres, que, s'il n'avait une fort bonne réputation et sur mer et sur terre, je croirais qu'il serait du nombre de ceux que le bel esprit empêche de faire leur fortune Mme de Sévigné, 599
      • Il y a une différence si immense entre celui qui a sa fortune toute faite et celui qui la doit faire, que ce ne sont pas deux créatures de la même espèce Voltaire, Lett. Cideville, 26 sept. 1733
      • Vous qui vous exposez à la plainte importuneDe ceux dont la valeur a fait votre fortune Voltaire, Orphel. IV, 2
    • Homme de fortune, celui qui est parti de petits commencements et s'est élevé soit par son mérite soit par les circonstances.

      • C'était un homme de fortune comme vous Bourdaloue, Carême, I, Pensées de la mort, 16
    • Soldat de fortune, homme de guerre qui s'est élevé des derniers grades aux plus élevés par ses propres efforts.

      • Il ne fit choix, pour un emploi si important et si délicat, que d'un soldat de fortune et par conséquent incapable de lui donner de l'ombrage et de se faire chef de parti VERTOT, Révol. rom. XIV, p. 349
      • Rosen, étranger et soldat de fortune jusqu'à avoir tiré au billet pour maraude Saint-Simon, 25, 32
      • Le duc de Vendôme, parvenu enfin au généralat après avoir passé par tous les degrés depuis celui de garde du roi, comme un soldat de fortune, commandait en Catalogne, où il gagna un combat et il prit Barcelone Voltaire, Louis XIV, 17
      • Dioclétien n'était qu'un soldat de fortune Voltaire, Mœurs, 8
    • Officier de fortune, soldat devenu officier.

      • Les gentilshommes seuls en ont eu l'honneur [d'une affaire politique] ; les officiers de fortune et les bas officiers ont refusé de donner, ayant peu d'envie, disaient-ils, de combattre avec la noblesse, et peu de chose à espérer d'elle Paul-Louis Courier, Lett. particulière.
    • Officier de fortune, s'est dit autrefois des officiers qui vendaient leurs services ou s'engageaient à qui voulait les payer. L'officier de fortune, titre d'un roman de W. Scott.

  13. 13Les grandes fortunes, les personnes élevées par le rang, par les honneurs, les emplois, les richesses.

    • Chacun est jaloux de ce qu'il est.... surtout les grandes fortunes veulent être traitées délicatement ; elles ne prennent pas plaisir qu'on remarque leur défaut Bossuet, Sermons, la Mort, 1
  14. 14Richesses, biens. Jouir d'une grande fortune. Il est sans fortune. Il n'a point de fortune.

    • Si sa fortune était petite,Elle était sûre tout au moins La Fontaine, Fabl. IV, 2
    • Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;La dame de ces biens, quittant d'un œil marriSa fortune ainsi répandue.... La Fontaine, ib. VII, 10
    • Figurez-vous quelle joie ce peut être que de relever la fortune d'une personne que l'on aime Molière, l'Avare, I, 2
    • Un zèle de la justice qui assure la fortune des particuliers Bossuet, le Tellier.
    • Si elle eût eu la fortune des ducs de Nevers ses pères Bossuet, Ann. de Gonz.
    • Une grande puissance ou une grande fortune annonce le mérite et le fait plus tôt remarquer La Bruyère, VI
    • On ne peut mieux user de sa fortune que fait Périandre : elle lui donne du rang, du crédit, de l'autorité La Bruyère, ib.
    • Il arrive, je ne sais par quels chemins, jusqu'à donner en revenu à l'une de ses filles pour sa dot ce qu'il désirait lui-même d'avoir en fonds pour toute fortune pendant sa vie La Bruyère, ib.
    • Triste condition de l'homme et qui dégoûte de la vie ! il faut suer, veiller, fléchir, dépendre pour avoir un peu de fortune, ou la devoir à l'agonie de nos proches La Bruyère, ib.
    • Vous qui ne devez peut-être qu'aux malheurs publics et à des gains odieux ou suspects l'accroissement de votre fortune Massillon, Carême, Aumône.
    • Vous demandez comment on fait ces grandes fortunes, c'est parce qu'on est heureux Voltaire, Jeannot et Colin.
    • Ceux qui avaient partie de leur fortune sur la compagnie des Indes, n'ont qu'à se recommander aux directeurs de l'hôpital ; on a bien raison d'appeler son bien fortune ; car un moment le donne, un moment l'ôte Voltaire, Lett. d'Argental, 2 août 1761
    • Ses agents font des fortunes incroyables Raynal, Hist. phil. III, 37
    • Homme de fortune, homme riche.

      • L'Huillier, homme de fortune, prenait un soin singulier de l'éducation du jeune Chapelle, son fils naturel Voltaire, Vie de Molière.
    • Être mal avec la fortune, être besogneux, n'être pas riche.

      • C'était une des plus belles femmes de la ville, assez magnifique pour vouloir aller de pair avec celles qui l'étaient le plus, mais trop mal avec la fortune pour pouvoir en soutenir la dépense Hamilton, Gramm. 6
    • Faire fortune, gagner de la richesse.

    • Je n'ai que faire d'aller en Hollande, ma fortune est faite, se disait, par raillerie, à un homme faisant beaucoup de promesses.

  15. 15Terme de droit coutumier. Fortune d'or, d'argent, or, argent trouvé dans la terre.

  16. 16Demi-fortune, voy. ce mot à son rang.

  17. 3Ajoutez :

    • Faire la bonne fortune de quelqu'un, d'un ouvrage, assurer son succès (locution vieillie).

      • Rodogune se présente à Votre Altesse avec quelque sorte de confiance, et ne peut croire qu'après avoir fait sa bonne fortune, vous dédaigniez de la prendre en votre protection Corneille, Rod. Epître

Remarque

1. Faut-il dire des bonnes fortunes ou de bonnes fortunes ? J. J. Rousseau, dans l'exemple cité au n° 3, a dit : des bonnes fortunes ; on peut dire en effet ainsi quand on considère la locution comme un seul mot. Mais on peut aussi dire de bonnes fortunes, en considérant bonnes fortunes en deux mots. 2. À propos du vers d'Horace cité au n° 9, Voltaire dit : " Ce mot de fortunes au pluriel ne doit jamais être employé sans épithète : bonnes et mauvaises fortunes, fortunes diverses, mais jamais des fortunes. " Les exemples qui accompagnent celui de Corneille montrent que la remarque de Voltaire est trop étroite.

Étymologie

Bourguig. forteugne ; provenç. espagn. et ital. fortuna ; du lat. fortuna, de fors, sort, rapporté à ferre et à la grande racine sanscrite bhar, porter, produire. Quant au suffixe una, qu'on retrouve dans Neptunus, importunus, on le rapproche du suffixe umnus qui est dans Vertumnus ; ce suffixe mnus n'est lui-même qu'une contraction du suffixe participial menus,

2fortuné, ée adj. (for-tu-né, née)

  1. 1Bien traité de la fortune ou du sort.

    • Ne plaignons plus les disgrâces qui font sa félicité ; si elle avait été plus fortunée, son histoire serait plus pompeuse, mais ses œuvres seraient moins pleines ; et, avec des titres superbes, elle aurait peut-être paru vide devant Dieu Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Le monde, voyant un homme qui a ce qu'il veut, s'écrie avec un grand applaudissement : Qu'il est heureux ! qu'il est fortuné ! Bossuet, Sermons, Providence, 2
    • [ô roi] vivez heureux, fortuné, victorieux de vos ennemis, père de vos peuples ; mais vivez toujours bon et toujours juste Bossuet, Sermons, Jugement dern. 2
    • Plus habile que grand, plus fortuné qu'habile,En triomphant d'un peuple il a vécu tranquille M. J. CHÉN., Tibère, I, 4
    • Substantivement.

      • Pour vous, fortunés du siècle, à qui la faveur, les richesses, le crédit et l'autorité fait trouver la vie si commode.... Bossuet, Panég. Ste Thér. 3
      • Particulièrement. Celui qui a les bonnes grâces d'une dame.

        • Je suis le misérable, et toi le fortuné Molière, Mis. III, 1
        • Oh ! le bon billet, s'écriait-elle [Ninon], qu'a la Chatre ! son fortuné à la fin lui demanda ce que cela voulait dire Saint-Simon, 151, 203
  2. 2Qui a le caractère de la bonne fortune, du bonheur. Siècle fortuné. Région fortunée.

    • Îles Fortunées, ancien nom des îles Canaries.

  3. 3S. f. Fortunée, sorte de poire.

Remarque

Fortuné ne doit pas être employé pour riche ; c'est une faute née de ce que fortune, entre autres significations, a celle de richesse.

Synonymes

FORTUNÉ, HEUREUX. Celui qui est fortuné a reçu les faveurs de la fortune ; celui qui est heureux, jouit du bonheur. Tandis que être heureux se prend dans le sens d'avoir des chances favorables, fortuné n'admet pas cet emploi ; on est heureux au jeu, mais non fortuné. De plus, fortuné signifie à qui tout réussit, et heureux indique plutôt l'état paisible et satisfait de l'âme : un pauvre qui se contente de ce qu'il a peut être heureux ; il n'est pas fortuné.

Étymologie

Bourguig. fortugné ; du latin fortunatus, de fortuna, fortune. Fortuné, dans l'ancien usage, avait aussi bien le sens de malheureux que celui d'heureux, en raison du double sens qu'avait fortune.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander