génie s. m. (jé-nie)
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1Terme du polythéisme. Esprit ou démon bon ou mauvais qui présidait à la destinée de chaque homme. On jurait par son génie. Le jour de la naissance on offrait un sacrifice au génie. Le mois de décembre était cher aux génies [à cause des repas des saturnales]. On racontait que le mauvais génie de Brutus lui avait apparu la veille de la bataille de Philippes.
- Pour la dernière fois il faut que je vous nieCe qu'exige de moi votre mauvais génie MAIRET, Sophon. IV, 5
- Mon génie étonné tremble devant le sien Racine, Brit. II, 2
- Ton génie alarmé te parle par ma bouche Voltaire, M. de César, III, 5
C'est la loi, dit Topaze, chaque homme a ses deux génies ; c'est Platon qui l'a dit le premier, et d'autres l'ont répété ensuite ; tu vois que rien n'est plus véritable ; moi qui te parle, je suis ton bon génie, et ma charge était de veiller auprès de toi jusqu'au dernier moment de ta vie, je m'en suis fidèlement acquitté
Voltaire, le Blanc et le Noir.Et toi, Ébène, avec tes quatre ailes noires, tu es sans doute mon mauvais génie ?
Voltaire, ib.Il y avait des génies mâles et des génies femelles ; les génies des dames s'appelaient, chez les Romains, des petites Junons ; on avait encore le plaisir de voir croître son génie ; dans l'enfance c'était une espèce de Cupidon avec des ailes ; dans la vieillesse, il portait une longue barbe ; quelquefois c'était un serpent
Voltaire, Dict. phil. Génie
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Le génie de Socrate, dit aussi démon (voy. DÉMON), voix qui se faisait entendre à lui pour le détourner de ce qu'il avait résolu, et non pour l'exhorter à rien entreprendre.
- Vous le savez, amis ; souvent, dès ma jeunesse,Un génie inconnu m'inspira la sagesse Lamartine, Mort. de Socr.
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Fig. Le bon génie, le mauvais génie de quelqu'un, la personne qui, par ses exemples ou ses conseils ou ses actions, exerce une influence heureuse ou funeste sur la destinée de quelqu'un.
Il assure que vous êtes son bon génie
Mme de Sévigné, 570
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Fig. Un bon génie, une circonstance favorable.
- Voyez qu'un bon génie à propos nous l'envoie Corneille, Hor. I, 1
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Il se disait aussi des esprits ou démons qui présidaient à de certains lieux, à des villes, etc. Le génie du lieu. Le génie de Rome. Génie tutélaire.
L'un avait vu le génie de l'empire ou de la ville, l'autre celui de Mars et de Saturne ; les génies des quatre éléments s'étaient manifestés à plusieurs philosophes ; plus d'un sage avait vu son propre génie, tout cela d'abord en songe, mais les songes étaient les symboles de la vérité
Voltaire, Dict. phil. Génie.
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Par extension. Le génie de la France, l'ange tutélaire de la France.
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Fig. Le génie de la peinture, de la musique, le génie qu'on imagine comme présidant à chacun de ces arts.
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2Par extension, dans la féerie, nom donné aux différents esprits que recélaient les éléments, les bois, les montagnes, etc. Évoquer les génies.
À peine eut-elle commencé à frotter cette lampe, qu'en un instant, en présence de son fils, un génie hideux et d'une grandeur gigantesque s'éleva et parut devant elle et lui dit d'une voix tonnante : Que veux-tu ? me voici prêt à t'obéir comme ton esclave et de tous ceux qui ont la lampe à la main, moi avec les autres esclaves de la lampe
GALLAND, Mille et une Nuits, Lampe merveilleuseInvoquons la faveur de ces puissants génies à qui des bois sacrés les nymphes sont unies
Casimir Delavigne, Paria, II, 6- L'Alhambra ! l'Alhambra, palais que les géniesOnt doré comme un rêve et rempli d'harmonies,Forteresse aux créneaux festonnés et croulants Victor Hugo, Orient. XXX
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3Terme d'iconologie. Figures allégoriques d'enfants ou d'hommes ailés, qui, selon les attributs qu'on leur donne, représentent les vertus, les arts, les passions, etc.
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4Fig. Talent inné, disposition naturelle à certaines choses (sens qui fut un néologisme dans la latinité et qui vient des qualités brillantes qu'on attribuait aux génies).
Il est bon de s'accommoder à son sujet ; mais il est encore meilleur de s'accommoder à son génie
La Fontaine, Psyché, I, p. 88Les mêmes degrés se rencontrent entre les génies qu'entre les conditions
Pascal, dans COUSINSon génie à la géométrie commença à paraître lorsqu'il n'avait encore que douze ans
Mme PÉRIER, Vie de Pascal.Ce n'était pas seulement la guerre qui lui donnait de l'éclat ; son grand génie embrassait tout, l'antique comme le moderne, l'histoire, la philosophie, la théologie la plus sublime, et les arts avec les sciences
Bossuet, Louis de Bourbon.Le génie de la princesse palatine se trouva également propre aux divertissements et aux affaires
Bossuet, Anne de Gonz.Ce qui rend sa modération plus digne de nos louanges, c'est la force de son génie né pour l'action, et la vigueur qui, durant cinq ans, lui fit dévouer sa tête aux fureurs civiles
Bossuet, le Tellier.Dans ces fatales conjonctures il fallait à un ministre étranger un homme d'un ferme génie qui....
Bossuet, ib.- Je sens de jour en jour dépérir mon génie Boileau, Épît. VIII
- Mais pourtant on a vu le vin et le hasardInspirer quelquefois une muse grossière,Et fournir sans génie un couplet à Linière Boileau, Art p. II
Il avait du génie pour la musique
Hamilton, Gramm. 8Ceux en qui on remarque le génie de la guerre
Fénelon, Tél. XINous n'avons fait aucun tort aux beaux-arts ni aux hommes qui ont un vrai génie pour les cultiver
Fénelon, ib. XXIILa perfection consisterait à savoir assortir toujours son style à la matière qu'on traite ; mais qui peut être le maître de son habitude et ployer son génie à son gré ?
Voltaire, Dict. phil. Genre.- Que la reine, en ces lieux, brillants de sa splendeur,De son puissant génie imprime la grandeur Voltaire, Sémir. I, 1
Le Poussin, déjà grand peintre avant d'avoir vu de bons tableaux, avait le génie de la peinture ; Lulli, qui ne vit aucun bon musicien en France, avait le génie de la musique
Voltaire, Dict. phil. Génie.
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En mauvaise part. Avoir le génie du mal, de la destruction. Son génie le porte à mal faire.
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De génie, se dit d'un travail inspiré par la propre invention de l'auteur, et quelquefois en s'écartant des règles communes.
- Je sens que mon esprit travaille de génie Boileau, Sat. VII
Ses vers [de Boileau], forts et harmonieux, faits de génie, quoique travaillés avec art, pleins de traits et de poésie, seront lus encore quand la langue aura vieilli
La Bruyère, Disc. à l'Acad. fr.Il [le peintre] ne travaillerait plus de génie
Fénelon, Tél. XXIIIl est vrai qu'il n'y a que ce morceau qui soit de génie, et que le reste n'est que de travail et d'érudition ; mais on doit être fort obligé à un homme tel que lui, quand il veut bien, pour l'utilité publique, faire quelque chose qui ne soit pas de génie
Fontenelle, Leibnitz.C'est le défaut de tous les écrivains qui n'écrivent point de génie, mais par imitation
VAUVENARGUES, Dialog. Isocrate, Démosthènes.
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5Particulièrement, aptitude spéciale dépassant la mesure commune soit dans les lettres et les beaux-arts (concevoir et exprimer), soit dans les sciences et la philosophie (inventer, induire, déduire, systématiser), soit dans l'action telle que celle de l'homme d'État, du militaire, etc.
Le génie et les grands talents manquent souvent, quelquefois aussi les seules occasions ; tels peuvent être loués de ce qu'ils ont fait ; et tels, de ce qu'ils auraient fait
La Bruyère, II- Tel, aux premiers accès d'une sainte manie,Mon esprit alarmé redoute du génieL'assaut victorieux J.-B. Rousseau, Ode au Comte de Luc.
Ajoutons que le génie dans la force même de l'âge n'est pas de toutes les heures, et que surtout il craint les approches de la vieillesse
D'OLIVET, Hist. Acad. t. II, p. 384, dans POUGENSCe terme de génie semble devoir désigner non pas indistinctement les grands talents, mais ceux dans lesquels il entre de l'invention
Voltaire, Dict. phil. Génie.C'est le caractère du vrai génie de répandre la fécondité sur un sujet stérile, et de varier ce qui semble uniforme
Voltaire, Vie de Molière.Le génie n'est autre chose qu'une grande aptitude à la patience
Buffon, Disc. de réception à l'Acad.Il voit, comme l'a dit un grand homme, les abstraits dans les concrets, les concrets dans les abstraits ; Voilà le génie
Bonnet, Ess. analyt. âme, ch. 16- Je ne demande point....Ni même, vœu plus doux ! que la main d'UranieEmbellisse mon front des palmes du génie André Chénier, Ép. I
Le génie inspire le besoin de la gloire
Mme de Staël, Corinne, XVI, 1Je ne sais quelle force involontaire précipite le génie dans le malheur
Mme de Staël, ib. XIII, 4Le génie ne cherche point à combattre ce qui est dans l'essence des choses ; sa supériorité consiste, au contraire, à la deviner
Mme de Staël, ib. VIII, 3Parmi les causes d'accroissement de la population, il ne faut pas compter pour peu le repos de Napoléon ; depuis que ce grand homme est là où son rare génie l'a conduit, trois millions de jeunes gens seraient morts pour sa gloire, qui ont femme et enfants maintenant
Paul-Louis Courier, Lettre v.- Et comment concevoir que Ninus, un héros....Par un noir parricide ait souillé son génie ? BRIFFAUT, Ninus II, I, 1
Mais quoi ! tandis que le génie Te ravit si loin de nos yeux, Les lâches clameurs de l'envie Te suivent jusque dans les cieux
Lamartine, Méd. I, 19- Les siècles sont à toi, le monde est ta patrie ;Quand nous ne sommes plus, notre ombre a des autels,Où le juste avenir prépare à ton génieDes honneurs immortels Lamartine, Méd. I, 14
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Homme de génie.
L'homme de génie est connu de la postérité ; l'homme en est ignoré
Diderot, Claude et Nér. I, 102Une des plus fortes passions est l'amour de la vérité dans l'homme de génie
LAPLACE, Expos. v, 4
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Fig. Ce qui inspire comme fait le génie.
- Ils reçurent du ciel un cœur tel que le nôtre ;Ce cœur fut leur génie ; il fut leur Apollon,Et leur docte fontaine et leur sacré vallon André Chénier, Ép. I
- Non, l'amour, l'amitié, la sublime harmonie,Tous ces dons précieux n'ont qu'un même génie :Même souffle anima le poëte charmant,L'ami religieux et le parfait amant André Chénier, ib.
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Joint à des épithètes défavorables il exprime le peu de génie, de capacité qu'a une personne. Génie borné. Petit génie. Pauvre génie. Génie médiocre.
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On le dit aussi en ce sens, par modestie, en parlant de soi-même.
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6Personne de génie. Un beau génie. Ce génie fut la lumière de son siècle.
Il ne fallait qu'ouvrir l'entrée des affaires à un génie si perçant, pour l'introduire bien avant dans les secrets de la politique
Bossuet, le Tellier.- Sitôt que d'Apollon un génie inspiréTrouve loin du vulgaire un chemin ignoré,En cent lieux contre lui les cabales s'amassent Boileau, Épît. VII
Il se peut que plusieurs personnes jouent mieux aux échecs que l'inventeur de ce jeu, et qu'ils lui gagnassent les grains de blé que le roi des Indes voulait lui donner ; mais cet inventeur était un génie, et ceux qui le gagneraient peuvent ne pas l'être
Voltaire, Dict. phil. Génie.Roger Bacon fut un des génies les plus surprenants que la nature ait produits, et un des hommes les plus malheureux
Diderot, Opin. des anc. philos. (scolastiques).Les génies les plus pénétrants, les plus profonds, ne se distinguent des autres hommes que parce qu'ils emploient un plus petit nombre de milieux
Bonnet, Ess. psychol. ch. 80
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Ironiquement.
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Avec une épithète défavorable, il se dit d'un homme de peu d'esprit, de peu de portée.
Je suis facile à tromper, moi ; je suis le plus pauvre génie du monde
Lesage, Crisp. riv. de son maître, sc. 19C'est un bourgeois fort simple, un petit génie
Lesage, ib. sc. 2Que les petits génies se tiennent dans les bornes étroites de l'imitation, sans oser les franchir, à la bonne heure
Lesage, Diable boît. ch. 14
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Familièrement. Ce n'est pas un génie, se dit d'une personne qui a peu d'imagination, peu d'intelligence.
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7Fig. Caractère propre et distinctif de personnes.
- Il est vrai que du ciel la prudence infinieDépart à chaque peuple un différent génie Corneille, Cinna, II, 1
- ....Enfin, Burrhus, Néron découvre son génie ;Cette férocité que tu croyais fléchir.De tes faibles liens est prête à s'affranchir Racine, Brit. III, 2
Quelques vérités qui flattaient le génie de la nation
Hamilton, Gramm. 7Il n'est pas moins important d'étudier avec soin les mœurs des peuples, leur génie, leurs loix, leurs usages, leurs coutumes
Rollin, Hist. anc. Préf.
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Caractère propre et distinctif de choses.
Il est malaisé de vous définir le livre ; vous en connaissez le génie
Bossuet, Lett. 174Durant la captivité et ensuite par le commerce qu'il fallut avoir avec les Chaldéens, les Juifs apprirent la langue chaldaïque, fort approchante de la leur et qui avait presque le même génie
Bossuet, Hist. I, 8On appelle génie d'une langue son aptitude à dire de la manière la plus courte et la plus harmonieuse ce que les autres langues expriment moins heureusement
Voltaire, Dict. phil. Langues.Le génie de la langue française sera plus fait pour la conversation, parce que sa marche, nécessairement simple et régulière, ne gênera jamais l'esprit.... le style lapidaire sera plus dans le génie de la langue latine
Voltaire, ib. Génie.D'après l'athée, la nature est une langue dont les barbarismes forment seuls l'essence et le génie
Chateaubriand, Génie, I, VI, 4Le Nouveau Testament change le génie de la peinture
Chateaubriand, Génie, III, I, 4
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Terme de médecine. Caractère des affections régnantes. Génie inflammatoire. Génie bilieux.
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8Terme de guerre. L'art de l'attaque et de la défense des places, des postes, etc. École d'artillerie et du génie. L'arme du génie.
S'il se rencontrait des obstacles imprévus dans la carrière du génie, peut-être pourrais-je tourner mes idées d'un autre côté
Paul-Louis Courier, Lett. I, 5
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Absolument. Le génie, le corps des troupes de cette arme. Un officier du génie.
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Génie militaire, se dit souvent aussi par opposition au corps des ingénieurs civils qu'on nomme le génie civil.
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9Le génie civil, l'art des constructions civiles.
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Le corps d'ingénieurs chargé de ces constructions.
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10Génie maritime, l'art de construire les vaisseaux.
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Corps d'officiers institué pour appliquer les hautes sciences à l'architecture navale.
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Étymologie
Prov. genh, geinh, gienh, ginh ; cat. geni, giny ; esp. et ital. genio ; du lat. genius, génie, démon favorable. Génie est moderne en français ; la forme ancienne aurait été très voisine de celle du provençal, l'accent en latin étant sur ge.