frustrer v. a. (fru-stré)
-
1Priver quelqu'un de ce qui lui est dû, de ce qui lui doit revenir, de ce qu'il espère.
Vous lui avez accordé le désir de son cœur, et vous ne l'avez point frustré de la demande de ses lèvres
Saci, Bible, psaume XX, 3Comment puis-je faire, s'il vous plaît, pour lui donner mon bien et en frustrer mes enfants ?
Molière, Mal. imag. I, 9Ésaü, qui, pour contenter seulement une fois la faim qui le poussait, vendit son droit d'aînesse, et fut par là frustré de la bénédiction de son père
Bourdaloue, Myst. Ascens. t. I, p. 420Mme la duchesse d'Enville et Mme Geoffrin ne doivent pas être frustrées des éloges dus à leur générosité
Voltaire, Lett. Beaumont, 13 avr. 1765Je pourrais mettre en ligne de compte les banqueroutes et la justice qui s'empare des biens des banqueroutiers pour en frustrer les créanciers
Voltaire, Candide, 4
-
Par extension.
Cette présence de Jésus-Christ ne pouvait être frustrée de tous les avantages qui l'accompagnaient
Bossuet, Var. VI, § 32
-
Fig. Tromper.
Frustrer l'espoir
Rotrou, Bélis. V, 8Hélas ! elle a bien frustré notre attente
Pascal, Prov. 3Ce n'est pas qu'un vent survenant ne puisse frustrer ces conjectures [fournies par le baromètre]
Pascal, Fragment, sect. 3J'espère que je ne serai pas frustré dans mon attente
Bossuet, Lett. 126Dites que toutes ces choses dont tous les théâtres retentissent n'excitent les passions que par accident, pendant que tout crie qu'elles sont faites pour les exciter, et que, si elles manquent leur coup, les règles de l'art sont frustrées, et les auteurs et les acteurs travaillent en vain
Bossuet, Comédie, 4
-
2Se frustrer, v. réfl. Se priver.
Il se frustra lui-même de tout ce que lui avait préparé, avant qu'il fût en place, une avarice ingénieuse et inventive dont il pouvait assez innocemment recueillir le fruit
Fontenelle, Fagon.
Étymologie
Prov. frustar, frustrar ; du lat. frustrari, frustrer (voy. FRUSTRANÉ, dont le radical est le même).