1gêne s. f. (jê-n')
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1La question qu'on faisait subir aux accusés pour leur arracher des révélations.
- Menacés de la gêne, ils ont tout découvert Thomas Corneille, Pers. et Dém. v, 2
On le retira de la gêne pour le réserver au gibet
Chateaubriand, Natch. 2e part. vers la fin.
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Par extension, les tortures qu'on inflige à quelqu'un pour lui faire dire quelque chose, pour en tirer de l'argent.
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Mettre à la gêne, donner la question ; et fig. soumettre à une vive peine, mettre dans un grand embarras.
C'est en cette manière qu'il nous a appris qu'il fallait mettre à la gêne de tels imposteurs
Pascal, Prov. 16Si elle [la conscience] refuse de parler, c'est qu'elle est complice du crime ; il la faut faire parler par force, il la faut mettre à la gêne et à la torture
Bossuet, Sermons, Péché d'habitude, 3- Sont-ils d'accord tous deux pour me mettre à la gêne ? Racine, Phèd. v, 4
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Donner la gêne, donner la question ; et fig. imposer un grand effort.
Il ne faudrait pas donner la gêne à notre esprit, pour trouver de quoi nous entretenir avec lui
Massillon, Carême, Prière 1
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Se donner la gêne, s'inquiéter ; se mettre l'esprit à la gêne, faire de grands efforts. Il se donne la gène pour faire des vers.
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2Par extension, douleurs très vives comparées à celles de la question.
- Je ne veux point d'un fils dont l'implacable hainePrend ce nom pour affront et mon amour pour gêne Corneille, Héracl. v, 5
- La recevoir de lui me serait une gêne Corneille, Cinna, II, 2
- Pour moi, j'en ai souffert la gêne sur mon corps Molière, l'Ét. IV, 5
- Je sens de son courroux des gênes trop cruelles Molière, Dép. am. v, 2
- Non, non, l'enfer n'a point de gêneQui ne soit pour ton crime une trop douce peine Molière, Sgan. 16
- La pierre, la colique et les gouttes cruelles....De travaux douloureux le viennent accabler,Sur le duvet d'un lit, théâtre de ses gênes,Lui font scier des rocs, lui font fendre des chênes Boileau, Épît. X
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3Ce qui met trop à l'étroit, mal à l'aise. Être à la gêne dans ses souliers. Il y a un peu de gêne dans la respiration.
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4L'embarras que cause le séjour d'une personne chez une autre. Restez chez moi, il y a place pour vous, vous ne me causerez pas de gêne.
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5Contrainte fâcheuse, état pénible où l'on se trouve.
- Que de vivre à la gêne avec un indiscret Régnier, Sat. VIII
- Puis-je vivre et traîner cette gêne éternelle ? Corneille, Rodog. v, 4
Ces feintes ont pour moi des gênes trop cruelles
Corneille, Théod. IV, 1- Je souffre, et c'est pour vous que j'ose m'imposerLa gêne de souffrir et de le déguiser Corneille, Oth. I, 4
- Je m'impose à vos yeux la plus dure des gênes Corneille, D. Sanche, I, 2
- L'hymen où je m'apprête est pour vous une gêne ! Corneille, Sertor. IV, 2
Mais je ne puis souffrir qu'un esprit de travers Qui, pour rimer des mots, pense faire des vers, Se donne en te louant une gêne inutile
Boileau, Disc. au roi.Le délassement le plus sûr des gênes, des bienséances
Massillon, Carême, Temples.- Où le sexe, élevé loin d'une triste gêne,Marche avec les héros, et s'en distingue à peine Voltaire, Tancr. IV, 6
Quintilien n'est franc ni dans sa critique ni dans son éloge ; on y sent la gêne
Diderot, Claude et Nér. II, 103Charmante maison, point de gêne ; on y est comme chez soi
PICARD, Deux Philiberts, I, 4
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Terme de peinture. Synonyme de contrainte dans le dessin.
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Sans gêne, sans s'imposer aucune contrainte.
- C'est chez nous qu'à vivre sans gêneS'instruisit le grand Diogène Béranger, Orang-out.
Diogène, sous ton manteau, Libre et content, je ris et bois sans gêne
Béranger, Nouv. Diog.
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Être sans gêne, prendre ses aises sans s'inquiéter des autres. Ce monsieur est sans gêne.
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On dit dans un sens analogue : C'est un monsieur sans gêne ; et, avec ellipse de monsieur, c'est un sans gêne, vous êtes un sans gêne.
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Substantivement. Le sans-gêne, voy. SANS-GÊNE, à son rang alphabétique.
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6État voisin de la pauvreté, pénurie. Être dans la gêne.
Étymologie
Contraction de gehenne (voy. ce mot) ; Maine, géhaigne.