Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

grossier dans le Littré

1 article· 25 citations· rimes· synonymes

grossier, ière adj. (grô-sié, siè-r')

  1. 1Mot formé de gros, qu'on applique presque toujours avec un sens défavorable à ce qui manque de ténuité, de finesse, de délicatesse. Un air grossier. Les parties les plus grossières d'une liqueur.

    • L'autre déploie sur celle des deux tables qui était vacante, un linge un peu grossier, mais blanc Marmontel, Mém. VI
    • Vêtements grossiers, ceux qui sont faits d'une étoffe grosse et de peu de valeur. Vapeurs grossières, celles qui paraissent composées de grosses parties parce qu'elles détruisent la transparence de l'air.

    • Traits grossiers, ceux qui, sans être irréguliers, n'ont pas la finesse ou la grâce des jolies figures.

    • Terme de minéralogie. Se dit d'un corps quand il a un air de rudesse joint à l'opacité.

    • Il se dit des aliments peu recherchés, ou de mauvaise qualité. Aliments grossiers. Nourriture grossière.

  2. 2Qui n'est pas délicatement fait, proprement fait. Ce bâtiment est d'une architecture grossière. Un travail grossier.

    • Il faut convenir avec eux que ces corps plaisent plus à la vue que des figures grossières, où l'on n'aperçoit ni uniformité, ni symétrie, ni unité Diderot, Rech. philos. sur le beau, Œuv. t. II, p. 424. dans POUGENS.
    • Par extension. Un essai grossier. Imitation grossière.

      • Grossière ébauche Rotrou, Bélis. III, 7
  3. 3Fig. Il se dit de ce qui n'a rien de délicat, au moral.

    • Les plaisirs grossiers, les plaisirs que peuvent goûter les hommes les plus bornés, même les animaux, par opposition aux plaisirs délicats qui demandent une certaine élévation ou culture d'esprit.

    • On dit dans le même sens : des désirs grossiers, des appétits grossiers.

  4. 4Fig. Mal poli, inculte de mœurs et d'esprit.

    • Substantivement.

      • Dans les promesses de l'Évangile, il ne se parle plus des biens temporels par lesquels l'on attirait ces grossiers [les Juifs], ou l'on amusait ces enfants Bossuet, Sermons, Septuag. 1
  5. 5Qui suppose ignorance, sottise, maladresse.

    • Ignorance grossière, grande, profonde ignorance.

    • N'avoir de quelque chose qu'une idée grossière, que des notions grossières, n'avoir de cette chose qu'une connaissance sommaire et imparfaite.

    • Dans un sens analogue : Ne donner qu'une idée grossière de quelque chose.

  6. 6Incivil, malhonnête. Un grossier personnage.

    • Je vous pardonne d'être un ignorant, mais je ne vous pardonne pas d'être un homme très grossier, qui a l'insolence de mêler dans cette querelle et de nommer des gens qui ne devaient pas s'y attendre Voltaire, Quest. miracl. Lett. 4
    • Il est grossier comme du pain d'orge, il est très grossier ; expression familière fondée sur le double sens du mot grossier, qui se prend au moral pour la personne, et au physique pour le pain.

    • Substantivement. C'est un grossier. Quel langage tient cette grossière !

      • Injures grossières, injures qui consistent en termes insultants et bas.

        • Un défaut considérable qui en peut ternir beaucoup l'éclat [des harangues de Démosthène et d'Eschine], et qui me paraît contraire aux règles de la saine et bonne éloquence, ce sont les injures grossières que ces orateurs se disent de part et d'autre Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 130, dans POUGENS
      • On dit dans un sens analogue : langage grossier, propos grossiers.

  7. 7Obscène. Il était grossier dans ses propos.

    • Lucien, tout ingénieux qu'il est, devient grossier sitôt qu'il parle d'amour ST-ÉVREMONT, dans RICHELET
    • Discours, propos grossiers, discours, propos contraires à la bienséance, à la pudeur.

  8. 8Marchand grossier. Cette locution vieillit ; on dit marchand en gros.

  9. 9S. m. Ce qui est grossier.

    • Le grossier et le bas Bossuet, 6e avert. 44

Étymologie

Gros ; Berry, groussier, qui a de l'embonpoint : une jolie fille bien groussiere et bien fraîche ; provenç. grossier ; catal. grosser ; espagn. grosero ; portug. grosseiro ; ital. grossiere, grossiero.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander