fouler v. a. (fou-lé)
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1Presser, écraser une chose qui n'oppose guère de résistance. Fouler un lit. Fouler une robe, un bonnet.
Ceux qui foulaient les raisins ne chanteront plus leurs chansons ordinaires
Saci, Bible, Jérémie, XLVIII, 33
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Fouler une cuve, y écraser les grappes de raisin.
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Fouler le drap pour le rendre plus ferme et plus serré.
Défenses de faire fouler au moulin, mais bien au pied et à la main
Arrêt du Parlement, 8 févr. 1694
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Fouler le cuir, lui donner un certain apprêt en le foulant aux pieds dans une cuve.
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Terme de bonnetier. Manier et accommoder la matière avec de l'eau dans la fouloire.
Tous les ouvrages de bonneterie en laine seront foulés à la main, dégraissés avec du savon vert, foulés à deux eaux vives avec du savon de Marseille ou de Gênes...
Règlement, 8 mai 1734
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Terme de chapelier. Manier et préparer le chapeau à force de bras sur la fouloire. Bien fouler le chapeau.
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2Terme de commerce. Fouler le vin, remplir avec de l'eau ce qui fuit des tonneaux pendant le transport.
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3Marcher dessus.
- Que tout meure avec moi ; madame, que m'importeQui foule après ma mort la terre qui me porte ? Corneille, Suréna, I, 3
La terre que je foule est à moi
J.-J. Rousseau, Ém. V- Des prêtres fortunés foulent d'un pied tranquilleLes tombeaux des Catons et la cendre d'Émile Voltaire, Henr. IV
- Là, pesant mes projets, de Néron massacréJe foulais en esprit le corps défiguré LEGOUVÉ, Épichar. et N. I, 3
- Nos chevaux, au soleil, foulaient l'herbe fleurie Alfred de Musset, Poésies nouv. à Alf. T.
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Fig.
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Fouler aux pieds, marcher dessus en appuyant avec les pieds, presque toujours avec le sens du mépris, de la colère, de la vengeance.
Aussitôt ils la jetèrent [Jézabel] par la fenêtre, et la muraille fut teinte de son sang, et elle fut foulée aux pieds des chevaux
Saci, Bible, Rois, IV, 9, 33Il est venu accompagné de ses soldats ; ils m'ont foulé aux pieds et ils ont assiégé ma tente de toutes parts
Saci, ib. Job, XIX, 12Il [l'empereur Othon IV] se faisait, dit-on, fouler aux pieds de ses garçons de cuisine, et fouetter par des moines
Voltaire, Mœurs, 51On vantait la générosité de son cœur [du duc de Guise] ; mais il n'en avait pas donné un grand exemple, quand il foula aux pieds, dans la rue Bétisi, le corps de l'amiral coligni, jeté à ses yeux par les fenêtres
Voltaire, ib. 173La haine du nom chrétien est telle au Japon qu'on n'en approche point aujourd'hui sans fouler le Christ aux pieds
Diderot, Opin. des anc. phil. (Japonais.)- Hennis d'orgueil, ô mon coursier fidèle,Et foule aux pieds les peuples et les rois Béranger, Chant du Cosaque
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Fig. Fouler aux pieds, traiter avec mépris, dédaigner, braver.
- Ils foulent aux pieds les priviléges des mendiants PATRU, Plaidoyer 5, dans RICHELET
Apprends de moi, pécheur, apprends l'obéissance Des sentiments humiliés ; Poudre, terre, limon, apprends de ta naissance À te faire fouler aux pieds
Corneille, Imit. III, 13- Alors foulant aux pieds la discorde et l'envie Corneille, Pomp. III, 5
Leurs rejetons seront réduits en poudre, parce qu'ils ont foulé aux pieds la loi du Seigneur des armées
Saci, Bible, Isaïe, V, 24- Qui foule aux pieds pour vous vos vainqueurs en colère Racine, Andr. III, 8
- Et qui, ne conservant que la figure d'homme,Foulèrent à leurs pieds toutes les lois de Rome Racine, Bérén. II, 2
- J'ai foulé sous les pieds remords, crainte, pudeur Racine, Esth. III, 1
- Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornée...Seule et dans le secret je le foule à mes pieds Racine, Esth. I, 4
- Leur orgueil foule aux pieds l'orgueil du diadème Voltaire, Brutus, I, 3
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4Terme de chasse. Faire battre ou parcourir un terrain par le limier ou par une meute. Fouler une enceinte.
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5Opprimer.
- Que par force le faible est foulé du puissant Régnier, Épit. I
La veuve, l'orphelin, tous ceux qu'on foule ou qu'on opprime
Massillon, Pet. carême, Hum.- Ce colosse effrayant dont le monde est foulé Voltaire, Mort de Cés. III, 5
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Particulièrement. Accabler d'impôts, d'exactions.
- Et sans fouler le peuple en aucune façon Molière, Fâch. III, 3
Les gouverneurs qui l'avaient précédé [Néhémias] avaient beaucoup foulé ce pauvre peuple
Bossuet, Sermons, Ambition, Fragment sur le même sujet
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Fig. et par plaisanterie. C'est un bon prince qui ne foule guère ses sujets, se dit d'un homme doux et pacifique.
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6Blesser par frottement ou par tiraillement. La selle foule ce cheval. Il ne faut rien pour fouler le pied à un cheval.
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7Terme de chasse. Fouler la bête, se dit des chiens quand ils mordent l'animal après l'avoir renversé. Ce chien a beaucoup d'ardeur pour fouler le cerf.
Les chiens n'ont nulle ardeur pour fouler le loup, et répugnent si fort à manger de sa chair, qu'il faut la préparer et l'assaisonner lorsqu'on veut leur en faire curée
Buffon, Loup.
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Il se dit aussi des chiens auxquels on abandonne la bête. Laisser fouler le cerf aux chiens.
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8Distendre une articulation, la contondre. Cette chute m'a foulé le poignet.
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Se fouler, fouler à soi. Il s'est foulé le pied en tombant.
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Fig. et populairement. Il ne se foule pas la rate, il ne se donne ni mal ni peine.
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9V. n. Exercer une action de pression. On feutre en foulant.
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Terme d'impression. Il se dit de l'action de la presse sur les feuilles. Cette presse foule également.
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10Se fouler, v. réfl. Être pressé, serré par la foule. On s'est beaucoup foulé à la sortie du spectacle.
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Fig. et familièrement. Il ne se foule pas, il ne se donne pas beaucoup de peine. Je pense faire ce travail en deux jours sans me fouler.
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Éprouver une foulure. Mon genou s'est foulé dans la chute.
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Étymologie
Wallon, foler, marcher sur ; provenç. folar, follar ; espagn. hollar ; ital. follare ; d'un radical latin full, qui se trouve dans fullo, foulon, et dans fulcire, appuyer. C'est par une dérivation facile que de fouler, serrer, presser, on a tiré foule, presse de gens.