Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

gêner dans le Littré

1 article· 27 citations· rimes· synonymes· conjugaison

gêner v. a. (jê-né)

  1. 1Faire souffrir la torture (sens qui a vieilli).

  2. 2Fig. Faire souffrir, infliger une torture morale.

  3. 3Causer de la gêne, incommoder les mouvements du corps. Sa cuirasse le gêne beaucoup. Nous étions très gênés dans la voiture.

    • Empêcher le libre mouvement de quelque chose que ce soit. Ligatures qui gênent la circulation du sang. Gêner la circulation des voitures, la navigation.

    • Terme de marine. Gêner une pièce de bois, des bordages, des boucauts, les assujettir parfaitement.

  4. 4Par extension, causer de l'embarras chez quelqu'un. Cette visite imprévue nous gêne beaucoup. Je craindrais de le gêner.

  5. 5Être un embarras pour quelqu'un. Ces témoins me gênent.

  6. 6Mettre obstacle, empêcher, contraindre. La rime gêne souvent les poëtes. Gêner le commerce, l'industrie par des prohibitions.

  7. 7Causer une pénurie d'argent. Cette dépense me gênera un peu.

  8. 8Se gêner, V. réfl. Se causer à soi-même une vive affliction.

  9. 9Se serrer soit les uns contre les autres, soit contre quelque chose. En vous gênant un peu, vous pourrez tous vous asseoir sur cette banquette.

  10. 10Se causer de l'embarras réciproquement l'un à l'autre.

    • S'imposer à soi-même une gêne, une contrainte.

      • Il est vrai que je n'aimais pas à rester longtemps avec elle ; et il n'est guère en moi de savoir me gêner J.-J. Rousseau, Confess. IX
    • Ne vous gênez pas, se dit par politesse, par indulgence ou par amitié à quelqu'un qu'on veut mettre à son aise.

      • Mademoiselle, approchez ; ne vous gênez pas ; vous entendrez mieux Diderot, Père de famille, V, 9
      • Allez donc vous promener ; Mon cher, ne vous gênez pas, Mon équipage est là-bas BÉR., Sénat.
    • Ironiquement. Ne vous gênez pas, se dit à qui prend trop ses aises.

    • On dit dans le même sens ironique : il ne se gêne pas.

    • Si cela ne vous gêne pas, est aussi une formule de politesse très usitée.

  11. 11S'imposer une pénurie d'argent.

    • Vous avez eu trop de bonté de vous arranger si vite avec ma famille ; vous savez que j'étais bien éloigné de demander pour elle un paiement si prompt ; je serais extrêmement affligé que vous vous fussiez gêné Voltaire, Lett. Richelieu, 20 avr. 1770

Remarque

Voltaire, à propos de ce vers d'Héraclius, II, 6 : Comme sa cruauté pour mieux gêner Maurice..., et ailleurs, reprend Corneille d'avoir ainsi parlé, et dit que gêner ne signifie qu'embarrasser, inquiéter. Les exemples prouvent qu'il n'y a rien à reprendre dans Corneille : il ne faisait que suivre l'usage de son temps, qui n'avait pas encore amoindri le sens de gêner. Il est vrai qu'aujourd'hui gêner, comme le mot ennui, a perdu de sa force ; mais on peut l'employer encore dans la poésie au sens de torturer moralement ; et Voltaire a dit lui-même et bien dit en ce sens : D'où vient qu'on m'abandonne au trouble qui me gêne ? Mariane, V, 7.

Étymologie

Gêne ; le substantif a ici précédé le verbe, puisque gêne représente gehenne, nom duquel tout dérive.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander