Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

fureur dans le Littré

1 article· 62 citations· rimes· synonymes

fureur s. f. (fu-reur)

  1. 1Folie frénétique. La fureur est une cause d'interdiction. Il lui prend de temps en temps des accès de fureur.

    • Le majeur qui est dans un état habituel d'imbécillité, de démence ou de fureur, doit être interdit Code Nap. art. 489
    • Par exagération. Sorte de folie.

      • Au défaut d'un meilleur refuge, iront-ils enfin se plonger dans l'abîme de l'athéisme, et mettront-ils leur repos dans une fureur qui ne trouve presque point de place dans les esprits ? Bossuet, Anne de Gonz.
      • Quelle fureur, dit-il, quelle aveugle caprice,Quand le dîner est prêt, vous appelle à l'office ! Boileau, Lutr. I
      • Comme tout ce qui a rapport à l'histoire des arts est au moins aussi important que des récits de batailles, monuments de notre fureur, je finirai cette année par un fait qui servit à perfectionner la chirurgie Duclos, Hist. Louis XI, Œuv. t. III, p. 51, dans POUGENS
      • N'y a-t-il pas de la fureur à nourrir des paons dont le prix n'est pas moindre que celui des statues ? Buffon, Ois. t. IV, p. 50, dans POUGENS
    • Fureur utérine, voy. NYMPHOMANIE.

    • Fureur amoureuse, le rut.

      • Cette fureur amoureuse ne dure que trois semaines ; pendant ce temps-là, ils [les cerfs] ne mangent que très peu, ne dorment ni ne reposent Buffon, Quadrup. t. II, p. 31
  2. 2Passion excessive, démesurée pour une personne. Il aime, il hait jusqu'à la fureur.

  3. 3Passion excessive, démesurée pour une chose.

    • Que n'a-t-on pas dit de sa fermeté [de Louis XIV], à laquelle nous voyons céder jusqu'à la fureur des duels ? Bossuet, Mar.-Thér.
    • Les fausses religions, le libertinage d'esprit, la fureur de disputer des choses divines sans fin, sans règle, sans soumission Bossuet, reine d'Anglet.
    • Les jeux sont devenus ou des trafics, ou des fraudes, ou des fureurs Massillon, Car. Él.
    • Eh bien ! son Dorante, que t'a-t-il fait ? car il me semble que ta fureur est que je le haïsse Marivaux, Préj. vaincu, sc. 8
    • La fureur de la plupart des Français c'est d'avoir de l'esprit Montesquieu, Lett. pers. 66
    • Malgré la fureur du paganisme dont il était possédé, il ne répandit pas une goutte de sang chrétien Diderot, Opin. des anc. phil. (éclectisme).
    • On n'y eut pas plutôt ouvert des cafés [à Constantinople] qu'ils furent fréquentés avec fureur Raynal, Hist. phil. III, 12
    • Faire fureur, être fort en vogue. Cette actrice, cette pièce fait fureur. On dit aussi : Tout le monde s'y porte ; c'est une fureur ; et dans un sens analogue : Il est dans la fureur de ses succès.

  4. 4Familièrement. Habitude importune, fatigante, nuisible de faire quelque chose. Il a toujours la fureur de se mêler des affaires des autres.

    • Comme il connaissait la fureur dont sa femme se donnait en spectacle pour sa danse et pour sa parure Hamilton, Gramm. 7
    • Qui n'a pu retenir sa misérable fureur de parler Marivaux, Marianne, 7e part.
    • Cette fureur de charger une histoire de portraits a commencé en France par les romans Voltaire, Russie, Préf. Hist.
  5. 5Colère extrême.

  6. 6Emportement, violence.

    • L'autre d'un si grand zèle admire la fureur Corneille, Hor. III, 2
    • De protestations, d'offres et de serments,Vous chargez la fureur de vos embrassements Molière, Mis. I, 1
    • Dans la plus grande fureur des guerres civiles Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Témoins de la fureur de mes derniers adieux Racine, Andr. II, 2
    • La fureur des combats que Mentor tâchait d'éteindre Fénelon, Tél. X
    • Nous n'aurions pas le temps de nous entretenir, si nous ne prévenions pas la fureur de ses politesses Marivaux, Paysan parvenu, 2e part.
    • J'avais toutes les raisons de croire que la fureur de ses désordres céderait aux charmes de Primerose et aux étonnantes vertus de mon ami Voltaire, Jenni, 5
    • C'est en Angleterre surtout, plus qu'en aucun pays, que s'est signalée la tranquille fureur d'égorger les hommes avec le glaive prétendu de la loi Voltaire, Dict. phil. Supplices, II
  7. 7Agitation violente de choses inanimées. L'aquilon en fureur.

  8. 8Transport qui ravit l'âme. Il fut saisi d'une fureur divine. La fureur prophétique. La fureur poétique. Fureur martiale. Une sainte fureur s'empara de lui.

  9. 9Au plur. Il se dit des emportements, des transports en tout genre. Les fureurs de Roland. De poétiques fureurs.

    • Familièrement. Des fureurs, des scènes violentes, des emportements sans raison.

      • Ce prince [le régent] lui opposait en vain des raisons ; elle [la duchesse de Berri] y répondait par des fureurs Duclos, Mém. Rég. Œuv. t. V, p. 396

Synonymes

FUREUR, FURIE. Le radical de ces deux mots est le même ; le suffixe seul est différent. Étymologiquement, la fureur est l'état d'un homme furieux ; la Furie est un personnage mythologique chargé des vengeances des dieux. De là résulte que la fureur, bien que violente, peut être cachée dans le fond de l'âme, tandis que la furie éclate au dehors. Par une conséquence naturelle, furie a pu se dire de l'impétuosité d'une attaque, comme dans cette phrase consacrée : la furie française, qui exprime l'impétuosité des assaillants ; tandis que fureur ne serait pas applicable et aurait un autre sens. D'autre part, il y a dans fureur une signification de folie, de transport qui n'est pas dans furie ; ce qui fait qu'on dit fureur prophétique, et non furie prophétique.

Étymologie

Prov. et esp. furor ; ital. furore ; du lat. furorem.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander