Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

gage dans le Littré

2 articles· 44 citations· rimes· synonymes

1gage s. m. (ga-j')

  1. 1Dépôt qu'on fait de quelque objet entre les mains d'autrui, pour sûreté d'une dette, d'un emprunt. Un gage suffisant. Prêter sur gages. Emprunter sur gage.

    • Terme de jurisprudence. Contrat de nantissement d'une chose mobilière, par opposition à antichrèse.

    • Fig. Demeurer pour les gages ou pour gage, périr dans une circonstance où d'autres s'échappent.

    • Demeurer pour gages, signifie encore simplement être arrêté dans quelque querelle, pendant que s'échappent les autres qui y avaient participé ; et aussi être pris d'une façon quelconque.

    • Demeurer pour gage, se dit aussi d'une chose que l'on a perdue. La presse fut si grande qu'un pan de mon habit y est demeuré pour gage.

    • Laisser pour les gages, pour gage, c'est-à-dire perdre.

      • Échappé Non pas franc, car pour gage il y laissa sa queue La Fontaine, Fabl. v, 5
    • Fig. Donner des gages à un parti, faire une démarche décisive, éclatante, pour être accepté dans un parti.

  2. 2Par extension, tout meuble ou immeuble qui assure le payement d'une dette. Il a affecté sa maison comme gage de sa dette. Les meubles du locataire sont le gage du propriétaire.

  3. 3Dans les petits jeux ou jeux de société, objet qu'on dépose quand on s'est trompé, et qu'on ne peut retirer qu'après avoir subi une pénitence. Jouer au gage touché.

  4. 4Ce que l'on consigne et met en main tierce, pour garantie d'une somme à payer, quand, dans une contestation entre deux ou plusieurs personnes, il est convenu que celle qui sera condamnée payera cette somme. Donner des gages. Rendre les gages.

  5. 5Autrefois, gage de bataille, ou gage du combat, engagement de combattre manifesté par l'offre d'un gant pour gage, et contracté quand l'ennemi, en ramassant le gant, avait accepté le gage.

    • Je jette devant toi le gage du combat ; L'oses-tu relever ? Voltaire, Tancr. III, 6
    • Le parlement décréta que le cas [duel de Legris et Carrouge] ne requérait pas gage de bataille Voltaire, Mœurs, 100
  6. 6Fig. Tout ce qui est assimilé à un gage comme garantie.

  7. 7Gage de l'amour, enfant.

  8. 8S. m. pl. Ce qu'on paye aux domestiques par an pour leurs services, ainsi dit parce que c'est la somme payée par suite de l'engagement. On ne renvoie pas un domestique sans lui payer ses gages.

    • S'il se casse quelque chose, je le rabattrai sur vos gages Molière, l'Avare, III, 1
    • ....S'il avait quelques deniers comptants, Ne me paierait-il pas mes gages de cinq ans ? Regnard, Joueur, III, 7
    • Je sers un maître sans bien ; ce qui suppose un valet sans gages Lesage, Crisp. riv. de son maître, sc. 2
    • Être aux gages de quelqu'un, être payé pour faire l'office de domestique.

      • Je ne suis pas à ses gages Mme de Sévigné, 117
      • Il y en a bien d'autres que lui qui ont été aux gages des gens, et puis qui ont eu des gens à leurs gages Marivaux, Pays. parv. 2e part.
    • Cet homme ne vole pas ses gages, se dit d'un domestique qui fait bien son service ; et fig. de toute personne qui s'acquitte bien de ce qu'elle a à faire.

    • Dans un sens plus général, être aux gages de quelqu'un, être payé par lui pour certains offices.

      • Il a, le croirait-on ? des comtes à ses gages, à qui, pour le servir selon ses intérêts, Il fournit équipage et carrosse et laquais HAUTEROCHE, Bourg. de qualité, v, 3
      • Vous supposiez qu'on ne pouvait être bon français sans être à vos gages Fénelon, Dial. des morts mod. Richel. et Mazarin.
    • On dit dans un sens analogue : tenir à ses gages.

    • Familièrement. Casser aux gages, retirer à quelqu'un son emploi, ses appointements.

    • Il se dit aussi d'un supérieur qui retire sa confiance à un inférieur. Il a eu longtemps quelque crédit auprès du ministre ; mais il a été cassé aux gages.

    • À gages, qui reçoit des gages.

      • Ce gouverneur n'est pas un homme à gages J.-J. Rousseau, Ém. I
    • En mauvaise part. À gages, qui est payé pour faire quelque service peu honorable. Des applaudisseurs à gages.

      • La Cleveland [maîtresse de Charles II], dont il ne se souciait plus, ne laissait pas de le déshonorer par des inconstances réitérées, par des choix indignes, et le ruinait par des amants à gages Hamilton, Gramm. 11
    • La Fontaine a dit à gage au singulier.

  9. 9Gages se dit quelquefois du salaire d'un capitaine de navire, d'un matelot.

  10. 10Gages se disait autrefois du payement que le roi ordonnait par an aux officiers de sa maison, aux officiers de justice et de finance.

Synonymes

GAGES, APPOINTEMENTS, HONORAIRES. Appointements se dit pour tout ce qui est place, ou qu'on regarde comme tel. Honoraires a lieu pour les maîtres qui enseignent quelque science, et pour ceux à qui on a recours dans l'occasion à l'effet d'obtenir un conseil salutaire, ou quelque autre service que leur doctrine ou leur fonction met à portée de rendre. Gages est d'usage à l'égard des domestiques de particuliers et des gens qui se louent pendant quelque temps au service d'autres personnes, Encycl. VIII, 291. Traitement peut être ajouté à ces trois mots examinés par l'Encyclopédie ; il est synonyme d'appointements et diffère par conséquent de gages et d'honoraires. Il y a en outre une différence qui n'est pas notée, c'est que les appointements, le traitement, les gages sont quelque chose de fixe, tandis que les honoraires s'entendent mieux de ce qui est occasionnel : un prêtre assistant à un service, un médecin, un avocat ont des honoraires ; le prêtre qui dessert une église, le médecin qui est attaché à un hôpital ont un traitement.

Étymologie

Wallon, voig ; prov. gatge, gatghe, gaje ; espagn. gage ; ital. gaggio ; du bas-latin vadium, wadium, dans les lois barbares. Il y a deux étymologies aussi probables l'une que l'autre : la première latine, vas, vadis, répondant, garant ; bien que le g ou gu réponde ordinairement au w germanique, l'objection n'est pas absolue, car vagina, entre autres, a donné gaîne ; la seconde germanique : goth vadi ; anc. haut-allem. wetti ; frison, ved, gage, caution, promesse. Il est probable que les deux étymologies ont concouru pour former le mot roman.

2gagé, ée part. passé (ga-jé, jée)

  1. 1Meubles gagés, ceux qui ont été saisis pour la sûreté de quelque dette.

  2. 2Mis en gageure. Un déjeuné gagé.

  3. 3Qui reçoit un salaire.

    • Il semble qu'il soit gagé pour faire cela, il semble qu'il soit payé pour cela.

  4. 4Garanti par un gage.

    • Rechercher si les emprunteurs sont en situation de remplir les engagements qu'ils vont prendre envers le public, c'est-à-dire si leur emprunt est réellement gagé Journ. offic. 18 juin 1876, p. 4278, 1re col.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander