Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

frère dans le Littré

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frère s. m. (frê-r' ; d'après Chifflet, Gramm. p. 190, on prononçait frére)

  1. 1Celui qui est né du même père et de la même mère, ou seulement de l'un des deux. Frère aîné. Frère cadet. Frère puîné.

    • Fig. Celui qui a les sentiments d'un frère.

    • Dans le droit romain, par le mot frère au pluriel, on entendait aussi les sœurs : les deux frères Lucius et Titia.

    • Frères jumeaux, ceux qui sont nés d'un même accouchement.

    • Frère de père et de mère ou frère germain, celui qui est né du même père et de la même mère qu'une autre personne.

    • Frère de père ou frère consanguin, celui qui n'est frère d'une autre personne que du côté paternel.

    • Frère de mère ou frère utérin, celui qui n'est frère d'une autre personne que du côté maternel.

    • Demi-frère, frère qui ne l'est que de père ou de mère, et non de père et de mère.

    • Frère naturel, frère bâtard, celui qui est frère, mais n'est pas né en légitime mariage. On dit dans le même sens familièrement : frère du côté gauche.

    • Frère par adoption ou frère adoptif, celui qui a été adopté par le père naturel ou légitime d'une autre personne.

    • Frère de lait, le fils de la nourrice par rapport au nourrisson, et réciproquement.

    • Beau-frère, voy. BEAU-FRÈRE.

    • Titre que les rois, les empereurs de la chrétienté se donnent entre eux en s'écrivant, et en parlant l'un de l'autre.

      • Mon frère Charles XII fait l'Alexandre, mais il ne trouvera pas en moi un Darius [paroles du czar Pierre] Voltaire, Russie, I, 16
  2. 2Par extension. Terme d'amitié.

  3. 3Se dit de tous les hommes comme liés par des sentiments de bienveillance, de fraternité, en tant que fils d'Adam, et qu'appartenant tous au genre humain.

    • Voltaire l'a dit des animaux, dans le système de la métempsycose.

      • Il redemanda à son compagnon.... si on mangeait du bon roast-beef dans le pays des Gangarides ; le voyageur lui répondit avec sa politesse ordinaire qu'on ne mangeait point ses frères sur les bords du Gange ; il lui expliqua le système qui fut, après tant de siècles, celui de Pythagore Voltaire, Princ. de Babyl. 8
  4. 4Se dit plus particulièrement des chrétiens, considérés comme tous enfants de Dieu par le baptême. Tous les chrétiens sont frères en Jésus-Christ. Mes frères, dit un prédicateur qui commence un sermon.

  5. 5Frère d'armes, camarade de guerre.

    • Frères d'armes se disait spécialement de deux chevaliers qui, ayant contracté une alliance d'armes, se promettaient de se secourir réciproquement, et se donnaient le nom de frères.

  6. 6Dans le style familier. Un bon frère, un homme qui n'abandonne pas ses compagnons.

  7. 7Fig. Il se dit des choses qui ont une certaine communauté. Le droit et le devoir sont frères. Les anciens poëtes disaient le sommeil frère de la mort.

  8. 8Titre que se donnent les religieux. Le frère Pacôme. Frère Antoine.

    • Frappé de cette idée, il se fit capucin sous le nom de frère Ange Voltaire, Henr. IV, Note
    • Au plur. Titre qui se joint au nom de certains ordres. Les frères de la doctrine chrétienne.

      • Frères mineurs, les religieux de l'ordre de Saint-François ; frères prêcheurs, ceux de l'ordre de Saint-Dominique.

      • Frères de la charité, religieux qui ont été établis par Jean Devora, Portugais, qui sont habillés de gris et qui se consacrent au service des pauvres.

      • Frère lai, frère convers, religieux qui n'est point dans la cléricature et qui n'est dans les couvents que pour y vaquer aux œuvres serviles. On dit aussi dans le même sens frère servant.

      • Dans l'ordre de Malte, frère servant ou chevalier servant, celui qui, entrant dans l'ordre sans faire preuve de noblesse, était d'un rang inférieur à celui des autres chevaliers.

  9. 9Les membres d'une même société. Trahir ses frères.

    • Un faux frère, celui qui trahit ses associés.

      • Je dirai bien à Mme de Montespan qu'il y a de faux frères Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Coulanges, 5 fév. 1675
      • L'on ne s'aperçut point que pendant tout ce temps-là il y eut parmi elles de fausses sœurs, comme il y a souvent de faux frères dans les corps les plus respectables SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuv. t. IV, p. 273, dans POUGENS
    • Membre de l'association des francs-maçons.

    • Les frères, nom que se donnaient les philosophes du XVIIIe siècle, les encyclopédistes, pour signifier les communautés d'opinion qui les unissaient.

      • Mille respects à Mme du Deffant ; comptez qu'il y a peu de femmes qui aient autant d'esprit qu'elle ; il faut qu'elle aime les frères de tout son cœur, et comme je vous aime Voltaire, Lett. à d'Alembert, 17 nov. 1760
    • Frère est aussi un titre que se donnaient les Jacobins pendant la Révolution.

    • On a dit aussi quelquefois en un sens analogue, en raison de la communauté de guerres et de fortunes : Les Français et les Polonais sont frères.

  10. 10Les frères de Bohême, secte chrétienne, qui se prétend descendue des thaborites, et qui se sépara des calixtins.

    • Frères polonais, les sociniens de Pologne.

    • Frères moraves, voy. HERNUTES.

  11. 11Terme de pêche. Frères, les pieux qui forment le corps ou le tour de la paradière.

  12. 12Terme d'alchimie. Frères estropiés, les métaux imparfaits.

  13. 13

    • En Normandie, membre d'une frairie ou charité, c'est-à-dire d'une confrérie établie pour rendre les derniers devoirs aux morts H. MOISY, Noms de famille normands, p. 144

Étymologie

Berry, mon frée, mon frère ; provenç. fraire, fratre ; anc. catal. frare ; espagn. mod. fraile ; ital. frate ; du lat. frater ; allem. Bruder ; angl. brother ; bas-bret. breûr ; sanscr. bhrâtar, frère, proprement celui qui porte, qui soutient la sœur, du radical bhar, porter.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander