Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

gré dans le Littré

1 article· 50 citations· rimes· synonymes

gré s. m. (gré)

  1. 1Ce qui plaît, ce qui convient, ce qui est agréable à la volonté. Se marier contre le gré de ses parents. Il est allé de son gré, contre son gré. Ce n'a pas été de son plein gré.

    • On la considère comme ayant agi contre son gré Pascal, Prov. 4
    • Les affections sont aussi différentes que le sont les caractères, et le gré de l'un est souvent tout opposé à celui de l'autre Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 481
    • Avoir quelque chose en gré, le recevoir en gré, le prendre en gré, agréer, trouver bon quelque chose, y prendre plaisir.

    • Dans le langage ascétique. Prendre en gré, recevoir avec résignation. Il faut prendre en gré les afflictions que Dieu nous envoie.

    • Prendre en gré quelqu'un, l'avoir pour agréable, se plaire avec lui.

    • Prendre en gré de... , vouloir, consentir.

    • À gré, agréable, qui convient.

    • Trouver quelqu'un à son gré, le trouver agréable, trouver qu'il plaît ; cela se dit souvent d'un homme à l'égard d'une femme, ou d'une femme à l'égard d'un homme.

    • Au gré de, suivant la volonté de, suivant le désir, suivant ce qui plaît à.

    • Fig. Voguer au gré des flots.

    • Fig.

      • Au gré de.... suivant l'opinion de.... C'est se rendre, à mon gré, coupable mille fois Que d'empêcher d'agir la clémence des rois DU RYER, Scévole, v, 5
      • Celle du troisième acte [la narration], qui est, à mon gré, la plus magnifique Corneille, Ex. de Pompée.
      • Les peines qu'on souffre pour le monde sont, à leur gré, plus supportables que celles qu'on souffre pour Dieu Fléchier, Serm. I, 324
      • Le sang, à votre gré, coule trop lentement Racine, Athal. II, 5
    • De gré ou de force, de bonne volonté ou malgré soi.

    • De gré à gré, à l'amiable, en y consentant de part et d'autre.

      • Nous prendrons une autre place [de guerre], et ce sera pièce pour pièce ; il y avait un fou qui disait dans un cas pareil : Changez vos villes de gré à gré, vous épargnerez vos hommes ; il y avait bien de la sagesse à ce discours Mme de Sévigné, 293
    • Fig.

      • Est-il possible qu'on puisse s'accommoder de gré à gré avec des maux si désagréables et si dangereux ? Mme de Sévigné, 457
    • Scarron a dit : gré à gré. L'argent qu'on leur donne ne s'exige point, mais se donne gré à gré, Œuv. t. I, p. 218.

  2. 2Bon gré, bonne, franche volonté de faire quelque chose.

    • Il [Jésus] n'a point été traîné par force à l'autel ; c'est une victime obéissante qui va de son bon gré à la mort Bossuet, Euchar. I, 7
    • Aucun commissaire espagnol ne trahit son correspondant français ; cette fidélité, si honorable à la nation espagnole, prouve bien que les hommes n'obéissent de bon gré qu'aux lois qu'ils se sont faites pour le bien de la société Voltaire, Mœurs, 145
  3. 3Gratitude, reconnaissance.

    • Savoir gré, savoir bon gré, beaucoup de gré, un gré infini, être satisfait, très satisfait. Je lui en sais le meilleur gré du monde.

      • Si vous les trouvez fort mauvais [mes vers], vous m'en devez savoir d'autant plus de gré, de ce que, les connaissant comme vous, je n'ai pas laissé de vous les envoyer Voiture, Lett. 12
      • Satisfaites le ciel par votre amendement,Et sachez-moi bon gré de cet enseignement Rotrou, Antig. v, 5
      • Les généreux soins du duc d'Enghien qui ménagea cette grâce [les bonnes grâces du roi rendues au prince de Conti], ni le gré que lui sut le prince [de Condé] d'avoir été si soigneux Bossuet, Louis de Bourbon.
      • Elle n'en sut pas bon gré à Mme de Senantes Hamilton, Gramm. 4
      • Je sais un gré infini à Collé d'avoir mis Henri IV sur le théâtre ; son nom seul attirera tout Paris pendant six mois Voltaire, Lett. d'Argental, 17 avril 1762
      • Le public vous en saurait gré, si le public sait jamais gré de quelque chose Voltaire, Lett. Richelieu, 20 avril 1770
    • Se savoir gré, bon gré de, s'applaudir de.

    • Savoir mauvais gré, savoir peu de gré, être mal satisfait.

      • Je ne vous sais point mauvais gré de m'avoir abusée Molière, Princ. d'Él. v, 2
      • Je ne puis croire que le public me sache mauvais gré de lui avoir donné une tragédie qui a été honorée de tant de larmes Racine, Bérén. Préface
  4. 4Mauvais gré, sorte de droit qui grève les fermes, dans certains pays, au profit des fermiers. (voy. MARCHÉ au Supplément).

    • C'est dans le Santerre et le Vermandois que sont principalement situées les fermes qui sont grevées du droit de marché ou mauvais gré, dont l'origine est encore inconnue HEUZÉ, la France agricole, p. 11
    • Mauvais gré, nom, dans le Hainaut, d'un abus très semblable au droit de marché et par lequel le fermier détient à perpétuité et héréditairement le bien qu'il a pris à ferme Journ. offic. 10 août 1876, p. 6152, 2e col.
  5. 5En termes de navigation des rivières, à gré d'eau, autant que l'eau le permet.

    • Sur le bas Rhône, la navigation se fait à la descente, à gré d'eau, à la rame ou à la voile E. GRANGEZ, Voies navigables de la France, p. 520

Étymologie

Provenç. grat ; espagn. port. et ital. grato ; du latin gratum, chose agréable. Gratus a la forme d'un participe passif ; d'après Curtius, la racine en est le sanscrit har (ghar) désirer, qui se trouve aussi dans χαίρω, réjouir, χάρις, grâce ; au contraire Böthlingck et Roth comparent gratus au sanscrit gurta, bienvenu, agréable.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander