Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

gémir dans le Littré

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gémir v. n. (jé-mir)

  1. 1Exhaler sa souffrance, sa peine, d'une voix plaintive et inarticulée.

  2. 2Par extension, se plaindre sous un poids qui accable.

  3. 3Être péniblement ou désagréablement affecté de quelque chose.

    • Evrard a beau gémir du repas déserté Boileau, Lutr. v.
    • Alexandre le sait, Taxile en a gémi Racine, Alex. v, 3
    • Il y a vingt ans qu'ils font gémir tous les gens de bien Fénelon, Tél. XI
    • Mais ne crois pas non plus que le mien [cœur] s'avilisse à souffrir des rigueurs, à gémir d'un caprice Voltaire, Zaïre, III, 6
    • Il craint de lui parler, il gémit de se taire Voltaire, Brutus, III, 2
    • Il gémissait d'être obligé d'acheter sa sûreté par des soumissions Raynal, Hist. phil. IV, 11
    • Il faut gémir sur le sort de l'humanité, qui ne permet pas qu'un seul homme ait à la fois tous les talents et toutes les vertus D'ALEMBERT, Lett. au roi de Pr. 17 août 1771
  4. 4Il se dit du cri de certains oiseaux. La colombe gémit. La tourterelle gémit.

    • Je criais vers vous comme le petit de l'hirondelle, je gémissais comme la colombe Saci, Bible, Isaïe, XXXVIII, 14
    • Activement et poétiquement.

      • L'oreille n'entend rien qu'une vague plaintive, Ou la voix des zéphirs, Ou les sons cadencés que gémit Philomèle Lamartine, Méd. II, 24
  5. 5Par analogie, il se dit des choses qui font entendre une sorte de murmure.

  6. 6S'affaisser, en parlant des choses qui reçoivent un poids, une pression considérable.

    • Fig. et familièrement. Faire gémir la presse, faire beaucoup imprimer ; locution métaphorique tirée de l'ancienne presse à bras qui faisait entendre une espèce de gémissement quand on tirait le barreau.

Étymologie

Berry, gemer ; provenç. gemir : portug. gemer ; ital. gemere ; du latin gemĕre. La formation régulière est geindre (voy. ce mot) ou l'italien gémere. Gémir, remontant aux premiers temps de la langue, suppose un changement de conjugaison, de la 3e en 4e. La très-ancienne langue ne le conjuguait pas comme les verbes en iscere, témoin gemant de gementem ; mais dès le XIIIe siècle il était conjugué comme un verbe en iscere.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander