fuir (fuir)
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1V. n. Se soustraire hâtivement à un péril, à une menace, à quelque chose ou à quelqu'un. Fuir de son pays. Fuir hors de sa patrie.
Il fuit, lui qui, toujours triomphant et vainqueur, Vit ses prospérités égaler son grand cœur, Il fuit....
Corneille, Pomp. I, 1- Il fuit pour mieux combattre Corneille, Hor. IV, 2
- Prince, il est temps de fuir quand on se défend mal Corneille, Œdipe, II, 4
- Enfin je l'ai fait fuir, et sous ce traitementDe beaucoup d'actions il a reçu la peine Molière, Amph. I, 2
- Sa fierté l'abandonne, il tremble, il cède, il fuit Boileau, Lutr. V
- Le roi vient ; fuyez, prince, et partez promptement Racine, Phèdre, V, 1
- Quiconque ne sait pas dévorer un affront....Loin de l'aspect des rois, qu'il s'écarte, qu'il fuie Racine, Esth. III, 1
Fuyez dans l'instant même, ou l'on va vous arracher la vie
Voltaire, Zadig, 8Charles le Téméraire périt devant Nancy, trahi par le Napolitain Campo Basso, et tué, en fuyant après la bataille, par Bausemont, gentilhomme lorrain
Voltaire, Ann. Emp. 1477Fuyons ensemble au fond des forets ; il vaut encore mieux se fier aux tigres qu'aux hommes
BERN. DE ST PIERRE, Chaum. indienne.Ce repos [dans une ville] et la honte de paraître fuir enflammèrent son imagination [de Napoléon] ; on l'entendit dicter des ordres...
Ségur, Hist. de Nap. IX, 12
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Quitter son pays, s'éloigner. Ce coup d'État, cette révolution a fait fuir bien des citoyens.
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Terme de chasse. Fuir, aller fuyant, galoper, courir, en parlant du daim, du cerf, etc.
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Terme de marine. Fuir devant le temps, fuir vent arrière, se dit d'un bâtiment qui, pris par un très gros temps, court avec une très grande vitesse en se laissant aller au vent. Fuir à cordes et à mâts, courir sans aucune voile dehors.
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Fuir, construit avec en, voy. ENFUIR, à la remarque.
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2S'éloigner de, s'écarter de.
- Où fuirais-je de vous après tant de furie ? Corneille, Rodog. V, 4
Fuis plutôt de ses yeux, fuis de sa violence ; à ses premiers transports dérobe ta présence
Corneille, Cid, III, 1- Quel malheureux destin vous conduit à présentDedans cette vallée effroyable et profonde,Où, pour fuïr de vous, je fuis de tout le monde ? RACAN, Berger. IV, 3
- Je sais qu'il nous faut tous fuir de ces objetsQui laissent dans nos cœurs l'impression du vice RACAN, Psaume C.
- Tout fuit, tout se refuse à mes embrassements Racine, Phèdre, III, 5
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Fig.
Il semble pourtant que, si Corneille avait voulu choisir des sujets plus dignes du théâtre tragique, il les aurait peut-être traités convenablement ; il aurait pu rappeler son génie qui fuyait de lui, on en peut juger par le début de Pulchérie
Voltaire, Comment. sur Corn. Rem. Pulchérie, Préf.
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3Fig. Éluder, différer, échapper à une conclusion. Je ne puis terminer avec cet homme ; il fuit toujours.
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4En parlant des choses, passer, s'éloigner rapidement.
- Pareille à ces éclairs qui, dans le fort des ombres,Poussent un jour qui fuit et rend les nuits plus sombres Corneille, Hor. III, 1
- Que d'yeux étincelants, sous d'horribles paupières,Mêlent au jour qui fuit d'effroyables lumières ! Corneille, Tois. d'or, III, 5
Je m'en vais, je suis emporté par une force inévitable ; tout fuit, tout diminue, tout disparaît à mes yeux
Bossuet, Duch. d'Orl.- Quand pourrai-je au travers d'une noble poussièreSuivre de l'œil un char fuyant dans la carrière ? Racine, Phèdre, I, 3
- Au seul son de sa voix la mer fuit, le ciel tremble Racine, Esth. I, 3
Sa patrie semble fuir devant lui
Fénelon, Tél. ILe port semblait fuir derrière nous
Fénelon, Tél. II
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Terme de menuisier. Outil qui fuit, outil échappant à la main qui ne le tient pas assez ferme en le poussant.
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5Il se dit du temps qui s'écoule rapidement. L'hiver a fui.
- Hâtons-nous, le temps fuit et nous traîne avec soi Boileau, Épître III
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6Ne pas échoir. Cette succession ne peut lui fuir.
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7Fuir de, avec un infinitif, avoir de la répugnance pour, éviter de....
Et fuirai, tant que je pourrai, de parler à lui
D'URFÉ, Astrée, I, 9- Et, bornant tes désirs à ces dons éternels,Fuis d'être connu des mortels Corneille, Imit. I, 8
- Si votre âme les suit et fuit d'être coquette Molière, Écol. des f. III, 2
- Prince, je monte au trône ; et vous m'abandonnez !Fuir d'en être témoin, est-ce chérir ma gloire ? Thomas Corneille, Antioch. I, 3
La véritable vertu ne fuit pas toujours de se faire voir, mais jamais elle ne se montre qu'avec sa simple parure
Bossuet, Sermons, Honneur, 3Il fuyait d'entendre les vérités dont il eût eu droit de se glorifier
Bourdaloue, 4e dim. après Pâq. Dominic. t. II, p. 168
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Fuir à, avec un infinitif, éviter de ; locution qui a vieilli.
- Ne désire donc pas, fuis même à regarderTout ce que sans péché tu ne peux posséder Corneille, Imit. III, 27
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8Se dérober sous les pas.
Le terrain qu'ils traversèrent fuyait sous leurs pas
Mme de Staël, Corinne, XIII, 1
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9Terme de peinture. Il se dit des parties du tableau qui paraissent s'enfoncer dans le lointain. Ce fond fuit très bien.
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Par analogie. Le front du nègre fuit en arrière.
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Terme de marine. La côte fuit dans telle aire de vent, son gisement a la direction de cette aire de vent.
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10Il se dit d'un vase ou tonneau qui laisse échapper le liquide. Le tonneau fuit.
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11V. a. Éviter par crainte ou par aversion, se soustraire à.
On ne vous oblige pas à fuir le monde en général ; mais on vous oblige à fuir un monde particulier qui vous pervertit
Bourdaloue, Myst. conc. de la Vierge, t. II, p. 46- Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage Racine, Brit. IV, 3
- En fuyant mon rival, fuirez-vous ma présence ? Racine, Mithr. I, 2
- C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé ;Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine Racine, Phèdre, II, 5
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Terme de manége. On dit d'un cheval, qui craint l'éperon : il fuit les talons.
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Faire fuir les jambes, les talons, apprendre au cheval à éviter la jambe que le cavalier approche de son flanc.
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12S'éloigner de, en parlant des personnes.
- ....J'ai fui la ville aux muses si contraireEt l'écho fatigué des clameurs du vulgaire André Chénier, Élég. XI
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Fig. Fuir le vice, le travail, l'occasion du péché. La paix a fui ce séjour.
- Je ne te puis blâmer d'avoir fui l'infamie Corneille, Cid, III, 4
- Il fuit plus que la mort la honte de servir Corneille, Cinna, III, 4
Il ne fuit rien tant tous les jours que d'exercer les merveilleux talents qu'il a eus du ciel pour la médecine
Molière, Méd. malg. lui, I, 5Ceux qui ne fuient rien tant que d'être hérétiques
Pascal, Prov. 18Ma muse tremblante fuit d'un si grand fardeau la charge trop pesante
Boileau, Disc. au roi.
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Il se dit dans un sens analogue des choses qui, métaphoriquement, s'éloignent.
Je me vois réduit à chercher dans vos yeux une mort qui me fuit
Racine, Andr. II, 2- Aussitôt dans son sein il plonge son épée ;Mais la mort fuit encor sa grande âme trompée Racine, Mithr. V, 4
L'amour fuit la contrainte
Racine, Bérén. II, 4- La santé que j'appelle et qui fuit mes douleurs,Bien sans qui tous les biens n'ont aucunes douceurs André Chénier, Élég. VI
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13Dépasser l'intelligence, la conception.
- Vous qui devez savoir les choses de la vie,Et que rien ne doit fuir en cet âge avancé La Fontaine, Fabl. III, 1
Entre les deux infinis qui l'enferment et qui le fuient
Pascal, dans COUSIN
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14Ne pas se présenter à l'esprit.
- Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avait fui Boileau, Épît. VI
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15Se fuir, v. réfl. Fuir loin l'un de l'autre. Autrefois ils se recherchaient, aujourd'hui ils se fuient.
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Se distraire d'un remords, d'une peine.
Il se tourmente, il s'agite pour fuir la mort qui le saisit, ou du moins pour se fuir lui-même
Massillon, Avent, Mort du péch.- Irai-je, errant encore, et me fuyant moi-même.... ? Voltaire, Œdipe, IV, 3
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Remarque
Fuir, qui est présentement monosyllabe, ne l'a pas été d'une manière constante ; Malherbe l'a fait de deux syllabes : Est-il courage si brave Qui pût avecque raison Fuïr d'être son esclave ? V, 3. Racan aussi, dans les exemples notés plus haut (n° 2).
Étymologie
Provenç. fugir ; espagn. huir ; ital. fuggire ; du lat. fugĕre, par changement de conjugaison ; grec, φυγεῖν (aoriste second).