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un seul est le mot juste.

froid dans le Littré

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1froid, oide adj. (froi, froi-d')

  1. 1Qui n'a pas de chaleur. Climat froid. Les pays froids. Bain froid. Une sueur froide. Vent froid. Il a les mains froides.

  2. 2Qui ne garantit pas du froid. Vêtement froid. Habitation froide.

  3. 3Refroidi. Ce potage est froid.

    • Déjeuner froid, déjeuner où l'on ne sert que des mets froids.

    • Viandes froides, viandes préparées pour être mangées froides. La langue fourrée, le jambon sont des viandes froides.

  4. 4Qui atténue, corrige la chaleur animale. Les quatre semences froides, les semences de concombre, de melon, de citrouille et de courge, auxquelles on attribuait la propriété de rafraîchir le corps.

    • Qui détruit la chaleur animale. Il y a des poisons froids.

    • Humeurs froides, nom vulgaire des scrofules.

    • Terme de jurisprudence. Homme froid, homme impuissant, mais qui n'est tel ni par la vieillesse, ni par aucune maladie passagère.

    • Par extension. Froid, peu porté aux plaisirs de l'amour.

    • Qui n'a pas beaucoup de chaleur animale. Animaux à sang froid.

  5. 5Fig. Qui ne s'émeut pas, en raison d'un tempérament flegmatique. C'est un homme froid.

    • Ho ! ho ! les grands talents que votre esprit possède ! Dirait-on qu'elle y touche avec sa mine froide ? Molière, Dép. am. II, 4
    • Celui-là [Turenne] d'un air plus froid, sans avoir jamais rien de lent Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Il est froid comme un landier, il est très froid.

    • Chez le cheval, épaules froides, épaules qui semblent collées au corps, et retardent la marche de l'animal. On les appelle aussi chevillées, mot qui exprime une immobilité plus complète encore.

  6. 6Qui ne s'émeut pas, en raison du calme, de la force de l'âme. La froide raison.

    • Être froid dans le péril La Bruyère, X.
    • Vous savez qu'il faut qu'un général ait la tête froide et le cœur chaud Voltaire, Lett. Morangiès, 30 oct. 1772
    • Une tête froide, un homme sage et calme qui ne s'échauffe pas facilement ni sans motif.

    • On dit dans le même sens : un esprit froid.

    • Sang-froid, voy. SANG.

  7. 7Qui n'a pas ou qui a peu de chaleur morale. Cœur froid. Il resta froid à ce spectacle.

    • La chute de saint Pierre n'arriva point pour avoir été froid envers Jésus-Christ Pascal, Prov. 3
    • Toutes les autres choses nous pressent et nous embarrassent ; il n'y a que pour le salut que nous sommes froids et languissants Bossuet, Panég. St Bernard, 1
    • Les âmes froides et languissantes comme les nôtres ne comprennent pas les discours qui sont pleins d'une ardeur si divine Bossuet, 2e panég. St Fr. de Paule, 2
    • Ce souvenir peut-il vous laisser froid et insensible ? Massillon, Carême, Prière 1
    • Une nation qui avait laissé mourir Frédégonde dans son lit, devait être bien froide sur les crimes de Brunehault Montesquieu, Esp. XXXI, 1
    • Être raisonnable et froid, c'est presque tout un ; cela n'est pas à l'honneur de la raison Voltaire, Lett. d'Argenson, 26 janv. 1740
    • Les vertus purement morales sont froides par essence Chateaubriand, Génie, II, II, 12
    • Orateur froid, orateur dont l'action n'est point animée, qui ne touche point ses auditeurs, et qui ne paraît pas lui-même touché.

    • Imagination froide, imagination dépourvue de chaleur, d'activité, d'énergie.

    • Un auteur froid, un auteur qui n'émeut pas son lecteur.

    • Un acteur froid, un acteur qui n'émeut pas son public.

    • Des raisons froides, des raisons qui ne partent pas d'un esprit touché.

      • Voilà les froides raisons pour lesquelles ils méprisent les enseignements que nous leur donnons de la part de Dieu Bossuet, 1er sermon, dim. de la Passion, préambule.
      • Elle méprisait ces froides et dangereuses fictions [les romans] Bossuet, Duch. d'Orl.
  8. 8Qui n'a pas de zèle à servir. Un ami froid.

  9. 9Qui a réserve, froideur, éloignement. Il est bien froid aujourd'hui avec vous. Faire froide mine à quelqu'un.

    • Faire le froid, ne témoigner aucun empressement pour...

      • Quand nous avons quelque différend, ma sœur et moi, si je fais la froide et l'indifférente, elle me recherche ; si elle se tient sur son quant à moi, je vais au-devant La Fontaine, Psyché, II, p. 140
    • En parlant des choses, qui témoigne réserve, froideur, éloignement. Cet homme a l'abord froid. Sa réponse fut froide.

    • Faire froid à quelqu'un, lui faire mauvaise mine, mauvais accueil.

      • Pourquoi me faire froid et vous plaindre de ce qui m'est échappé sur quelques jeunes gens qui peuplent les cours ? La Bruyère, XII
    • On dit dans le même sens et plus souvent aujourd'hui : battre froid à quelqu'un.

      • Il battit froid aux autres LE SAGE, Gil Blas, IX, 2
    • Absolument. Battre froid, recevoir quelque communication d'une manière qui montre qu'on n'est pas disposé à l'accueillir.

      • Harcourt, qui se défiait toujours de la sœur de l'impératrice, battit froid Saint-Simon, 77, 254
  10. 10Qui marque une profonde insensibilité. Une froide barbarie. Une haine froide et réfléchie.

  11. 11Terme de littérature. Qui n'a rien d'animé, qui manque d'expression. Cette tragédie est froide. Ce poëme est monotone et froid.

    • Une froide raillerie, une raillerie qui n'a rien de piquant.

      • Je pris d'abord ce discours instructif pour une froide raillerie ; c'était pourtant la vérité pure Voltaire, Polit. et législ. Diatribe à l'aut. des Éphém.
    • Style froid, style qui ne produit aucun effet sur les âmes.

      • Le style froid vient tantôt de la stérilité, tantôt de l'intempérance des idées, souvent d'une diction trop commune, quelquefois d'une diction trop recherchée Voltaire, Dict. phil. Froid.
  12. 12Terme de peinture, de sculpture, etc. Qui manque de vie et de chaleur. Ce dessin est correct, mais il est froid.

    • Le tableau de la famille de Darius, peint par Mignard, est très froid en comparaison du tableau de Lebrun, parce qu'on ne trouve point dans les personnages de Mignard cette même affliction que Lebrun a si vivement exprimée sur le visage et dans les attitudes des princesses persanes Voltaire, Dict. phil. Froid.
    • On dit qu'un morceau de poésie, d'éloquence, de musique, un tableau même est froid, quand on attend dans ces ouvrages une expression animée qu'on n'y trouve pas Voltaire, ib.
    • Tons froids, tons qui manquent d'éclat. Des couleurs froides. Un coloris froid et monotone.

  13. 13À froid, loc. adv. Sans être échauffé. Forger un fer à froid. Infuser à froid.

    • Fig. À froid, sans émotion, sans passion, sans emportement. Faire de l'enthousiasme, de la colère à froid, sans verve, ni passion réelle.

      • Rien ne révolte plus que des personnages qui parlent à froid de leurs crimes Voltaire, Lett. d'Argental, 19 janv. 1741
    • Battre à froid, se dit des métaux, et surtout du fer qu'on travaille sur l'enclume sans le chauffer à la forge.

    • Fig.

      • Lucius par ces additions de pièces battues à froid et hors de propos aura gâté son premier jet Paul-Louis Courier, Préf. de la trad. de la Luciade.
    • Terme de teinturier. Donner une couleur à froid, teindre à froid, teindre sans feu, ne point faire passer les étoffes par un bain chaud.

  14. 14Marché froid, marché où il se fait peu d'affaires.

    • Les arrivages de l'Inde.... et la belle apparence de la récolte de betteraves laissent le marché froid Journ. offic. 19 août 1872, p. 5596, 3e col.
  15. 15En Normandie, chambre froide, chambre où il n'y a pas de cheminée, par opposition à chambre à feu.

    • Une maison.... composée.... au premier d'une chambre à feu, d'une chambre froide, et d'une autre chambre à feu donnant sur le jardin l'Avranchin, 18 mai 1873, aux Annonces

Étymologie

Berry, fred ; provenç. freg, frey ; catal. fred ; espagn. et portug. frio ; ital. freddo, du latin frigidus, de frigus, le froid. Comparez le grec ῥῖγος, auquel se rattache aussi rigor, rigidus ; comparez encore le grec φρίσσω, se hérisser, l'allemand frieren, avoir froid, ancien haut allemand fruisan.

2froid s. m. (froi, le d ne se lie pas dans la conversation ; au pluriel, l's se lie : des froi-z excessifs ; Vaugelas recommande de prononcer freid ; et Chifflet, Gramm. p. 201, dit que plusieurs prononcent ainsi)

  1. 1Manque de chaleur, sensation que fait éprouver toute déperdition de calorique. Sentir du froid. Avoir froid aux mains. J'ai froid, faites du feu. Le froid de l'eau, de la glace, du marbre.

    • Mettre un liquide hors le froid, faire qu'il ne soit plus froid sans être chaud.

    • Prendre froid, avoir un refroidissement Ote-toi de cette fenêtre, tu prendras froid.

    • Cette locution, reçue dans le langage usuel, a été condamnée par les puristes, qui ont dit qu'il fallait avoir froid. Mais avoir froid et prendre froid ne sont pas synonymes ; avoir froid, c'est éprouver la sensation du froid ; prendre froid, c'est se refroidir d'une manière nuisible à la santé.

    • Souffler le chaud et le froid, souffler de manière que le souffle qui sort de la bouche est, à volonté, chaud ou froid ; quand on souffle doucement, la main près de la bouche, l'haleine paraît chaude à la main ; quand on souffle fort, la main s'éloignant, l'haleine paraît froide.

      • Ne plaise aux dieux que je couche Avec vous sous même toit ! Arrière ceux dont la bouche Souffle le chaud et le froid ! La Fontaine, Fabl. v, 7
    • Fig. Souffler le froid et le chaud, approuver et blâmer, être tour à tour d'avis contraire.

    • Familièrement. Cela ne fait ni froid ni chaud, cela ne sert ni ne nuit.

    • Cela ne lui fait ni chaud ni froid, se dit d'une personne qui reste indifférente sur une affaire.

    • Je n'ai jamais senti ni froid ni chaud pour vous, ni amour, ni haine.

    • Populairement. Il n'a pas froid aux yeux, c'est un homme brave et résolu (c'est-à-dire il a les yeux ardents, pleins de feu, ce qui dénote le courage, la résolution).

    • Faire froid, battre froid, voy. FROID 1, n° 9.

  2. 2Dans l'ancienne physique, une des qualités élémentaires qui constituaient les choses.

    • Plutôt on verra le froid et le chaud cesser de se faire la guerre, que les philosophes convenir entre eux de la vérité de leurs dogmes Bossuet, 2e sermon, quinquagés. I
  3. 3Particulièrement. Basse température. Le froid de l'hiver. Un froid cuisant, pénétrant, âpre. S'habituer au froid. La violence du froid produit l'effet du feu.

    • Tant de degrés de froid, se dit du nombre de degrés au-dessous de 0 dans le thermomètre.

      • Ce fut au travers de vingt-six degrés de froid que nous atteignîmes, le 4 décembre, Bienitza Ségur, Hist. de Nap. XI, 12
    • Familièrement. Un froid noir, le froid d'un temps sombre.

    • Il fait froid, la température est froide.

    • Il se dit aussi en ce sens au pluriel. Les froids de cette année. Les froids du printemps ont fait du mal à la vigne.

  4. 4Poétiquement. Ce qui est comparé au froid des hivers.

  5. 5Refroidissement du corps, par l'effet d'une cause corporelle ou morale.

  6. 6Air sérieux et sévère. Il est d'un froid glacial.

  7. 7Indifférence.

  8. 8Mésintelligence, mécontentement. Il y a du froid entre eux.

    • Eh bien ! monsieur, la façon dont nous sommes ensemble depuis six semaines, le froid que je vous marque.... COLLÉ, Part. de chasse, I, 6
  9. 9Manque de chaleur et de vie dans les ouvrages d'esprit. Cela jette du froid sur cette scène.

    • Si l'auteur ou l'acteur d'une tragédie ne le sait pas émouvoir [le spectateur] et le transporter de la passion qu'il veut exprimer, où tombe-t-il, si ce n'est dans le froid, dans l'ennuyeux, dans le ridicule ? Bossuet, Comédie, 4
    • Dangereux modèles, propres à faire tomber dans le froid La Bruyère, I
    • Des chansons en quatre points Le froid nous désole Béranger, Gaudriole.
    • Dieu donne le froid selon la robe : de tous les maux que je pouvais avoir, j'ai eu précisément le moins périlleux Mme de Sévigné, 15 mars 1676

Étymologie

Besançon, freid ; Berry, fret, la fret, le froid ; norm. la fred ; environs de Paris, la frei ; provenç. freg, freit ; catal. fred ; espagn. et portug. frio ; ital. freddo ; du lat. frigidum (voy. FROID 1).

Supplément

2. FROID. - REM. La locution : cela ne lui fait ni chaud ni froid, se trouve dès le XIVe siècle : Voy. aussi la même locution dans le XVe siècle à l'historique de FROID 1.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander