fourrer v. a. (fou-ré)
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1Garnir, doubler de fourrure. Fourrer un manteau d'hermine.
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2Terme de monnayage. Couvrir avec des lames d'or et d'argent soudées par les bords un flan qu'on passe ensuite dans les fers pour le monnayer. Fourrer une médaille.
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3Terme de construction. Garnir de plâtre et de tuileau le dessous des faîtières pour les affermir.
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4Terme de marine.
Envelopper une corde quelconque de bandes de toile goudronnée et de tresses, ou seulement de tours pressés et serrés de bitord ou de fil caret pour la garantir du frottement
JAL
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5Donner avec excès, sans discrétion (comme si on garnissait outre mesure de ce qui enveloppe). Elle lui fourre toujours à manger. Cette mère fourre toujours en cachette de l'argent à son fils.
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6Mettre dans un endroit creux, caché (comme qui dirait mettre dans un fourreau). Fourrez cela dans votre poche. Il aura fourré cela dans un coin.
Fourre-lui encore les cinq cents autres guinées dans sa valise
Voltaire, Écoss. V, 1
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Fig. Il a bien fourré de la paille dans ses souliers, il s'est beaucoup enrichi.
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Fig. et populairement. Fourrer tout dans son ventre, dissiper ce qu'on a en bombances.
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7Introduire, mettre dans (sens qui dérive du sens précédent). Fourrer son bras dans un trou.
Il laisse fourrer aux grâces Des fleurs sous son capuchon
Béranger, Ermite.
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Fig. et familièrement. Fourrer son nez où on n'a que faire, se mêler indiscrètement de quelque chose.
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On dit de même : fourrer son nez partout.
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Fourrer en prison, emprisonner.
J'ai une aversion mortelle pour la prison ; je suis malade ; un air enfermé m'aurait tué ; on m'aurait peut-être fourré dans un cachot
Voltaire, Lett. d'Argental, avril 1734Eh bien, monsieur, si vous aviez été ministre à Constantinople, au lieu de l'être à la Haye, vous auriez donc été fourré aux sept tours ?
Voltaire, Lett. Voronzof, 26 fév. 1769Le clergé, remis en train, En prison pourrait peut-être Fourrer l'auteur du Lutrin
Béranger, Muse en fuite.
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Fig. Fourrer dans l'esprit, mettre dans l'esprit.
Le diable lui fourrait dans l'esprit ce qu'il y avait de plus sensible
Hamilton, Gramm. 3Qu'on me dise qui diable lui a fourré dans la tête de ne plus vouloir prendre leçon de don Bazile ?
BEAUMARCHAIS, Barb. de Sév. III, 1
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Fourrer une chose dans la tête, dans l'esprit de quelqu'un, la lui faire comprendre. On ne peut rien lui fourrer dans la tête.
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Fourrer dans l'esprit, infatuer d'une chose. Qui a pu lui fourrer cette sotte idée dans l'esprit ?
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Se fourrer dans la tête, dans l'esprit, s'obstiner, s'infatuer.
Quelle créature il s'était fourrée dans la tête pour en faire sa femme
Hamilton, Gramm. 9
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8Introduire quelqu'un dans une maison, dans une administration, l'engager dans une affaire. On l'a fourré dans les compagnies des chemins de fer.
On aurait beaucoup mieux fait de prendre ce parti que d'aller fourrer mal à propos la fille de M. le duc de Luxembourg dans des querelles de comédie
Voltaire, Lett. Thiriot, 7 juill. 1760
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9Insérer, et surtout insérer mal à propos. Il fourre toujours du latin dans ses discours.
Les protestants, qui fourrent partout, si l'on me permet de parler ainsi, leur synecdoche [au sujet de la communion sous les deux espèces]
Bossuet, Déf. de la trad. sur la communion, II, 33Que Merlin ne fourre pas mon nom à la bagatelle que je lui ai donnée
Voltaire, Lett. Damilaville, 2 oct. 1767On m'apprend qu'il a fourré une lettre de moi dans le Mercure ; je ne sais si c'est celle dont je vous parle
Voltaire, Lett. d'Argental, 20 juin 1767Ce peintre n'a que deux ou trois têtes qui roulent dans la sienne et qu'il fourre partout
Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 109
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10Se fourrer, v. réfl. Se vêtir de fourrures ou chaudement. Il s'est bien fourré.
Y voit-on des savants en droit, en médecine, Endosser l'écarlate et se fourrer d'hermine ?
Boileau, Sat. VIII
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11Se mettre, se placer.
Ah ! traître que tu es, où t'es-tu donc allé fourrer ?
Molière, Avare, II, 1Plus de place, tout de force et de nécessité ; on se fourrait où on pouvait
Saint-Simon, 51, 109- Le diable se fourre partout depuis longtemps Voltaire, Lett. la Harpe, 25 fév. 1771
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Fig. Il cherche quelque trou où se fourrer, se dit d'un homme qui cherche quelque emploi, quelque condition.
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Il est si honteux qu'il ne sait où se fourrer, ou qu'il se fourrerait dans un trou de souris, se dit d'un homme plein de confusion pour quelque chose qu'il a dit ou fait.
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12Fig. S'introduire, s'entremettre.
On s'est imaginé que je me fourrerais étourdiment parmi tout le monde
Voiture, Lett. 28Vous êtes un sot de venir vous fourrer où vous n'avez que faire
Molière, Méd. m. lui, I, 2Ces gens-là se fourrent partout
Hamilton, Gramm. 11Avec ces talents et d'autres plus cachés, utiles à la galanterie, il [la Vauguyon] se fourra chez Mme de Beauvais
Saint-Simon, 14, 158J'avais peine à concilier cette grande simplicité avec le désir et l'art qu'il avait de se fourrer partout, chez les grands, chez les femmes, chez les dévots, chez les philosophes
J.-J. Rousseau, Conf. X
Étymologie
L'ancien français fuere, qui signifiait fourreau, enveloppe (voy. FOURREAU) ; de sorte que fourrer est proprement garnir d'une enveloppe, d'un fourreau, sens dont on voit de bons exemples à l'historique de fourrure ; puis, comme un fuere ou fourreau est creux, fourrer a pris le sens de mettre dans, faire pénétrer ; au reste ce sens ne paraît qu'au XVIe siècle ; bourguig. forrai ; provenç. folrar ; espag. forrar ; ital. foderare. Ce mot avait aussi dans l'ancien français le sens de fourrager : En ce sens il vient de fuerre, feurre, foare, paille ; aller en feurre, voulait dire fourrager.