garder v. n. (gar-dé)
-
1Prendre garde, avoir soin qu'une chose soit évitée.
- À ces honteux moyens gardez de recourir Corneille, Rodog. III, 2
Mon Dieu, Éraste, gardons d'être surpris ; je tremble qu'on ne nous voie ensemble
Molière, M. de Pourc. I, 3- Rentrez dans la maison et gardez de rien dire Molière, Éc. des f. v, 1
- Gardez donc de donner ainsi que dans ClélieL'air ni l'esprit français à l'antique Italie Boileau, Art p. III
- Gardez de négligerUne amante en fureur qui cherche à se venger Racine, Andr. IV, 6
- Ah ! seigneur, ah ! du moins, gardez de jamais croire.... Voltaire, Zaïre, IV, 2
-
Garder avec que, sans ne consécutif.
- J'ai des gens là dehors qui gardent qu'on écoute,Et je puis vous parler en toute sûreté Corneille, Suite du Ment. III, 1
- Adieu, sors, et surtout garde bien qu'on te voie Corneille, Cid, III, 4
Gardons bien que, par nulle autre voie, elle en apprenne jamais rien
Molière, Am. magn. I, 1- Gardez qu'elle résiste à sa félicité Voltaire, Oreste, II, 4
-
Garder avec que et ne consécutif.
- Gardez qu'une voyelle à courir trop hâtéeNe soit d'une voyelle en son chemin heurtée Boileau, Art p. I
- Gardez qu'avant le coup votre dessein n'éclate Racine, Andr. III, 1
- Gardez que ce départ ne leur soit révélé Racine, Iphig. IV, 10
Gardez qu'on ne vous voie
Voltaire, Oreste, IV, 5
-
2V. a. Prendre garde, surveiller, prendre soin. La femme qui gardait votre enfant. Je lui ai donné mon cheval, ma montre à garder. Garder les bois, les vignes, la chasse.
Le duc de Marlborough faisait garder très soigneusement tous les domaines de ce Fénelon archevêque de Cambrai, citoyen de toute l'Europe par son amour du genre humain
Voltaire, Tactique, Note.
-
Fig. Garder le mulet, attendre à une porte avec impatience, se morfondre pendant que la personne attendue est à ses affaires ou à ses divertissements.
- Et par frayeurs ou pour s'ébattreMe firent garder le mulet SARRASIN, Poésies, dans LE ROUX, Dict. comique.
-
Fig. Garder les manteaux, faire le guet ou demeurer à ne rien faire, tandis que ceux avec qui on est venu se divertissent ou commettent quelque délit.
-
Fig. Garder les balles, s'est dit comme garder les manteaux.
- Et moi, durant ce temps, je garderai les balles ? Corneille, Place roy. II, 7
-
Terme de manége. Garder ou observer le terrain, se dit du cheval qui suit la même piste sans se serrer ni s'élargir.
-
3Prendre garde que des prisonniers ne s'évadent. Il fut étroitement gardé.
- Dis-lui qu'il me les garde en la salle prochaine Corneille, Héracl. v, 3
On croit pouvoir s'assurer des autres princes, et on en fait des coupables en les traitant comme tels ; mais où garder des lions toujours prêts à rompre leurs chaînes ?
Bossuet, le Tellier.- J'ai su tromper les yeux par qui j'étais gardé Racine, Phèdre, III, 5
- Il nous le faut garder jour et nuit et de près ;Autrement, serviteur, et mon homme est aux plaids Racine, Plaid. I, 1
-
Garder à vue, garder sans cesser jamais d'avoir l'œil sur la personne gardée.
Il pensait que Léonor serait mise dans un couvent, ou du moins qu'elle serait gardée à vue, que selon toutes les apparences il ne la reverrait plus
LE SAGE, Diable boit. chap. 5- Je vous réponds de la garder à vue Dancourt, la Métempsyc. I, 3
-
Fig.
Le roi me garde à vue : et je ne vois plus qui que ce soit
Mme de Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 22 août 1699
-
Terme de marine. Garder un navire, ne pas le perdre de vue ; on dit aussi garder un phare.
-
4Craindre, se méfier.
Gardez le froc
La Fontaine, Herm.
-
Vieilli en ce sens.
-
Terme de chasse. Ces chiens gardent le change, ils ne prennent pas le change.
-
5Garder les gages, les enjeux, en être dépositaire.
-
Fig. et familièrement. En donner à garder à quelqu'un, lui en faire accroire, le tromper, le duper.
- Je vois bien que vous m'en donnez à garder HAUTEROCHE, Crisp. méd. II, 1
Nice se peut vanter d'être homme à qui l'on n'en donne à garder
La Fontaine, Mandr.- Ne m'en donnes-tu point à garder ? Molière, Bourg. III, 10
Ce n'est point à moi qu'on en donne à garder
LE SAGE, Gil Blas, VIII, 10Je vois les plus jolies femmes de Paris ; mais je ne me fixe pas à une, et je leur en donne bien à garder ; car, entre vous et moi, je ne vaux pas grand'chose
Montesquieu, Lett. pers. 48Ah ! monseigneur ! mon cher monseigneur ! vous voulez m'en donner.... à garder ?
BEAUMARCHAIS, Mar. de Figaro, I, 2
-
-
6Rester dans la chambre d'un malade, d'une personne alitée, pour lui donner les petits soins. Garder une femme en couche.
Je me porte très bien de ma petite médecine ; toutes mes amies m'ont gardée
Mme de Sévigné, Lett. 19 août 1675Je l'avais gardé dans sa maladie ; à peine me venait-il voir dans les miennes
J.-J. Rousseau, Confess. IX
-
7Veiller à la sûreté, à la conservation d'un souverain, d'une personne considérable. Les troupes qui gardent le roi.
-
8Prendre soin, en parlant des troupeaux. Garder les moutons, les vaches.
-
Dans un sens analogue. Garder les oies, les dindons.
-
Locution proverbiale et grossière : Ils ont gardé les cochons ensemble, ils sont d'une familiarité grossière l'un avec l'autre.
-
Dans le même sens : Avons-nous gardé les cochons ensemble ? se dit à quelqu'un qui prend un ton trop familier.
-
Fig. Bonhomme, garde ta vache, se dit pour avertir quelqu'un de prendre garde à n'être pas trompé.
-
-
9Défendre un lieu, un poste. Garder un retranchement, des lignes, les côtes.
-
10Ne pas quitter. Garder la chambre.
Les nôtres ont été si horribles, que c'était un temps à garder le coin de son feu ; temps à ne pas mettre le nez dehors
Mme de Sévigné, 1er janv. 1690Le mauvais temps oblige le roi de garder la chambre
Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Brinon, t. II, p. 237, dans POUGENS
-
Garder la maison, ne pas sortir, rester chez soi.
Vous savez que je garde ma maison huit jours après mon retour de Vichy, comme si j'étais bien malade
Mme de Sévigné, Lett. 3 juillet 1676
-
Garder le lit, demeurer au lit, ne pas se lever, d'ordinaire pour cause de maladie.
Elle ne garda le lit que les deux derniers jours
J.-J. Rousseau, Confess. II
-
Garder la prison, garder les arrêts, rester en prison, aux arrêts.
-
Garder son ban, accomplir le temps de bannissement auquel on a été condamné.
-
Terme de guerre. Garder les rangs, demeurer dans les rangs.
-
11Préserver, garantir, empêcher.
- Les belles feuilles toujours vertesQui gardent les noms de vieillir Malherbe, III, 2
J'ai près de trente ans commandé vos armées Sans avoir amassé que ces nobles fumées Qui gardent les noms de finir
Corneille, Agésil. III, 1- Le sceptre des ThébainsPar ordre et droit de sang doit tomber en vos mains ;Mais les garde le ciel de votre tyrannie ! Rotrou, Antig. II, 4
Le droit de se défendre s'étend à tout ce qui est nécessaire pour nous garder de toute injure
Pascal, Prov. 14Le vif-argent qui dans la recourbure ne sent pas le poids de l'air, parce que le doigt qui bouche l'ouverture du tuyau l'en garde
Pascal, Pesant. de l'air, VI- Des roses que sa main gardera de vieillir Racine, Poésies, 1
Grand Dieu, gardez son innocence comme un trésor encore plus estimable que sa couronne
Massillon, Pet. car. Tentat. des gr.- Cet asile de paix dont l'ombre et le silenceDes conseils corrupteurs gardaient votre innocence Casimir Delavigne, Paria, I, 2
-
Dans le même sens, par forme de souhait.
Dieu garde Zaïre d'être autre chose que tendre ! Dieu garde Mérope de faire la Cornélie !
Voltaire, Lett. Thiriot, 10 avril 1738Dieu garde de mal les gens à la mode !
J.-J. Rousseau, Ém. IVDieu m'en garde ! que Dieu me préserve de ! Naboth lui répondit : Dieu me garde de vous donner l'héritage de mes pères
Saci, Bible, Rois, III, XXI, 3
-
Dieu vous garde ! se disait autrefois, par forme de salutation, le plus souvent à des inférieurs qu'on abordait ou dont on était abordé, et quelquefois d'égal à égal.
- Ma fille, Dieu vous garde et vous veuille bénir ! Régnier, Sat. XII
-
Dieu gard', locution ancienne qui a le même sens que Dieu garde.
Dieu nous gard' de plus grand' fortune !
La Fontaine, Pâté.- Dieu gard'de mal femme qui jeûne ! La Fontaine, Diable.
Dieu me gard' d'un si grand bonheur
LA CHAUSSÉE, Retour imprévu, I, 1
-
12Conserver une chose, l'empêcher de se perdre, de se gâter, etc. Ce vin est si délicat qu'on ne pourra le garder. Dans les chaleurs on ne peut garder la viande.
-
13Retenir une chose, ne pas s'en dessaisir. Garder copie d'un acte. C'est un homme qui ne peut rien garder, il donne tout. Ce prince ne peut garder ses conquêtes.
- On garde sans remords ce qu'on acquiert sans crimes Corneille, Cinna, II, 1
- C'est un rare trésor qu'elle devrait garder Corneille, Nicom. II, 3
Molina a voulu dire par là que, quand on se trouve en péril de la vie en gardant son écu, alors on peut tuer, puisque c'est pour défendre sa vie
Pascal, Prov. XI- Cédons-lui ce pouvoir que je ne puis garder Racine, Phèdre, III, 1
Que ne gardez-vous votre secret pour vous ?
Diderot, Essai sur la vertu
-
Se garder quelque chose, en retenir la possession. Il se garde tout et ne donne rien aux autres.
-
Par extension. Garder la fièvre, un rhume, en être longtemps malade. Il a gardé la fièvre pendant plusieurs mois.
-
Garder une médecine, ne pas être purgé par le purgatif que l'on a pris.
-
Garder un lavement, ne pas le rendre, ne pas évacuer.
-
14Ne pas perdre, en parlant de choses morales. Garder ses habitudes. Garder rancune à quelqu'un. Il ne put garder son sérieux. Fig. Garder son rang, se faire respecter, soutenir avec dignité son rang, son état.
- Je ne garde pour vous ni haine ni colère Corneille, Pomp. II, 3
- La nature en tout temps garde ses premiers droits Corneille, Hor. III, 4
Chacun doit garder son caractère, vous, gardez le vôtre
Fénelon, Dial. des morts anc. Dial. 6Il y garde un caractère de modération qui est rare, en rendant également justice aux anciens et aux modernes
Rollin, Hist. anc. t. XIII, liv. 26, ch. III, art. 4- On a perdu bien peu quand on garde l'honneur Voltaire, Ad. du Guesclin. III, 1
- Moi, je garde à ce fourbe une haine éternelle Voltaire, Mahom. I, 1
Le roi acquit la réputation d'un bon prince, qu'il ne garda pas longtemps
Voltaire, Zadig, 5La maison de France garda son rang sur celle d'Autriche jusque dans Bruxelles
Bossuet, Louis de Bourbon.
-
On dit dans un sens analogue : garder l'honneur.
- Ma sœur, je dois garder l'honneur du diadème Corneille, Pomp. I, 3
-
15Être fidèle à, observer.
- Garde ici le respect qu'on doit à la couronne DU RYER, Scévole, I, 5
- Ils violent des droits que tu n'as pas gardés Corneille, Cinna, IV, 3
- Ma parole est donnée et je la veux garder Corneille, Médée, IV, 3
- Et saura vous garder même fidélitéQu'elle a gardée aux droits de l'hospitalité Corneille, Nicom. I, 1
- Il passe pour cruel s'il garde la justice Rotrou, Vencesl. I, 1
Les pharisiens et tous les Juifs ne mangent point sans avoir souvent lavé leurs mains, gardant en cela les traditions des anciens
Saci, Bible, Év. St Marc, VII, 3Si quelqu'un garde ma parole, il ne mourra jamais
Saci, ib. Év. St Jean, VIII, 51J'ai bien combattu, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi
Saci, ib. St Paul, 2e ép. à Tim. IV, 7Gardez mes jours de sabbat, et tremblez devant mon sanctuaire
Saci, ib. Lévit. XIX, 30- Têtebleu ! ce me sont de mortelles blessures,De voir qu'avec le vice on garde des mesures Molière, Mis. I, 1
Crains Dieu, et garde ses commandements ; car c'est là tout l'homme
Bossuet, Duch. d'Orl.Joas fit garder la loi de Moïse
Bossuet, Hist. I, 6Le parlement, qui eût gardé quelques mesures
Bossuet, Reine d'Angl.Quand, emportés par leur humeur violente, ils [les princes] ne gardent plus ni lois ni mesures
Bossuet, ib.Elle marchait dans un bon chemin et gardait toutes les bienséances de son sexe
Bourdaloue, 11e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 271- Maintiendrai-je des lois que je ne puis garder ? Racine, Bérén. IV, 5
Et pendant ces trois jours gardent un jeûne austère
Racine, Esth. I, 3- Est-ce aux rois à garder cette lente justice ? Racine, Athal. II, 5
La multitude des lois est pernicieuse, on ne les entend plus, on ne les garde plus
Fénelon, t. XIX, p. 179Je ne parle pas même ici de ces pécheurs déclarés qui ont secoué le joug et qui ne gardent plus de mesures dans le crime
Massillon, Carême, Pet. nomb. des élus.Il [Fabius] fit voir clairement qu'en gardant une conduite opposée, on pouvait non-seulement mettre le pays en sûreté, mais en chasser l'ennemi
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 319, dans POUGENSIl [Gélon] se piquait surtout d'une sincérité, d'une vérité, d'une bonne foi à garder sa parole, qui était à l'épreuve de tout
Rollin, ib. t. III, p. 451Nous autres gens d'intrigue, nous nous gardons les uns aux autres une fidélité plus exacte que les honnêtes gens
Lesage, Crispin riv. de son maître, sc. 18- Mais que résolvez-vous ? - De garder mes serments Voltaire, Orphel. I, 6
On apporta un missel ; les deux rois mirent chacun une main dessus, l'autre sur une croix, et jurèrent de garder la trêve
Duclos, Hist. Louis XI, Œuv. t. III, p. 76, dans POUGENSIl marche sur une ligne difficile à garder
Diderot, Essai sur la peint. chap. 5- Les dieux dans leurs bienfaits gardent-ils des limites ? Casimir Delavigne, Paria, IV, 3
-
Garder le silence, rester silencieux.
- Pendant que tout gardait un silence paisible.... Racine, Esth. II, 1
-
Fig.
-
16Garder un secret, ne pas le révéler.
- Gardez votre secret, je garderai le mien Corneille, Héracl. IV, 6
Le secret dans les conspirations n'a jamais été mieux gardé qu'il le fut dans cette entreprise de Louis XIV
Voltaire, S. de Louis XIV, 9Point de remercîment, point de reconnaissance ; gardez l'argent et le secret
Voltaire, Écossaise, II, 5
-
Absolument. Garder le secret, être discret.
-
17Ne pas changer la personne dont on se sert pour quoi que ce soit. Je veux garder ce médecin. Il n'a gardé que deux domestiques.
On garde longtemps son premier amant, quand on n'en prend pas un second
La Rochefoucauld, Réfl. mor. n° 396
-
18Garder quelqu'un, le retenir chez soi. Je vous garde à dîner. Le temps est trop mauvais, je vous garde. Elle voulut garder les deux enfants auprès d'elle.
Demain, dites-vous ? comment vous garder jusque-là après ce qui est arrivé ?
Marivaux, Fausse confid. III, 12
-
19Réserver. Je garde cet argent pour me libérer de mes dettes. On lui gardera quelque chose pour son dîner.
- Il a vu quel accueil lui gardait ma colère Corneille, Hor. v, 3
Et je garde, au milieu de tant d'âpres rigueurs, Mes larmes aux vaincus et ma haine aux vainqueurs
Corneille, ib. I, 1On court grand risque de s'abuser, lorsque l'on compte sur le bien qu'un autre vous garde
Molière, Méd. m. lui. II, 2- Sans doute ; c'est le prix que vous gardait l'ingrate Racine, Andr. II, 5
- Et qui sait, lorsqu'au trône il conduisit vos pas,Si, pour sauver son peuple, il ne vous gardait pas ? Racine, Esth. I, 3
- Mais je garde à ce prince un traitement plus doux Racine, Brit. II, 3
Mes gens se donnent au diable qu'il n'y a pas dix écus dans la maison, et je crois que les tiens ne m'en gardent guère davantage
Hamilton, Gramm. 2- J'étais loin de penser que le sort qui m'obsèdeMe gardât pour époux l'oppresseur de Tancrède Voltaire, Tancr. II, 6
-
Fig. Garder une poire pour la soif, épargner quelque chose quand on est riche, pour la nécessité qui peut survenir.
-
Personne ne sait ce que Dieu, la Providence, la fortune lui garde, personne ne sait ce qui peut lui arriver d'heureux ou de malheureux.
- Et vous ne voyez pas ce que le ciel vous garde Corneille, Œdipe, II, 1
-
Fig. et familièrement. La garder à quelqu'un, la lui garder bonne, conserver du ressentiment contre quelqu'un.
- Mais Clovis, qui s'en tait, vous la gardera bonne Corneille, Mélite, v, 6
-
On dit, dans le même sens et familièrement : Je garde une dent contre lui ; Je lui garde un chien de ma chienne.
-
Dans le même sens encore, en garder.
Ah ! comme je leur en garde, morbleu !
BEAUMARCHAIS, Barb. de Sév. I, 2
-
20Se garder, v. réfl. Prendre garde contre, se préserver de.
- Est-ce vous désormais dont je me dois garder ? Corneille, Rodog. v, 4
Cela apprend à se garder d'un philosophe hypocrite comme d'un traître
PERROT D'ABLANCOURT, Tac. Ann. XVI, dans RICHELET- Gardez-vous de l'humeur d'un sexe ambitieux ;L'espérance d'un sceptre est brillante à ses yeux Rotrou, Vencesl. III, 2
Gardez-vous des chiens, gardez-vous des mauvais ouvriers, gardez-vous des faux circoncis
Saci, Bible, Saint Paul, Épît. aux Philipp. III, 2- Gardez-vous, dira l'un, de cet esprit critique Boileau, Sat. IX
- Allez, de ses fureurs songez à vous garder Racine, Mithr. IV, 2
Tout ce que nous pouvons faire, c'est de sentir notre impuissance, de reconnaître un être tout-puissant, et de nous garder de tout système
Voltaire, Dial. 7- Ne saurait se garder d'un poignard assassin,Et croirait l'arrêter en présentant le sein Casimir Delavigne, Vêp. sicil. I, 1
-
Se garder de, suivi d'un infinitif, avoir grand soin de ne pas...
- Gardez-vous de rien dédaigner,Surtout quand vous avez à peu près votre compte La Fontaine, Fabl. VII, 4
- Et surtout gardez-vous de la quitter des yeux Molière, Éc. des f. V, 5
Ces circonspections par lesquelles on se garde non d'être pécheur, mais d'être connu pour tel
Fléchier, Panég. I, p. 301- Gardez-vous d'imiter ce rimeur furieux Boileau, Art p. III
- Et qu'il se garde bienD'ordonner de son sort sans être instruit du mien Racine, Mithr. IV, 3
- Et tout homme prudent doit se garder toujoursDe donner trop crédit à de mauvais discours Regnard, le Distr. IV, 6
-
21Terme juridique. Garder à vue, se dit de celui qui fait paître ses bestiaux en les gardant dans le champ d'autrui.
Quiconque sera trouvé gardant à vue ses bestiaux dans les récoltes d'autrui, sera condamné, en outre du payement du dommage, à une amende égale à la somme du dédommagement
Loi du 28 sept.6 oct. 1791, art. 16, dans BACQUA, Code de la législation française, Paris, 1843, p. 933
Étymologie
Picard, warder, garder, regarder ; bourguig. gadai ; wallon, wârdé, waurdé ; provenç. gardar, guardar ; espagn. guardar ; ital. guardare ; de l'anc. haut-allem. wartên, prendre garde ; du radical war, considérer, prendre garde, qui se trouve dans 'allemand wahr, wehren, et le latin verus, vereor.