grandeur s. f. (gran-deur)
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1Dimension de ce qui est grand. La grandeur d'un parc, d'un vase. Ces deux hommes sont de même grandeur.
Nous avons beau être convaincus.... que tel astre qui ne nous paraît qu'un point dans le ciel, surpasse sans proportion toute la grandeur de la terre
Bossuet, Connaiss. III, 13
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Familièrement et fig. Regarder du haut de sa grandeur, avoir à l'égard des autres des manières de supériorité.
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Terme d'astronomie. Grandeur se dit pour caractériser les différences d'éclat des étoiles fixes. Sirius est une étoile de première grandeur, c'est-à-dire dont l'éclat est le plus grand. Étoile de troisième grandeur.
Les six premières grandeurs comprennent toutes les étoiles visibles à l'œil nu
A. GUILLEMIN, le Ciel, p. 376Mais l'emploi des télescopes les plus puissants permet aujourd'hui d'apercevoir des étoiles d'un éclat beaucoup plus faible, et qui peut descendre jusqu'à la 16e et à la 17e grandeur
A. GUILLEMIN, ib.- C'est celle d'un puissant monarque !....Va, mon fils, garde ta candeur ;Et que ton étoile ne marquePar l'éclat ni par la grandeur Béranger, Étoiles qui filent.
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Terme de mathématique. Quantité, tout ce qui est susceptible d'augmentation ou de diminution.
Euclide définit ainsi les grandeurs homogènes : les grandeurs, dit-il, sont dites être de même genre, lorsque l'une étant plusieurs fois multipliée peut arriver à surpasser l'autre
Pascal, Espr. géom. sect. 1
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2Il se dit quelquefois pour longueur. La grandeur du voyage l'effraye.
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3Fig. Importance, étendue, intensité.
- La grandeur de son crime et de mon déplaisir Corneille, Poly. III, 3
Permettez, madame, que j'estime La grandeur de l'amour par la grandeur du crime
Corneille, Sertor. V, 4- Le rang de l'offensé, la grandeur de l'offense Corneille, Cid, II, 1
Et sans cela, comment les justes auraient-ils des péchés cachés ? comment serait-il véritable que Dieu seul en connaît et la grandeur et le nombre ?
Pascal, Prov. IVLe duc d'Ormond avait la confiance et l'estime de son maître ; il en était digne par la grandeur de ses services, l'éclat de son mérite et de sa naissance
Hamilton, Gramm. 6Nécessité effrayante pour des particuliers, surtout en considérant la grandeur des fonds qu'exigent ces entreprises
Raynal, Hist. phil. V, 35
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4Puissance, pouvoir, dignités, honneurs, magnificence.
- Cette grandeur périt, j'en veux une immortelle Corneille, Poly. IV, 3
Il y a dans le monde deux sortes de grandeur ; car il y a des grandeurs d'établissement et des grandeurs naturelles ; les grandeurs d'établissement dépendent de la volonté des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer certains états et y attacher certains respects.... les grandeurs naturelles sont celles qui sont indépendantes de la fantaisie des hommes, parce qu'elles consistent dans les qualités réelles et effectives de l'âme ou du corps, qui rendent l'une ou l'autre plus estimable, comme les sciences, la lumière de l'esprit, la vertu, la santé, la force
PASCAL, Grands, 2e disc.Le peuple, qui vous admire, ne connaît pas peut-être ce secret, il croit que la noblesse est une grandeur réelle, et il considère presque les grands comme étant d'une autre nature que les autres
PASCAL, Grands, 1er disc.Nous déplorerons éternellement.... qu'une princesse si chérie de tout l'univers ait été précipitée dans le tombeau, pendant que la confiance de deux si grands rois l'élevait au comble de la grandeur et de la gloire ; la grandeur et la gloire ? pouvons-nous encore entendre ces noms dans ce triomphe de la mort ?
Bossuet, Duch. d'Orl.À la grandeur conviennent les choses grandes ; à la grandeur la plus éminente, les choses les plus grandes, c'est-à-dire les grandes vertus
Bossuet, Polit. V, IV, 2La très chrétienne maison de France.... après sept cents ans d'une royauté établie, sans compter ce que la grandeur d'une si haute origine fait trouver ou imaginer aux curieux observateurs des antiquités
Bossuet, Marie-Thér.Nous élever des grandeurs visibles et mortelles aux grandeurs invisibles et éternelles
Bourdaloue, Myst. Ascens. de J. C. t. I, p. 403- Nul n'éleva si haut la grandeur ottomane Racine, Baj. II, 1
- On ne partage point la grandeur souveraine ;Et ce n'est pas un bien qu'on quitte et qu'on reprenne Racine, Théb. I, 5
- Plaignez ma grandeur importune ;Maître de l'univers, je règle sa fortune....Cependant de mon cœur je ne puis disposer Racine, Bérén. III, 1
La grandeur est comme certains verres qui grossissent tous les objets ; tous les défauts paraissent croître dans ces hautes places où les moindres choses ont une grande conséquence
Fénelon, Tél. XIIl laissait au prince Menzicoff représenter par la magnificence du favori la grandeur du maître
FONTENELLE, Czar Pierre.L'union d'Isabelle et de Ferdinand prépara la grandeur de l'Espagne
Voltaire, Mœurs, 145- Ces califes tremblants dans leurs tristes grandeurs Voltaire, ib. I, 2
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Absolument.
Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux
La Fontaine, Phil. et Baucis.Vous.... Ferez monter aux grandeurs tous les vôtres
La Fontaine, Herm.Elle vous dit par ma bouche et par une voix qui vous est connue, que la grandeur est un songe, la joie une erreur, la jeunesse une fleur qui tombe, et la santé un nom trompeur
Bossuet, Marie-Thér.- À qui, Dieu tout-puissant, donnez-vous les grandeurs ! Voltaire, Sémiram. I, 3
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5Il se dit aussi de Dieu.
Tel est le premier état de la religion, qui dure jusqu'à Abraham, où, pour connaître les grandeurs de Dieu, les hommes n'avaient à consulter que leur raison et leur mémoire
Bossuet, Hist. II, 2Mais, Seigneur, parce qu'en châtiant les hommes, vous ne cherchez point précisément à faire éclater votre grandeur toute puissante, et qu'il vous suffit de leur faire sentir les effets de votre grandeur souveraine...
Bourdaloue, Carême, Sur la paix chrétienne- J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies Racine, Athalie, II, 7
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6Élévation et noblesse morales.
La grandeur de l'homme est grande, en ce qu'il se connaît misérable ; un arbre ne se connaît pas misérable ; c'est donc être misérable que de se connaître misérable ; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable ; toutes ces misères-là mêmes prouvent sa grandeur
Pascal, Pensées, art. I, 3, édit. LAHURE, 1860La vraie grandeur.... se courbe par bonté vers ses inférieurs et revient sans effort dans son naturel
La Bruyère, IILa fausse grandeur est farouche et inaccessible ; comme elle sent son faible, elle se cache, ou du moins ne se montre pas de front, et ne se fait voir qu'autant qu'il faut pour imposer et ne paraître point ce qu'elle est, je veux dire une vraie petitesse
La Bruyère, IISi la vraie grandeur consiste à avoir reçu un puissant génie et s'en être servi pour s'éclairer soi-même et les autres, un homme comme M. Newton est véritablement le grand homme
Voltaire, Dict. phil. Fr. Bacon, IIIl n'y a pas moins de grandeur à supporter de grandes injustices qu'à faire de grandes actions
Voltaire, Lett. Villette, juin 1765- À servir sans murmure ils mettent leur grandeur Voltaire, Alz I, 1
Que vous importent les discours du peuple ? la vraie grandeur ne consiste-t-elle pas à faire le bien, même en s'exposant à l'ignominie ?
Diderot, Règne de Claude et Nér. II, 107- Mais de ces sages vains confondons l'imposture ;De leur règne fameux retraçons la peinture ;Et que mes vers, enfants d'une noble candeur,Éclairent les Français sur leur fausse grandeur GILBERT, 18e siècle.
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Un air de grandeur, un ton, des manières qui affectent la grandeur.
- S'ils osent quelquefois prendre un air de grandeur,Seront-ils point traités par vous de téméraires ? La Fontaine, Fabl. VIII, 4
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Grandeur d'âme, qualité d'une âme grande.
- Mais tant de grandeur d'âme est au-dessus de moi Voltaire, Alz. V, 7
Il est évident par ce qui suit, que l'opinion de Sénèque est la pure doctrine de Zénon, qui regardait la grandeur d'âme comme incompatible avec la crainte et les chagrins
Diderot, Claude et Néron, II, 52
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7Grandeur se dit quelquefois, dans le style élevé ou dans le style plaisant, pour personne grande en dignité, en puissance.
- Rendons-lui donc visite ; et comme ambassadeur,Proposez cet hymen vous-même à sa grandeur Corneille, Nicom. II, 4
- Sire Jupin, dit-il, prends mon vœu, le voilà ;C'est un parfum de bœuf que ta grandeur respire La Fontaine, Fabl. IX, 13
- Mais ce voluptueux, à ses vices fidèle,Cherche pour chaque jour une amante nouvelle ;La fille d'un bourgeois a frappé sa grandeur GILB., Mon apolog.
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Titre honorifique employé pour tous les grands seigneurs qui ne prenaient point le titre d'Altesse ou d'Excellence (on met un g majuscule).
Vous devez dire : Votre Grandeur saura. - Votre Grandeur saura ! c'est donc un géant, ce secrétaire d'État
Marivaux, Double inconst. III, 2
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Titre qui a été donné aux évêques depuis 1630. Monseigneur, il plaira à Votre Grandeur....
Synonymes
GRANDEUR D'ÀME, MAGNANIMITÉ. Ces deux mots sont exactement synonymes, puisque magnanimité vient du latin magnus animus, grande âme. La seule différence qu'on puisse entrevoir, c'est que magnanimité a plus de magnificence et d'emphase.
Étymologie
Grand.