Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

fumer dans le Littré

2 articles· 23 citations· rimes· synonymes· conjugaison

1fumer v. n. (fu-mé)

  1. 1Jeter de la fumée. Le bois n'est pas sec, il fume beaucoup. Le Vésuve avait fumé depuis quelques jours quand l'éruption commença.

  2. 2Par extension, exhaler une vapeur humide qui devient visible. Le marécage fume au lever du soleil. Ses naseaux fument. Ce cheval a couru, il fume.

    • Le sang des victimes fumait de tous côtés Fénelon, Tél. IX
    • Fig.

    • Son sang fume encore, il y a peu de temps qu'il a été tué.

      • Le sang de Henri le Grand fumait encore quand le parlement de Paris donna un arrêt qui établissait l'indépendance de la couronne comme une loi fondamentale Voltaire, Pol. et législ. Traité sur la tol. Abus de l'intol.
    • Ses cendres fument encore, il y a peu de temps qu'il est mort.

      • Les cendres de tant de princes fument encore Massillon, Or. fun. Madame.
    • Fumer du sang, se dit du lieu où le sang est versé depuis peu.

  3. 3Fig. et populairement. Avoir du dépit, de l'impatience. Je l'ai fait fumer. Il fume, mais il n'ose témoigner son dépit.

    • On dit souvent en ce sens : fumer sans pipe.

    • La tête lui fume, il est fort en colère.

  4. 4V. a. Exposer à la fumée. Fumer des jambons.

    • Fumer l'argent filé, lui donner le fumage.

    • Terme de chasse. Fumer les renards, remplir de fumée le terrier des renards pour les en faire sortir et les prendre à la seule issue non bouchée.

    • Terme de métallurgie. Fumer un four ou un fourneau, le sécher après qu'il a été reconstruit ou réparé.

  5. 5Aspirer et rendre en fumée par la bouche. Fumer la pipe, le cigare. Fumer du camphre.

    • L'auteur [Lopez de Gama] avoue que c'est là-dessus [de ce que les indigènes d'Amérique mangeaient des limaçons, des cigales, des sauterelles] qu'on fonda le droit qui rendait les Américains esclaves des Espagnols, outre qu'ils fumaient du tabac et qu'ils ne se faisaient pas la barbe à l'espagnole Montesquieu, Esp. XV, 3
    • Fumer l'opium, opération qui se fait en introduisant un ou deux grains d'extrait d'opium dans une pipe qui ne ressemble en rien à notre pipe, brûlant de temps en temps cet extrait à une petite lampe qu'on a à côté de soi, et aspirant la fumée.

    • Fumer sa pipe, se dit d'un symptôme qui se présente quelquefois dans les apoplexies : le malade, dont un côté de la face est paralysé, a ce côté gonflé passivement à chaque expiration ; mouvement qui a quelque ressemblance à celui d'un fumeur.

    • Le Mont-Blanc fume sa pipe, dicton des Savoisiens qui expriment par là la vapeur que le sommet du Mont-Blanc paraît presque toujours exhaler, même dans les plus beaux temps.

    • Fumer le calumet de la paix, voy. CALUMET.

    • Voltaire a dit fumer le calumet de la guerre, pour déclarer la guerre ; nous ne savons si cela est fondé sur les coutumes des peuplades américaines du Nord.

    • Absolument, fumer, prendre du tabac en fumée. Il a fumé toute la nuit.

      • Ils fumaient comme des dragons Hamilton, Gram. 3
  6. 6Se fumer, v. réfl. Être exposé à la fumée. Mettre un jambon dans la cheminée pour qu'il se fume.

  7. 7Être fumé. Le tabac se fume avec plaisir.

  8. 7Ajoutez : On dit aussi fumer pour se fumer, être fumé.

    • Il ne suffit pas que les feuilles soient de bonne qualité et bien préparées, pour qu'un cigare fume bien.... le cigare fume mal et devient mauvais Monit. univ. 11 août 1867, p. 1099, 1re col.

Étymologie

Bourguig. feumai : provenç. et espagn fumar ; ital. fumare ; du latin fumare, dont le radical est le même que le grec θύμα, fumée de sacrifice, de θύειν, offrir de l'encens en sacrifiant, et θυμὸς, vapeur, d'où esprit ; sanscrit, dhu, agiter, fumer.

2fumer v. a. (fu-mé)

  1. Épandre du fumier sur une terre. Fumer un champ.

    • Les terres intérieures [dans l'Amérique] n'ont commencé que depuis peu à être fumées ; le besoin étendra cette pratique indispensable Raynal, Hist. phil. XI, 25
    • Absolument. Il faut fumer si l'on veut avoir des récoltes.

      • Fumer en couverture, répandre le fumier uniformément sur le sol ; mode de fumer ainsi nommé parce que l'engrais forme sur le terrain une sorte d'enveloppe.

      • Par extension. Fumer un coin de terre, y être enterré.

        • Aimez votre ancien ami Voltaire, qui vous est tendrement attaché jusqu'à ce qu'il aille fumer son jardin après l'avoir cultivé Voltaire, Lett. Marmontel, 26 janv. 1772
      • Fig. Fumer ses terres, se dit d'une alliance, par mariage, entre noble et vilain, le noble étant pauvre, et le vilain riche.

Étymologie

Voy. FUMIER ; provenç. et catal. femar. La forme régulière et ancienne est femer ; fumer est une altération populaire, comme celle qui transforme femelle en fumelle, semer en sumer, etc.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander