Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

gueule dans le Littré

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1gueule s. f. (gheu-l')

  1. 1La bouche, dans la plupart des quadrupèdes carnassiers et des poissons. La gueule d'un brochet.

    • En un tour de gueule, se dit d'un animal qui mange quelque chose avec promptitude et voracité.

    • Terme de chasse. On dit qu'un chien chasse de gueule, pour dire qu'il aboie sur ses voies ; et qu'il a fait sa gueule, lorsque, après avoir été bien nourri de lait, il prend de la vigueur au bout de cinq mois.

    • Sa gueule est faite, se dit du porc, quand toutes ses dents sont venues.

    • Fig. La gueule du loup, voy. LOUP.

    • Terme de tératologie. Gueule de loup, scissure congénitale de la voûte palatine et de la lèvre supérieure.

    • Gueule pavée, nom donné par les habitants de l'île Maurice à deux poissons, l'un une daurade, l'autre qui paraît être un sciénoïde.

    • Poétiquement. Gueule de certains êtres mythologiques ou monstrueux.

      • Lorsqu'il entend de loin, d'une gueule infernale, La chicane en fureur mugir dans la grand'salle Boileau, Sat. VIII
  2. 2Populairement et par mépris. La bouche, en parlant des personnes. Il a la gueule fendue jusqu'aux oreilles.

    • Fig.

      • Quelle gueule il a ! c'est-à-dire comme il bavarde, comme il crie ! Garder toujours un homme, et l'entendre crier ? Quelle gueule ! pour moi, je crois qu'il est sorcier Racine, Plaid. I, 2
    • Donner sur la gueule à quelqu'un, lui paumer la gueule, c'est-à-dire lui donner un coup sur la face.

    • Fig. Donner à quelqu'un sur la gueule, le faire taire.

    • Bassement. Il en a menti par la gueule ou par sa gueule.

    • Fort en gueule, bavard et insolent.

    • Gueule ferrée, homme qui a l'injure à la bouche, qui a de l'impudence.

      • Il eût fallu y trouver [dans le parlement] des gueules bien fortes et bien ferrées pour vouloir opiner haut contre les formes, en face du roi Saint-Simon, 512, 18
    • Il a toujours la gueule ouverte, se dit d'un homme qui crie beaucoup.

    • Avoir la gueule morte, ne rien dire, être triste, et être réduit au silence.

    • Il n'a que la gueule, que de la gueule, il ne sait, ni ne peut que crier, c'est un hâbleur.

    • Fig. et bassement. La gueule du juge en pétera, il faut que la gueule du juge en pète, se dit quand on ne veut entendre à aucun accommodement sur une affaire, et qu'on exige qu'elle soit jugée.

    • Venir la gueule enfarinée, venir inconsidérément et avec une sorte de confiance.

      • Cette gueule enfarinée [une confiance trop grande en une nouvelle], qui m'a obligée de vous dire de si bon cœur une fausseté, ne m'empêchera pas de vous en mander peut-être encore, car je suis toujours la dupe des circonstances, et cette nouvelle en était toute pleine Mme de Sévigné, Lett. du 1er mai 1686
  3. 3Fig. Gueule, en tant qu'elle sert à manger.

    • Avoir la gueule pavée, manger très chaud, ou des choses très épicées.

    • On dit aussi en ce sens : avoir la gueule ferrée.

    • Ce ménage a la gueule bien grande, il faut beaucoup d'argent pour l'entretenir.

    • Gueule fraîche, grand mangeur, parasite.

    • Venir la gueule fraîche, venir avec un bon appétit.

    • Gueule fine, se dit d'une personne qui se connaît en bons morceaux.

    • Des mots de gueule, des mots trop libres, paroles déshonnêtes, qui se disent parfois dans les repas abondants et joyeux.

      • Il ne faut pas s'enquérir comment il fut morfé [mangé goulûment], ni combien on dit de bons mots de gueule Francion, V, p. 191
      • Une farce garnie de mots de gueule, Prologue de Brusquambille Hist. du théât. fr. 1745, t. IV, p. 144
    • Une gueule béante, une gueule ouverte, et qui demande de quoi manger, dévorer.

      • De Mesmes, bien éveillé, bien averti, avait tourné vers cette première charge de la robe [chancelier] une gueule béante Saint-Simon, 358, 229
  4. 4Par analogie, ouverture. La gueule d'un four. La gueule de la fournaise. La gueule d'une cruche.

    • Futaille à gueule bée, futaille défoncée par un bout.

    • Gueule bée, se dit, dans quelques provinces, d'un tonneau défoncé par un bout, dans lequel on jette le raisin quand on fait les vendanges.

    • Terme d'hydraulique. Gueule bée, décharge d'un bassin supérieur qui fournit une nappe à un réservoir. Une usine marche à gueule bée quand la vanne motrice est levée de toute sa hauteur hors de l'eau ; c'est l'opposé de marcher à vanne trempante.

  5. 5Terme de botanique. Fleur en gueule, corolle gamopétale divisée en deux lèvres, la supérieure ordinairement bifide, l'inférieure le plus souvent trilobée, et présentant une forme comparée à une gueule.

    • Gueule de loup, un des noms vulgaires donnés au muflier à grandes fleurs, dit aussi muflier des jardins et mufle de veau (antirrhinum majus, L.).

    • Gueule noire, fruit de l'airelle myrtile qui noircit les lèvres quand on le mange.

  6. 6Terme d'architecture. Partie de la cymaise, dite aussi doucine.

    • Gueule de loup, entaille angulaire faite dans l'extrémité d'une pièce de bois, pour qu'elle puisse embrasser l'angle de deux faces adjacentes d'une autre pièce.

    • Gueule de loup, coude de tuyau sur le haut d'une cheminée, tournant sur un pivot, de manière que la fumée sort dans la même direction que le vent.

  7. 7Terme de marine. Pont sur gueule, le pont supérieur.

    • Gueule de loup, gueule de raie, sortes de nœuds.

  8. 8Gueule de four, mésange à longue queue, dans la Sologne.

  9. 9

    • On dit la gueule et non la bouche du cerf, YAUVILLE, Sur la vénerie du cerf, 1788

Étymologie

Berry et norm. goule ; provenç. gola, guola, goulla ; espagn. portug. et ital. gola ; du lat. gula ; zend, gara, gosier ; sanscrit, gala, cou.

2gueulé, ée part. passé (gheu-lé, lée)

  1. Un lièvre gueulé par le chien.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander