Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

goujat dans le Littré

1 article· 6 citations· rimes· synonymes

goujat s. m. (gou-ja ; le t ne se lie pas ; au pluriel, l's se lie : des gou-ja-z ivres)

  1. 1Valet d'armée.

    • Mieux vaut goujat debout qu'empereur enterré La Fontaine, Matr.
    • La vanité est si ancrée dans le cœur de l'homme, qu'un soldat, un goujat, un cuisinier, un crocheteur se vante et veut avoir ses admirateurs ; et les philosophes mêmes en veulent Pascal, Pensées, art. II, 3, édit. LAHURE.
    • Il voit les mêmes passions dans le goujat et l'homme illustre J.-J. Rousseau, Ém. IV
    • Alors des clameurs s'élevèrent ; déjà quelques femmes et quelques goujats revenaient sur leurs pas en courant, n'entendant plus rien, ne répondant à aucune question, l'air tout effaré, sans voix et sans haleine Ségur, Hist. de Nap. IX, 3
  2. 2Apprenti maçon, dont la fonction est de porter les matériaux, soit à pied d'œuvre, soit sur les échafaudages où les ouvriers peuvent en avoir besoin. Un petit goujat. Nous n'avons pas assez de goujats.

  3. 3Par extension, homme sale et grossier.

    • On ne l'appelait en badinant que le goujat, pour marquer la vie qu'il menait et la compagnie qu'il voyait Mme DE CAYLUS, Souvenirs, p. 106, dans POUGENS
    • On dit que Lekain a joué à Fontainebleau plus en goujat qu'en Tartare [dans l'Orphelin de la Chine], qu'il n'est ni noble, ni amoureux, ni terrible, ni tendre, et que Sarrazin a l'air d'un vieux sacristain de pagode Voltaire, Lett. d'Argental, octobre 1755
    • Il signifie aussi homme malhonnête, coquin.

    • Il signifie encore celui qui fait de la mauvaise besogne.

Étymologie

Béarn. et gasc. gouyat, jeune homme ; lorrain, goujart. Gouge et goujat sont deux formes d'un même mot ; ils paraissent gascons, languedociens, et là ils signifient jeune fille, jeune homme. M. Léon Couture, qui conteste l'étymologie de Huet pour gouge, pense que le sens propre est jeune homme, jeune fille, et que le sens de servante est dérivé, et, partant de là, il adopte l'avis de M. Lefèvre, qui propose le latin gaudium, par l'intermédiaire du provençal gau, gauch, et du guiennais goi, goye ; suivant lui, l'enfant aurait été ainsi appelé comme donnant la joie à la famille.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander