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un seul est le mot juste.

gorge dans le Littré

2 articles· 44 citations· rimes· synonymes

1gorge s. f. (gor-j')

  1. 1La partie antérieure du cou. Il a la gorge enflée. Mettre, tenir le poignard, le pistolet sur la gorge de quelqu'un.

    • Tendre la gorge au couteau, ou, simplement, tendre la gorge, présenter la gorge pour être égorgé.

    • Fig. Tendre la gorge, ne plus faire de résistance, renoncer à une résistance inutile.

    • Tenir quelqu'un à la gorge, lui serrer la gorge avec les mains.

    • Se tenir à la gorge, se dit de deux hommes qui se sont saisis l'un l'autre à la gorge.

      • Je remarque dans une chambre deux hommes en chemise qui se tiennent à la gorge et aux cheveux LE SAGE, Diable boit. II, 3 (édit. de Paris, 1737).
    • Fig. Tenir quelqu'un à la gorge, le réduire dans un état où il ne peut plus faire de résistance.

    • Fig. En un autre sens, accabler, tourmenter.

      • Malgré la vue de toutes nos misères qui nous touchent, qui nous tiennent à la gorge Pascal, Grandeur, 7, édit. de FAUGÈRE.
    • Fig. Prendre quelqu'un à la gorge, lui faire violence, le presser sans relâche.

      • Hélas ! c'est ce lutin-là qui me prend à la gorge ; elle veut que je l'aime Marivaux, Surpr. de l'amour, II, 4
    • Fig. Tenir le pied sur la gorge à quelqu'un, lui mettre, lui tenir le pistolet, le poignard, le couteau sur la gorge, lui porter un poignard à la gorge, lui faire violence.

      • J'ai été extrêmement étonné quand j'ai reconnu son écriture.... je ne crois pas pourtant qu'elle ait fait cela de sa volonté ; et il faut que vous lui ayez fait écrire le poignard sur la gorge Voiture, Lett. 57
      • Mais dis-moi, te portais-je à la gorge un poignard ? Corneille, Ment. V, 3
      • Il me tient, le scélérat, le poignard sur la gorge Molière, l'Avare, II, 1
    • Par plaisanterie, la bourse sur la gorge, en offrant de l'argent.

      • Marton, monsieur, Marton, la bourse sur la gorge A voulu me séduire et surprendre ma foi BOISSY, Sage étourdi, III, 5
    • Fig. Avoir le poignard, le couteau sur la gorge, se dit de la personne qui est l'objet d'une violence.

    • Couper la gorge à quelqu'un, le tuer, l'égorger. Des voleurs lui coupèrent la gorge.

    • Fig. Couper la gorge à quelqu'un, le ruiner, faire avorter ses desseins, lui faire le plus grand tort.

      • Couper ainsi la gorge à cette petite créature Mme de Sévigné, 44
    • Il se dit aussi de ce qui ruine, perd, fait tort.

      • Elle n'ose aller à Saint-Germain ; il ne peut parler à M. Colbert : cela nous coupe la gorge Mme de Sévigné, 128
      • Il ne viendra rien d'ici qui vous coupe la gorge Mme de Sévigné, 176
    • Cet argument, cette pièce lui coupe la gorge, lui ôte tout moyen de se défendre, de soutenir ses prétentions.

    • On dit dans le même sens : Vous vous coupez la gorge par cette pièce.

    • Fig. Couper la gorge à quelqu'un, lui gagner tout son argent au jeu.

      • Tandis qu'il couperait la gorge au pauvre Cameran Hamilton, Gramm. 3
    • Se couper la gorge, se donner la mort en s'ouvrant la gorge.

    • Se couper la gorge l'un l'autre, s'entre-tuer.

    • Se couper la gorge avec quelqu'un, se battre avec lui.

      • Il faut, si vous le trouvez bon, que nous nous coupions la gorge ensemble Molière, Mar. forcé, 16
      • Je suis votre valet, je n'ai point de gorge à me couper Molière, ib.
      • Ah ! la belle amitié ! je disais comme le maréchal de Grammont : si je vous faisais embrasser, messieurs, je ne vois rien qui vous empêchât de vous couper la gorge Mme de Sévigné, 461
      • ....De m'accorder le plaisir et l'honneur De me couper la gorge avec vous.... DESTOUCH., Glor. III, 7
    • Il en a menti par sa gorge, il en a audacieusement menti ; locution prise des combats judiciaires du moyen âge.

    • Cet homme est chatouilleux de la gorge, s'est dit d'un fripon exposé à être pendu.

  2. 2Gorge se dit aussi des animaux. Le dogue prit le loup à la gorge. Pigeon à grosse gorge. Ce moineau est mâle, il a la gorge noire.

    • Fig. C'est un franc mâle, il a la gorge noire, signifie : c'est un bon compagnon.

  3. 3Le dedans de la gorge, gosier. Mal de gorge. L'entrée de la gorge. Se mettre les doigts dans la gorge.

    • Un dragon enivré des plus mortels poisons....Vomissant mille traits de sa gorge enflammée Corneille, Médée, II, 2
    • Haro ! la gorge m'ard, Tôt ! tôt, dit-il, que l'on m'apporte à boire La Fontaine, Paysan.
    • Il se plaint toujours beaucoup de ses vapeurs, et je crois bien qu'il espère se soulager par quelque dispute de longue haleine ; mais je ne suis guère en état de lui donner contentement, me trouvant toujours assez incommodé de ma gorge dès que j'ai parlé un peu de suite Racine, Lett. à Boileau, 25 juillet 1687
    • Arroser la gorge, boire.

    • On dit qu'un ris ne passe pas le nœud de la gorge, quand il est contraint, forcé.

    • Rire, crier à gorge déployée, à pleine gorge, rire, crier de toute sa force.

      • Tantôt nous en riions à gorge déployée, tantôt nous en pleurions à chaudes larmes Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, 282, dans POUGENS
    • Par opposition à gorge déployée.

      • Mme de Lavardin riait sous gorge Mme de Sévigné, 384
    • À pleine gorge, en remplissant la gorge. Il sent l'eau-de-vie à pleine gorge.

    • Fig.

      • Je ne doute pas que, quand vous lirez cette lettre à la belle Madelonne, elle ne se récrie que cela sent le P. Rapin et le P. Bouhours à pleine gorge BUSSY-RABUTIN, Lett. à Mme de Sév. 14 mai 1677
    • Fig. Faire rentrer à quelqu'un les paroles dans la gorge, l'obliger à rétracter ce qu'il a dit.

    • Terme de musique vocale. Chanter de la gorge, chanter en resserrant la gorge avec effort.

      • On les exerce à la légèreté, et non à forcer le son, ou à le donner de la gorge, défaut de presque toutes les chanteuses françaises Mme de Genlis, Adèle et Théod. t. III, lett. 14, p. 98, dans POUGENS.
    • On dit dans le même sens : voix de la gorge.

  4. 4Terme de chasse. On dit qu'un chien a belle gorge, quand il a la voix grosse et forte.

  5. 5Terme de fauconnerie. Gorge, le sachet supérieur de l'oiseau, qui se nomme vulgairement poche.

    • Par métonymie, ce qui entre dans la gorge de l'oiseau, l'aliment qu'on lui donne.

    • Enduire la gorge, se dit de l'oiseau qui digère trop vite les aliments.

    • Donner bonne gorge, repaître généreusement un oiseau.

    • Donner grosse gorge à un oiseau, lui donner une nourriture qui n'est pas détrempée dans l'eau.

    • Gorge chaude, la chair des animaux vivants que l'on donne aux oiseaux de proie.

    • Par extension.

    • Fig. et familièrement. Faire gorge chaude de quelque chose, se l'approprier (emploi qui a vieilli). Il comptait avoir cette succession, et en faire une gorge chaude, une bonne gorge chaude.

    • Fig. Faire des gorges chaudes, une gorge chaude de quelqu'un, ou de quelque chose, faire des plaisanteries, exercer sa malignité.

      • Le duc de St-Aignan trouva l'aventure si plaisante qu'il en fit une gorge chaude au lever du roi Saint-Simon, 95, 3
      • Le soir le duc du Maine fit chez lui une gorge chaude fort plaisante de Fagon avec le Brun Saint-Simon, 405, 53
    • Voler sur sa gorge, se dit de l'oiseau qui vole après le gibier, aussitôt après s'être repu ; et fig. d'une personne qui danse aussitôt après être sortie de table.

    • Rendre gorge, se dit de l'oiseau qui rend la viande qu'il a avalée.

    • Par extension, rendre gorge, rendre ou vider sa gorge, vomir après un excès.

    • Fig. Rendre gorge, restituer par force ce qu'on a pris ou acquis par des voies illicites.

      • Ah ! sandis, messieurs les coquins, vous rendrez gorge Dancourt, Déroute du Pharaon, sc. 26
    • Faire rendre gorge à quelqu'un, l'obliger à restituer ce qu'il a pris.

  6. 6Le sein d'une femme. Elle a une belle gorge, la gorge plate, trop de gorge.

    • Sa gorge est blanche, pleine, et l'on ne saurait voirDans toute la nature une gorge plus belle DESHOULIÈRES, Portr. de Mlle de Villène.
    • Des faiseurs de stances et d'élégies amoureuses, de ces beaux esprits qui tournent un sonnet sur une absence ou sur un retour, qui font une épigramme sur une belle gorge, un madrigal sur une jouissance La Bruyère, Disc. à l'Acad. fr. Préface
    • Elle étale une gorge d'albâtre qui est la chose du monde la plus dégoûtante et qu'on ne connaît presque point dans nos climats Voltaire, Princ. de Babyl. 11
    • Le prophète Isaïe se plaignait il y a déjà longtemps que les filles d'Israël allaient tête levée et la gorge nue Diderot, Opin. des anc. philos. (Juifs).
    • La gorge, la partie supérieure de la chemise d'une femme.

  7. 7Entrée, ouverture plus ou moins rétrécie de certaines choses. La gorge d'une tabatière. Les pots à fleurs seront marqués et contremarqués au corps ; la gorge ou collet et carré du pied seront marqués du poinçon du maître, Règl. du 30 déc. 1679.

    • La gorge d'une poulie, la cannelure qui règne sur la circonférence d'une poulie, et dans laquelle passe la corde.

    • Partie de l'éventail sur laquelle est attaché un clou rivé qui retient les brins.

    • Espèce d'étranglement que l'on forme à l'orifice de la cartouche d'une fusée.

    • La gorge d'une cheminée, la partie qui s'étend depuis le chambranle jusqu'au couronnement du manteau.

    • En termes d'architecture, la gorge des chapiteaux dorique et toscan en est la partie la plus étroite qui se nomme aussi gorgerin et colerin.

    • Terme de charpenterie. Gorge d'amaigrissement, entaillement fait à angle aigu dans une pièce de charpente.

    • Terme de botanique. L'entrée du tube d'une corolle, d'un calice ou d'un périgone.

  8. 8Passage étroit entre deux montagnes.

    • Les peuples qui demeurent dans les cavernes, dans les îles, dans les marais, dans les gorges de montagnes, dans les rochers, conservent leur liberté comme les Suisses, les Grisons, les Vénitiens, les Génois Voltaire, Dial. 24
    • De la plupart des lacs sortent des torrents qui, avec le temps, ont creusé des gorges d'une profondeur effrayante Raynal, Hist. phil. VII, 25
    • Et des monts du Frioul, des gorges du Tyrol, L'aigle rapide a déjà pris son vol Delille, Convers. ch. I
    • Nous descendîmes ensuite dans une gorge de vallon Chateaubriand, Itin. 1re part.
  9. 9Terme de fortification. Entrée d'une fortification du côté de la place. La gorge d'un bastion.

    • La gorge d'une redoute, l'entrée de la redoute du côté de celui qui l'a construite pour se défendre.

      • Le roi [Murat] lui montre le nouveau flanc de l'ennemi : il faut l'enfoncer jusqu'à la hauteur de la gorge de leur grande batterie [des Russes] ; là, pendant que la cavalerie légère poussera son avantage, lui, Caulaincourt, tournera subitement à gauche avec ses cuirassiers, pour prendre à dos cette terrible redoute Ségur, Hist. de Nap. VII, 11
    • Demi-gorge, ligne qui va de l'angle de la courtine au centre du bastion.

  10. 10Échancrure au bassin à barbe, dans laquelle on met le cou pour se faire faire la barbe.

  11. 11En termes d'architecture, une moulure concave.

  12. 12Pièce de bois en forme de gorge, qu'on place au bas d'une carte de géographie pour la maintenir tendue, et dans laquelle se loge la carte quand elle a été mise en cylindre sur son rouleau.

  13. 13Nom qu'on donne, dans les environs de Paris, au froment qui reste dans les gerbes après qu'on en a ôté la semence par un léger battage.

  14. 14Nom de différents oiseaux. Gorge blanche, sylvie grisette et mésange nonnette.

    • Gorge bleue, la motacille suédoise de Gmelin et la fauvette gorge bleue de certains auteurs.

    • Grosse gorge, le combattant, oiseau.

    • Gorge jaune, le figuier ou fauvette trichas.

    • Gorge noire, le rossignol des murailles.

    • Gorge une, espèce de perdrix.

    • Rouge gorge, voy ROUGE-GORGE.

  15. 15Terme de manége. Gorge de pigeon, espèce d'embouchure pour le cheval.

  16. 1Ajoutez :

    • Fig. Sauter à la gorge, se dit de quelque chose qui presse et inquiète.

      • L'embarras de choisir un autre général sautait à la gorge Saint-Simon, t. VIII, p. 343, éd. Chéruel.

Remarque

Selon Ménage : " Il faut dire : On lui a fait écrire cela le poignard à la gorge et non pas le poignard sur la gorge comme dit Voiture dans ses lettres. " L'usage a donné raison à Voiture. Il est de fait que sur n'a rien de fautif.

Étymologie

Provenç. gorga, gorja ; portug. gorja ; ital. gorga, gorgia ; du latin gurges. gouffre ; la gorge ayant été comparée à une ouverture béante. Comp. le sanscr. gargara, tourbillon, radical gar, avaler.

2gorgé, ée part. passé (gor-jé, jée)

  1. 1À qui on a mis de l'aliment dans la gorge. Pigeon gorgé.

  2. 2Qui a beaucoup mangé. Un enfant gorgé de bonbons.

    • Terme de fauconnerie. Se dit d'un oiseau qui est repu.

    • Fig. Gorgé de richesses, de plaisirs.

  3. 3Terme de blason. Lion, cygne, ou autre animal gorgé, celui qui a le cou ceint d'une couronne, dont l'émail est différent de celui de l'animal.

  4. 4Dont les interstices sont remplis d'un liquide quelconque. Ce terrain est gorgé d'humidité.

    • Terme de vétérinaire. Ce cheval a les jambes gorgées, il a les jambes enflées.

  5. 5S. m. Espèce de papillon.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander